daccord-158x300"Curieusement, depuis notre départ de Paris, cette visite à mon père n'avait cessé de m'apparaître de plus en plus facultative. Simple prétexte pour passer quelques heures en compagnie de Vlad ou geste dérisoire d'une indulgence trouble, même pas coupable ? Les deux, sûrement, entre faiblesse et mansuétude, pitié et action généreuse. Car enfin, qu'allions-nous trouver une fois à Vierville-sur-Mer, dans cette maison de retraite où je l'avais fait placer quelques mois auparavant, à la suite des premières et foudroyantes atteintes de la maladie d'Alzheimer ? Le souvenir d'un homme qui, pour lui-même, n'en avait presque plus aucun ?".

Le narrateur rend visite à son père, devenu un vieil homme sans mémoire et sans souvenir. Il emmène son fils, tout en se reprochant de lui infliger cette sortie.

Trois générations d'hommes vont se retrouver dans un espace confiné, ne sachant pas comment communiquer. Le narrateur se retrouvant démuni et perplexe, c'est Vlad qui va prendre les choses en main et s'occuper de son grand-père, lui parlant et le guidant doucement.

Les souvenirs d'enfance du narrateur se mêlent au présent. Il se rappelle de ce père tyrannique, jouant obsessionnellement aux courses, maltraitant sa famille en permanence. L'enfant faisait tout pour plaire à son père, sans jamais y parvenir. Et le voilà maintenant devant ce vieillard avec qui il ne peut rien partager et pas seulement à cause de la maladie.

C'est un court roman, qui soulève cependant de nombreux questionnements sur la transmission paternelle, la vieillesse, la maladie, les non-dits. Le regard que porte le narrateur sur la vieillesse est assez cruel, compensé par un certain humour et une sensibilité qui affleure à chaque page.

La visite se clot sur un évènement inattendu, qui scelle une complicité nouvelle entre le narrateur et son fils, laissant présager une meilleure relation qu'avec la génération précédente.

Denis Beneich - D'accord - 95 pages
Actes Sud - 2017