25 septembre 2015

Vongozero

"Et pendant que tous ces êtres alentour préparaient leur dîner, regardaient le journal télévisé, coupaient du bois et attendaient la fin de cette lamentable histoire, certains que le dénouement était proche, ma réalité à moi - préparatifs à la hâte, coups de feu, chien abattu, récit de l'agonie de la ville - était déjà séparée de la leur par un écran infranchissable, je les voyais encore mais ne pouvais plus me joindre à eux, je passais simplement à côté de leur maison avec ma voiture, mon fils sur la banquette arrière, et je ne... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:24 - - Commentaires [38] - Permalien [#]
Tags :

11 septembre 2015

Les joies éphémères de Percy Darling

"Tu m'as déjà raconté tout ça, papa. C'est très joli. Maman et toi, vous viviez à une autre époque. Mais tu sais quoi ? Il faut passer à autre chose. Parce que, écoute, tu veux que je te dise papa ? Tu vires au vieux grincheux ! Tu as toujours été limite, mais cette fois ça y est." Percy Darling aborde sa septième dizaine en bousculant un tant soit peu sa vie bien rangée, dans sa splendide maison ancienne, près de Boston. Il a accepté de louer sa grange à une école maternelle haut de gamme. C'esst un changement qui en amènera... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:55 - - Commentaires [52] - Permalien [#]
Tags :
28 août 2015

Illska

"Nous ne savions pas, proclamaient les pancartes sorties par les Allemands dans les rues et sur les places les journées qui suivirent la fin de la guerre. C'était clair et net : Nous ne savions pas. La formule ne précisait pas la nature de ce qui avait échappé à leur attention. Le monde, la guerre, le nazisme. La phrase était dénuée de complément d'objet. Les Allemands ne clamaient pas leur innocence, du reste ça n'aurait pas servi à grand-chose, ils étaient vaincus. Ils déclaraient une ignorance qui n'avait aucune limite : Nous ne... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:52 - - Commentaires [49] - Permalien [#]
Tags : ,
24 août 2015

Bleu de travail

Des mots de tous les jours"Il y a l'usure des mots. Des mots de tous les jours. Des mots de petit jour. Des mots dont on se sert, jusqu'à la corde. Jusqu'à la patine du sens. La rondeur de l'usure. La trace sur le manche. C'est matière première, brute, de l'échange. De la guerre. De la consolation. Qui disent la blessure. Qui disent l'évidence. Qui disent l'essentiel. Simplement le poème ou le texte les remet au centre. Leur redonne une place. Un peu d'espace. De largeur. Un peu d'air et de silence dans le vacarme aseptisé de la... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 11:19 - - Commentaires [54] - Permalien [#]
Tags :
17 août 2015

Entre chien et loup

"Donner à voir simultanément ces deux vagabondages au croisement des sentiers et des sources, des broussailles comme des allées centenaires, proposer une broderie audacieuse de ces deux univers personnels est bien le propos de cet ouvrage". Poèmes et photos, un mélange qui se révèle souvent intéressant. Ici les poésies d'Anne Guerber font écho aux photos de Guillaume Lelasseux, ou l'inverse. Des impressions, des lieux, la nature dans sa diversité, mais aussi des problèmes actuels, l'inspiration est large, empreinte de facétie par... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:29 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
Tags :
13 août 2015

Immortel, enfin

"Au milieu des trente convives, un petit nouveau qui a l'air hagard ; Jean Denoël le pilote dans cette assemblée beaucoup plus âgée que lui. Il s'appelle Patrick Modiano. Beau visage fiévreux juché sur un corps inexistant, on dirait une tour Eiffel qui aurait des cheveux longs et un regard intelligent. Ce grand garçon maigre de vingt-trois ans vient de publier un court roman, La place de l'Etoile, qui a obtenu le prix Roger-Nimier. Ce gamin est incollable sur des années qu'il n'a pas vécues ; Paul a compris qu'ils étaient hantés par... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:33 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
Tags : ,

04 août 2015

Ce sont des choses qui arrivent

"En ce printemps 1943, le plus grand plaisir des Sorrente consiste à se rendre à Groussay, ou Charles de Beistegui, protégé par son statut d'attaché à l'ambassade d'Espagne, reçoit dans un luxe digne de l'avant-guerre. Hormis l'angoisse que procure à Natalie la nécessité de se munir à l'avance de suffisamment de morphine pour ne pas en manquer une fois installée à Montfort-L'Amaury, ces séjours sont un délice. Personne ne sait comment sa table est toujours si bien garnie ni comment son enthousiasme pour les travaux d'embellissement du... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 07:50 - - Commentaires [36] - Permalien [#]
Tags : ,
22 juillet 2015

Lola Bensky

"Oui, les enfants des victimes et ceux des coupables partageaient ce legs. Ils avaient tellement de choses en commun, ayant grandi avec un passé aussi omniprésent qu'incompréhensible. Un passé qui ne semblait souvent avoir aucun sens, parce qu'il était en grande partie dissimulé, ou à demi formulé, ou suggéré par des vagues allusions. Un passé qui était fait d'articles, de particules, de pronoms sortis de la bouche des adultes en dépit de leur volonté, de bribes de phrases étranglées, brouillées, disséminées." Nous faisons la... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:54 - - Commentaires [43] - Permalien [#]
Tags : ,
14 juillet 2015

La dernière neige

"Un soir, mon père a voulu savoir si j'avais réuni l'argent du milan, et ensuite si je savais déjà comment j'allais le nourrir. Les bruits d'eau ont illustré à merveille ma réponse à propos de l'argent, parce que c'était justement toute cette pluie qui m'empêchait de réunir la somme que Di Gasso demandait. Quant à la nourriture, j'avais prévu de continuer à travailler à l'hospice afin d'acheter chaque jour un peu de viande". Comme toujours avec cet auteur, l'histoire tient autant dans ce qui est tu que dans ce qui est dit. L'émotion... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:14 - - Commentaires [44] - Permalien [#]
Tags :
08 juillet 2015

Refaire le monde

"Quand elle était au lycée, un couple d'amis de ses parents s'était séparé, le mari ayant quitté sa femme pour une autre. Quelques mois plus tard, il était revenu. Greenie avait alors observé que la femme devait être contente qu'il soit revenu, mais Olivia avait haussé les sourcils et répondu "oui et non". Un couple qui survivait à une liaison était comme une tasse de porcelaine dont l'anse avait été cassée. On pouvait la recoller, mais on verrait toujours la trace de la cassure, et quand on la tiendrait entre ses mains, on ne... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 07:13 - - Commentaires [56] - Permalien [#]
Tags :