Le goût des livres

08 décembre 2019

Bon dimanche

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03 décembre 2019

Toute une vie et un soir

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"J'essayais de mettre de l'ordre dans les mots qui se bousculaient dans ma tête, mais ils sautillaient comme un troupeau de moutons affolés et aucun n'avait le courage de passer en premier. J'ai lorgné la bouteille de Bushmills sur l'étagère en me demandant si ce serait grossier d'en commander un si tôt dans la journée, puis je me suis ravisé. J'entendais mes doigts tambouriner sur la table et les casseroles s'entrechoquer dans la cuisine. De temps à autre, une silhouette passait derrière la vitre dépolie. J'ai glissé un dernier coup d'oeil vers Emily. Mal à l'aise sur son siège, le menton dans ses mains croisées, elle attendait que je crache le morceau".

Nous faisons la connaissance de Maurice Hannigan, 84 ans, au bar du Rainsford House Hôtel, un soir particulier. Il a vendu sa ferme, réglé jusqu'au moindre détail la répartition de ses biens et s'apprête à porter cinq toasts aux personnes qui ont le plus compté dans sa vie : Tony, son frère aîné, pour qui il avait une admiration sans bornes, Molly, sa petite fille qui n'a jamais vu le jour, sa belle-soeur un peu dérangée Noreen, son fils Kevin parti travailler aux Etats-Unis, et enfin Sadie sa femme, morte depuis deux ans, le laissant inconsolable.

L'hôtel a une certaine importance dans sa vie, nous découvrirons laquelle au fil de l'histoire. Maurice est un vieux bonhomme loin d'être exemplaire et il le sait. Il s'est souvent mal comporté, a fait passer l'argent et l'acquisition de terres avant tout, au détriment de la présence qu'il aurait dû avoir auprès de sa famille.

Il tente de s'en expliquer auprès de son fils, en remontant le temps et en racontant ce qui a pu justifier ses comportements, qu'ils soient bons ou mauvais. Maurice est drôlement attachant, malgré ses défauts. Il évoque l'enfant qu'il était, rétif à l'apprentissage de la lecture et contraint d'aller travailler presque comme un homme à 10 ans. Nous sommes en Irlande, pendant et juste après la guerre. La pauvreté est là, les relations avec les patrons d'une dureté totale et Maurice grandit dans les injustices et la brutalité.

Chaque toast porté est l'occasion d'évoquer une période différente de son existence, la plus lumineuse étant sa rencontre avec Sadie. Il a compris tout de suite que c'était la femme de sa vie. Elle l'a aidé et soutenu, sans se laisser non plus intimider par lui. Quand elle l'apostrophe par son nom et son prénom, il sait qu'il a intérêt à faire profil bas.

L'histoire progresse avec subtilité, découvrant des méandres insoupçonnés au départ. Je me suis autant intéressée aux membres de la famille, qu'aux propriétaires de l'hôtel, au coeur d'une vengeance au long cours dont Maurice n'est au final pas très fier.

Quelques billets m'avaient mis la puce à l'oreille à propos de ce premier roman et j'ai passé un excellent moment. Il est attendrissant sans être mièvre, grâce à la lucidité de Maurice. On voit très vite où il veut en venir, ce qui ne donne que plus de prix à ce qu'il raconte. Une jeune auteure à suivre ..

L'avis de Kathel Krol Jérôme

Anne Griffin - Toute une vie et un soir - 264 pages
Traduit de l'anglais (Irlande) par Claire Desserrey
Editions Delcourt - 2019

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02 décembre 2019

Hautes solitudes

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"Changement de décor. Nous abandonnons les pâleurs crayeuses striées d'ocre brun, nous pénétrons maintenant dans une symphonie verte, un Eden de gaudres, roubines et prés ponctués de potagers, vergers et lopins maraîchers. Nous cheminons au nord, là où grâce à la bénédiction des eaux abondent les prairies grasses, encloses de cyprès et de peupleraies brise-vent. Les meneurs de troupeaux vénèrent cette profusion d'herbes, fromental, dactyle, lotier, trèfle rouge et blanc, minettes et vesce. A l'automne, ils engraissent cette herbe fine de luzerne, ils sèment sainfoin, barjelade ou pasquier, provende nutritive, croquante, des brebis et des agneaux à la sortie du long hivernage".

Anne Vallaeys, journaliste et écrivaine belge, s'intéressait depuis longtemps à la transhumance, accumulant les lectures, quand le temps est venu d'expérimenter elle-même ces anciens chemins qui rythmaient la vie de la Camargue aux Alpes de Haute-Provence.

