Le goût des livres

05 avril 2020

Bon dimanche

Une vidéo spéciale confinement (merci Enna). Nombre d'artistes se mettent en quatre pour alléger notre quotidien et nous offrir des moments de détente, qu'ils en soient remerciés. Une pensée particulière pour les personnes touchées et leur entourage. Faites attention à vous.

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04 avril 2020

Feel Good

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"Alice serra les poings, elle serra les dents, elle serra le ventre, elle serra tout ce qu'il est possible de serrer, elle eut très envie de de frapper Séverine en plein dans son joli visage de quadragénaire, de lui ravager en une seconde les effets délicats des crèmes de luxe et le résultat des injections de botox. Cette montée de violence lui coupa presque la respiration".

J'ai emprunté ce roman à la bibliothèque juste avant le confinement et incapable de continuer le pavé que j'avais en cours, j'ai opté pour celui-ci, nettement plus facile. Le titre n'est pas engageant, mais quelques billets de blog enthousiastes m'avaient convaincue que ce n'était pas vraiment un feel good, que c'était surtout une satire sociale où l'on riait souvent.

Bon, il se lit facilement c'est sûr, mais chez moi il a fait un flop. Nous faisons la connaissance d'Alice, quadragénaire qui élève seule un petit garçon et vient de perdre son travail. L'argent est un souci constant, elle doit compter pour tout et sait que l'avenir sera encore plus sombre.

De son côté Tom, auteur plus ou moins raté, vivote en écrivant des romans bizarres, peu lus. Sa compagne le quitte, emmenant sa fille adolescente. Lui aussi ses revenus vont être insuffisants pour assumer le quotidien tout seul. Il est évidemment écrit que ces deux-là vont se rencontrer et plus si affinités.

C'est vrai que c'est souvent drôle, le ton est alerte, il y a quelques retournements de situation surprenants et bien amenés, mais j'ai buté sur le côté très farfelu de l'histoire. Elle est parfaitement invraisemblable et les deux personnages sont très doués pour aller encore plus loin dans le grand n'importe quoi. Ils font plus penser à deux ados de seize ans qu'à deux adultes chargés d'enfants. J'ai vite été exaspérée par cette fuite en avant qui ne peut les mener qu'à la catastrophe. Dans ce genre d'histoire, j'ai besoin d'un minimum de crédibilité pour accrocher.

Ce qui est bien vu par contre, c'est la galère permanente lorsque l'on n'a pas d'argent et pas de perspective de travail. C'est la pauvreté assurée, voire la misère, sans parler de la mort sociale, le tout dans une indifférence à peu près générale. Mais la solution envisagée par Alice n'est pas la plus adaptée. Un enlèvement d'enfant conduit rarement à la fortune et à la sérénité.

Par ailleurs, l'auteur épingle avec une certaine jubilation les milieux de l'édition et des auteurs, célèbres ou pas, les réputations usurpées, les salons littérataires où les hiérarchies sont inamovibles, d'autant plus qu'elles ne sont pas avouées.

Ce livre aura au moins eu le mérite de relancer mon envie de lire, ce qui est précieux en ces temps de confinement. S'il ne m'a pas convenu, il a des qualités. Ne vous arrêtez pas à mon avis, je suis plutôt une voix discordante sur ce titre-là.

L'avis de Violette Antigone Alex Sylire

Première participation au challenge "Mois belge" d'Anne

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Thomas Gunzig - Feel Good - 398 pages
Le Diable Vauvert - 2019

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02 avril 2020

Construire un feu

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Avant de passer à l'album du jour, je précise que c'est ma première participation au challenge de ClaudiaLucia consacré à Jack London. Aussi incroyable que ça puisse paraître, je n'ai jamais rien lu de lui, j'ai tout à découvrir. La BD de Chabouté est inspirée de la nouvelle originale, mais apparemment s'en écarte un peu.

Nous sommes en Alaska, dans la région du Klondike, investie par les chercheurs d'or au début du XXe siècle. Un homme décide de rejoindre ses compagnons, seul avec son chien. Ce n'est pas très prudent, on le lui déconseille, même s'il n'en a que pour une journée. La température peut descendre très bas, la piste n'est pas tracée partout, les embûches peuvent surgir à chaque instant.

Il s'obstine et part, croyant être chaudement vêtu, en emportant un peu de nourriture et une boîte d'allumettes. Sûr de lui au départ, il perd peu à peu son assurance, se rendant compte que c'était effectivement une erreur et qu'il aurait dû écouter les autres.

Tout m'a plu dans cet album, la narration à la troisième personne, l'évolution du personnage, perdant progressivement son arrogance vis-à-vis de la nature, le chien qui lui, sait depuis le début que l'homme se fait des illusions. Les dessins de Chabouté sont formidables, l'atmosphère, la trogne du narrateur, les paysages enfouis sous la neige .. un régal.

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Il me reste deux choses à faire : me procurer la nouvelle de Jack London, parce que évidemment, j'ai envie d'aller plus loin et emprunter tous les albums de Chabouté que je découvre en même temps.

L'avis de ClaudiaLucia Kathel Krol Noukette Philisine Violette Wens

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Christophe Chabouté - Construire un feu - 80 pages
D'après une nouvelle de Jack London
Vent d'Ouest - 2007

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29 mars 2020

Bon dimanche

Attention au changement d'heure ..  Je vous espère en bonne santé et vous souhaite une belle journée, chez vous.