Lu pendant la canicule du mois d'Août, ce récit de marche a été un véritablement enchantement à plus d'un titre à commencer par la beauté de la langue, j'ai dû consulter souvent un dictionnaire devant la richesse des descriptions de plantes, de la faune, du paysage et du langage des bergers.

Puis il y a la marche elle-même. Trois cent vingt kilomètres en vingt jours. Anne a préparé un itinéraire avec l'aide de la Maison de la Transhumance, mais elle ne sait pas ce qu'elle va trouver sur le terrain, les chemins ayant été effacés. Après avoir envisagé de partir seule, Anne a finalement embarqué la jeune Marie, amie de sa fille, précieuse compagnie avec son intuition des itinéraires à reprendre.

"Qui le croirait ? Autrefois, pâtres, brebis et boucs, chèvres, mulets, ânes et chiens de conduite envahissaient le cours Mirabeau ... au pied des remparts, le pavé se mêlait à l'antique routo des Alpes, Aix était un paradis des transhumants. Paradis, pausado, du provençal pausar, reposer, dans la langue d'oc des meneurs de troupeaux. Après le talc de la carraire, les maîtres-bayles paraient leurs brebis pour une nuit aixoise étoilée".

Comme dans tout récit de marche il y a les bons et les mauvais jours, la météo changeante, la chaleur accablante, puis la pluie qui empêche de continuer. Il y a abondance de senteurs, de sensations, des moments de découragement aussi. Sans oublier les précieuses rencontres, il y a des résistants dans ces régions oubliées, qui s'efforcent de vivre en accord avec leurs idées et le mode de vie de leurs ancêtres.

"Bribe par bribe, au fil de nos échanges, une génération nouvelle se dessine. Mendiants d'honneur, en quête d'une vie autre, les bergers, aujourd'hui, perpétuent l'esprit des aînés soixante-huitards. Citadins pour la plupart, ils étaient ouvriers, employés surnuméraires, caissières de Super U, instituteurs, techniciens de l'environnement, diplômés en rupture de ban. Révoltés par trop d'impostures, ces décroissants ont rejoint les hautes terres pour "faire berger", non par lassitude, nécessité ou intérêt, mais passion. Ils n'ont qu'un credo, être soi, poursuivre autrement, vivre avec, parmi les bêtes".

Impossible de suivre ce chemin sans parler du loup qui pose un véritable problème d'adaptation aux bergers et des nombreux problèmes liés à l'époque moderne et aux tracasseries de l'Administration.

J'ai beaucoup appris dans ce court récit, j'ai suivi le périple avec une carte, je me suis sentie transportée en Provence avec les deux marcheuses, un vrai bonheur vous dis-je ..

"Justaucorps jaunes et bleus fluorescents, des cyclistes fluorescents en une théorie de gâpettes informe. Peloton baroque, essaim de libellules graciles. Pas le moindre salut quand ils nous dépassent, je perçois seulement cette apostrophe : "la première ... un peu limite !" Moment suspendu. Limite, rasière dit-on des brebis qui ont trop vécu, celles promises au boucher, changées en abats, pieds-paquets, tripes et merguez à couscous ... "T'as entendu Marie ? tu me trouves limite, toi ?" Sourires. "Remarque, fait-elle, il a dit un peu limite. - Oui. Des nazes, des beaufs en moule-couilles. N'est pas Fignon qui veut." Rigolade".

L'avis de Ptit Lapin

Anne Vallaeys - Hautes Solitudes - 242 pages
La Petite Vermillon - 2019

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01 décembre 2019

Bon dimanche

Le site de Maria Berasarte

Luis de Barros - photographe
Crédit photo Luis de Barros

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28 novembre 2019

Le ballet des retardataires

Le ballet des retardataires

"C'est de nouveau à moi. Je lève les bras, frappe le tambour. Le son est plus net, plus fort, plus régulier, plus rapide. La douleur dans mes mains disparaît. Je m'habitue aux vibrations. Mon corps chauffe et sue. Encouragée par les cris des uns et des autres, je tape, je tape, je me détends sans me ramollir, mes yeux fixent le centre du taïko. La salle se remplit de nos voix et de nos frappes. Je ne sais plus d'où provient le son, qui le crée. Moi, le groupe, le taïko lui-même qui a sa vie propre ? Les gouttes de sueur coulent sur mon dos et chatouillent mon bassin."

Qualifié de roman, ce texte est en fait un récit autobiographique, celui de l'immersion de l'auteure dans un stage de taïko, au Japon. Le taïko est un tambour traditionnel japonais dont la pratique très codifiée demande force et disicipline de fer. La jeune femme obtient une bourse pour aller se perfectionner dans une école inaccessible habituellement aux occidentaux.

Elle se rend compte qu'elle a tout à apprendre et a des sueurs froides en pensant à ce qui l'attend. Pourquoi s'est-elle fourrée dans cette galère ? Elle ne parle pas japonais et ses interlocuteurs ne parlent quasiment pas anglais. Elle devra donc naviguer à vue pour obéir aux consignes.

Tout la déroute dans son nouvel univers. Non seulement l'école, mais le quartier de Tokyo où elle réside. Il faut s'habituer aux alertes de tremblements de terre, qui ne semblent émouvoir personne. Prendre le métro est une épreuve, tout déplacement une énigme puisqu'elle ne déchiffre pas les panneaux.

Son quotidien s'organise entre les cours, le retour à son logement et les moments partagés avec sa logeuse, largement arrosés de saké. L'alcool est souvent présent et coule généreusement. Malgré la dureté de son apprentissage Maïa s'accroche. Elle est tellement fatiguée qu'elle continue parfois à taper sur le tambour en dormant, d'où quelques scènes oniriques où l'on se demande où elle est vraiment ..

J'ai beaucoup aimé ce récit, teinté d'humour et d'auto-dérision. J'ai découvert l'art du taïko que j'ignorais presque complètement et je me suis sentie aussi perdue que Maïa dans un pays aux comportements tellement différents. L'auteure sait très bien restituer le brouillard dans lequel elle était souvent. Quelques parenthèses font toucher du doigt un Japon plus ancien et plus serein, vite avalées par la frénésie moderne.

L'évolution de ses relations avec son maître et l'entourage est également intéressante ; sa perception du début va évoluer et elle se rend compte qu'elle est progressivement acceptée et reconnue, ce qui n'est pas une mince affaire.

J'ai été impressionnée par la détermination de Maïa, au prix de souffrances physiques intenses, dans un isolement tout de même important. Quelle est cette passion dévorante qui permet d'affronter et de dépasser des obstacles si forts ?

Un récit intrigant, une autre facette du Japon, en résumé une bonne découverte.

"Le soir nous bavardons en buvant du saké ou de la limonade au whisky dans un langage que nous élaborons jour après jour. Nous avons commencé par utiliser toute la richesse de notre vocabulaire franco-japoniso-anglais : yes, no, arigato, ok, horrible, nani, love, gokibuli, happy, konichiwa, bonjour, ainsi que quelques expressions étrangères miraculeusement connues de nous deux. "Que sera sera" nous sert à signifier l'impermanence des choses et la fatalité des tremblements de terre et autres dangers naturels.  "Once upon a time" introduit nos récits grandioses ou autobiographiques. A cela s'ajoutent mimes, dessins et l'aide précieuse de google translate, l'ami des voyageurs qui transforme une simple question sur la météo en poésie post-moderne".

L'avis de Mélopée Yv

Maïa Aboueleze - Le ballet des retardataires - 153 pages
Editions Intervalles - 2019

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27 novembre 2019

La route de Tibilissi

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Une famille court dans la neige, poursuivie par de sombres archers. Le père, la mère, les deux enfants, Jake et Oto. Ils sont rattrapés et les parents sont tués sous les yeux des garçons. Ils ont le temps de s'enfuir, avec les dernières paroles du père "allez à Tibilissi".

Jake, le plus grand, a récupéré la hache du père pour seul viatique. Les garçons se retrouvent seuls, démunis, perdus, sans rien. Nous ne savons pas à quelle époque nous sommes. A première vue le moyen-âge, mais deux nouvelles créatures évoquent plutôt un monde futuriste. Une bête poilue et affectueuse et un grand robot auxquels Oto tient beaucoup.

Les deux frères continuent à se chamailler, mais se protègent mutuellement à la moindre alerte. Ils entament un périple dangereux, où ils seront aidés ou mis en danger selon les circonstances et les hommes. La destruction est partout, le froid et la faim les tenaillent. Jake ne sait pas trop comment on va à Tibilissi et les rumeurs disent que la guerre est là-bas aussi.

Peu importe l'époque et l'endroit où se déroule l'histoire. Cette BD est le témoignage de ce que vivent des enfants qui perdent tout du jour au lendemain, qui sont obligés de subir une violence quotidienne qu'ils ne comprennent pas. Il suffit d'ouvrir un journal pour savoir que le sujet est toujours trop actuel.

C'est un album touchant, dans une ambiance hivernale et hostile très bien rendue. Un mot sur le graphisme qui m'a plu par sa clarté et sa précision. Je ne m'attendais pas à la fin et j'ai aimé être surprise.

A découvrir sans hésiter.

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L'avis de Pativore Violette

Chauvel - Kosakowski - Lou - La route de Tibilissi - 176 pages
Editions Delcourt - 2018

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25 novembre 2019

Le ghetto intérieur

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"Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne".

Le narrateur de ce roman, ou récit, raconte dans ce texte l'histoire de son grand-père maternel, exilé en Argentine en 1928. Il venait de Pologne où il avait laissé sa mère, son frère et sa belle-soeur. Il avait l'intention de les faire venir plus tard, sans toutefois y mettre toute la volonté nécessaire, heureux d'être dégagé du regard de sa mère, un peu trop envahissant. Il sort beaucoup et discute à n'en plus finir avec deux amis polonais.

Vicente mène une vie plaisante, tombe amoureux d'une jeune fille, Rosita, se marie et travaille dans le magasin de meubles de son beau-père. Deux enfants vont naître assez vite, puis un troisième, la famille est joyeuse et profite pleinement de la ville de Buenos-Aires, en pleine effervescence.

Pendant ce temps, en Europe, la situation se dégrade ; sa mère lui envoie des lettres de plus en plus alarmantes. Elle lui parle de la guerre, du ghetto de Varsovie, des privations grandissantes. La femme de Vicente lui suggère de faire les démarches pour la faire venir, mais il ne les fait pas, jusqu'à une lettre plus terrible que les autres, ou il se rend compte qu'il est trop tard, que les siens ne pourront plus sortir de Pologne.

Vicente commence alors à être envahi par l'angoisse et la culpabilité qui ne le lâcheront plus, l'enfonceront progressivement dans un mutisme total. L'homme gai et aimant se transforme en bloc de silence, absent à lui-même et aux autres. "Je ne veux plus parler. Je ne veux plus penser. Je ne veux plus. Je ne veux plus rien, plus rien de rien. Je veux me taire. Oui, me taire. Plus un mot. Plus un son. Plus rien"

Rosita, sa femme, fait pourtant de patients efforts pour le sortir de ce silence et de cette vie qui n'en est plus vraiment une, mais il est trop enfermé dans sa torture mentale. Jusqu'au jour où elle lui dira "que tu veuilles mourir, que tu veuilles te laisser mourir comme si le monde n'existait plus, comme si plus rien n'avait aucun intérêt, même pas les enfants, c'est ton affaire, mais moi je ne l'accepte pas. Je ne mourrai pas avec toi".

Que dire sur ce récit, si ce n'est que c'est poignant de voir cet homme s'enfermer à sa manière comme les siens sont enfermés là-bas. Il ne veut rien savoir, mais à la libération, il ne pourra pas s'empêcher de découvrir comment ils sont morts, comment ils ont été traités.

L'écriture est simple, au-delà de l'histoire familiale, c'est aussi une réflexion sur la judéité, qu'est-ce qui fait de vous un juif ? Est-ce vous qui vous sentez juif ou c'est le regard des autres qui fait de vous un juif, même si vous avez abandonné toute pratique religieuse depuis longtemps ?

C'est ma première lecture de Santiago H. Amigorena, qui a l'habitude je crois d'écrire sur sa famille. Il m'a manqué des éléments, par exemple le point de vue de son entourage, surtout les enfants. Passer d'un père joueur et attentif, à un homme terne et indifférent, ça laisse certainement des traces. Sa femme, apparemment est restée avec lui, sans doute en sacrifiant ses propres projets.

Il n'empêche que c'est une illustration implacable des ravages qui s'exercent longtemps sur les individus victimes des guerres et des persécutions, ravages qui continuent à peser sur les générations suivantes.

L'avis d'Alex Val

Santiago H. Amigorena - Le ghetto intérieur - 192 pages
P.O.L. - 2019

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24 novembre 2019

Bon dimanche

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20 novembre 2019

Le beau mystère

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"On n'enseigne pas ça dans les facultés de médecine, mais je l'ai observé dans la vraie vie. Les gens meurent petit bout par petit bout, en une série de petites morts. Ils perdent la vue, l'ouïe, leur autonomie. Ça, ce sont les morts physiques. Mais il y en a d'autres, moins évidentes, mais plus fatales. Ils perdent courage. Ils perdent espoir. Ils perdent confiance. Ils se désintéressent de tout. Et, finalement, ils se perdent eux-mêmes."

La huitième enquête de l'Inspecteur-Chef Armand Gamache nous emmène dans un coin perdu du Québec, sur une île où a été construit un monastère de Gilbertains, ordre oublié de tous et replié sur lui-même. Dans ce lieu particulièrement paisible survient malgré tout un crime. Le chef de choeur a été retrouvé mort, sa main crispée sur un papier froissé.

A contrecoeur, le supérieur doit laisser entrer la police dans ce sanctuaire où les moines ont fait voeu de silence, sauf pendant les offices où s'élèvent de magnifiques chants grégoriens. Le papier froissé représente d'ailleurs des neumes, forme de notation musicale ancienne.

Gamache et son bras droit Jean-Guy Beauvoir, vont devoir rester sur place, parmi les moines, pour mener les investigations. Si Gamache se pénètre assez vite de l'esprit du lieu et de la beauté des chants, il n'en est pas de même pour Beauvoir qui supporte mal l'atmosphère et va réagir de plus en plus irrationnellement. Faire parler ces hommes rompus au silence n'est pas une mince affaire.

Parallèlement, les ennuis personnels de Gamache prennent de l'ampleur avec l'arrivée sur place de son supérieur hiérarchique, Francoeur, qui lui voue une véritable haine et cherche à le détruire.

Tout cela donne un huis-clos assez sombre, où les manipulations et les pièges ne manquent pas. Si Gamache paraît assez solide pour faire face, comment Beauvoir se comportera-t'il dans l'état de fragilité où il se trouve ?

Je continue la série avec plaisir. Les enquêtes sont plus ou moins bien construites, celle-ci est instructive sur toute l'histoire du chant grégorien, mais j'attendais aussi avec impatience la suite des démêlées de Gamache avec sa hiérarchie. Le dénouement n'est pas encore pour ce volume-ci.

L'avis de Alex Dasola Dominique Ptit Lapin

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Louise Penny - Le beau mystère - 496 pages
Traduit de l'anglais par Louise et Claire Chabalier
Actes Sud - 2017

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15 novembre 2019

La marche en forêt

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"Nicole pose sa main dans le dos d'Emma. Thérèse aurait donné des petites tapes comme des caresses, un geste que tous ses enfants aimeraient reproduire sans y arriver parfaitement. A la cuisine, le repas reprend, dans le désordre ; on mange debout ou assis à un coin de table des patates et des morceaux de porc arrachés au rôti n'importe comment. Les adultes boivent trop vite, et les jeunes déballent leurs cadeaux avant l'arrivée du Père Noël. Noël passe en douce au milieu d'une soirée de fracas. Une fête logée dans un drame."

Repéré dans les précédents challenges québécois, je ne savais pas vraiment à quoi m'attendre avec ce roman et j'ai été déroutée au début par la narration. Les époques sont mélangées, les personnages (nombreux) aussi, au début je ne me repérais pas. Puis, j'ai compris assez vite que ça n'avait pas d'importance et je me suis laissée portée par les histoires de la famille Brûlé.

Les maladies, les deuils, les amours, les ruptures, la jalousie, il y a tant de situations possibles et presque un trop-plein d'évènements, mais l'auteur y met tellement de tendresse et de compréhension que j'avais hâte de retrouver mon livre le soir. Petit à petit, j'ai situé de plus en plus rapidement qui était untel ou unetelle, Thérèse, le pilier de la famille, Fernand son mari, sa deuxième femme Emma, Hubert l'affreux de la famille, Luc et son amoureuse tardive etc ..

Un seul personnage reste énigmatique, une femme d'origine indienne, Alma, contemporaine des la guerre de secession. Elle mène une vie atypique, loin de tout, rien de lui fait peur, rien de la rebute. Nous ne saurons qu'à la fin le lien qu'elle a avec le reste de la famille.

Une lecture très attachante où certaines expressions nous rappellent que nous sommes au Québec.

L'avis de Enna Karine Une Comète Yueyin

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Catherine Leroux - La marche en forêt - 264 pages
Carnets Nord - Editions Montparnasse - 2012

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