Léa Desandre

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26 mars 2020

La faille en toute chose

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"Il avait découvert quelque chose de si horrible, si accablant, qu'il ne devait plus ressentir une obligation de loyauté envers la direction de la Sûreté. C'était envers le Québec qu'il avait un devoir de loyauté, pas envers un groupe de vieux messieurs assis autour d'une table vernie qui regardaient leur propre reflet quand ils prenaient des décisions".

C'est le moment de rattraper les billets en retard, alors que nous sommes confinés, et qu'en ce qui me concerne la lecture n'est pas facile, mon esprit vagabonde un peu trop dans tous les sens.

J'ai lu la neuvième enquête de l'Inspecteur-Chef Gamache il y a quelques mois, si j'ai oublié des détails, j'ai bien en tête les principaux évènements, d'autant plus qu'ils sont marquants.

La trame est la même que d'habitude : une enquête en cours et la progression des démêlés d'Armand Gamache avec sa hiérarchie, qui atteint ici des sommets. C'est ce dernier aspect qui m'a le plus intéressée, avec un suspense constamment maintenu et une issue marquante.

L'équipe habituelle de Gamache a été savamment dispersée, quasiment dissoute, le laissant seul, avec toutefois la fidèle Isabelle Lacoste discrètement à ses côtés. On lui a affecté de nouveaux agents, incompétents, méprisants, le sachant sur la touche.

C'est avec soulagement qu'il est appelé par Myrna à Three Pines. Elle est inquiète de la disparition de son amie Constance, qu'elle accueillait depuis quelques jours. Réfugié dans ce village où il se sent comme dans un cocon, Gamache découvre que Constance est en réalité connue de tout le Québec et au-delà, puisqu'elle est une des célèbres quintuplées Ouellet (inspirées des soeurs Dionne).

Si le rappel de l'exploitation médiatique éhontée de ces quintuplées est intéressant, j'avais néanmoins hâte de revenir aux problèmes majeurs de Gamache. Ce qui se tramait depuis plusieurs épisodes explose ici, il peut faire un lien entre ceux qui tirent les ficelles au plus haut niveau. Il est en grand danger et son fidèle Beauvoir s'est retourné contre lui, drogué de plus en plus gravement aux médicaments anti-douleur, manipulé par le Directeur Général Francoeur qui lui fournit ses petites pilules.

La tonalité d'ensemble est très sombre, mais le plaisir est toujours là, de retrouver les habitants si attachants de Three Pines et le sensible Gamache, sur la corde raide et hanté par les épisodes précédents.

Un des meilleurs de la série.

L'avis de Alex Ptit Lapin Yueyin

Objectif PAL 3

Louise Penny - La faille en toute chose - 528 pages
Traduit de l'anglais par Claire Chabalier
Actes Sud - 2018

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22 mars 2020

Bon dimanche

Et pour rompre la monotonie du lavage de mains, vous pouvez l'égayer (merci Plumes d'Anges)

Faites attention à vous, ne commettez pas d'imprudences .. 

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15 mars 2020

Bon dimanche

Aujourd'hui, vous aurez deux vidéos, parce que dans le contexte actuel, ce n'est pas trop .. deux versions d'un même air. La première "M" avec Philippe Jaroussky et la deuxième avec Fatoumata Diawara.

Prenez bien soin de vous.

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09 mars 2020

Après le monde

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"Bien sûr que oui, même s'il y avait eu des moments difficiles, à commencer par les mois qui avaient suivi l'effondrement, l'absolue insécurité et le dénuement de leur exil vers les Maramures. C'est vrai : ils avaient réussi à rester loyaux, solidaires. Mais en y repensant ! L'image qu'ils se faisaient l'un de l'autre en avait pris un coup terrible. Leur couple s'était formé au temps des comportements paisibles, civilisés. Alors, quand ils s'étaient trouvés forcés de se tourner vers la fouille des poubelles, d'affronter le pillage, les transactions au marché noir ... !"

Entamer un roman sur la fin de notre monde en pleine épidémie mondiale n'était pas forcément l'idée du siècle, mais j'ai tenu bon ; j'ai du mal à résister aux dystopies, je suis toujours curieuse de voir comment l'auteur va faire travailler son imagination et retomber sur ses pieds .. ou pas.

Disons d'emblée qu'il n'y a rien d'original dans cette nouvelle parution. L'enchaînement est souvent le même, ici des évènements climatiques importants en 2022 qui entrainent la ruine des compagnies d'assurances, qui entraîne à son tour toute l'économie dans le gouffre. Assez rapidement les Etats sont dépassés, les approvisionnements en énergie diminuent, les communications sont de plus en plus souvent coupées etc ..

Un jour arrive où il faut apprendre à vivre sans plus rien de ce qui a fait notre confort et notre quotidien. C'est la débrouille, puis la survie pure et dure. Les Etats s'étant effondrés, se sont des bandes qui règnent, violentes évidemment, des gourous s'autoproclament. Les épidémies prolifèrent, faisant des ravages puisqu'il n'y a plus rien pour se soigner, à part retrouver des remèdes de bonne femme.

L'auteure a choisi de raconter cette catastrophe d'un point de vue féminin. De cours chapitres donnent la parole à une multitude de femmes au gré des rencontres et des déplacements, chacune semblant passer le relais à la suivante. On suit tout de même plus particulièrement Christelle et Barbara, deux femmes qui ont décidé d'écrire leur histoire depuis le début des troubles, afin qu'elle ne se perde pas. Elles adoptent la forme chantée, souhaitant retrouver une sorte de filiation avec les bardes d'antan.

Cette diversité de femmes est intéressante, mais fait que l'on ne s'attache à aucune, leur portrait est trop sommaire, leur évolution difficile à saisir. Toutes ne réagissent pas de la même manière ; il y a celles qui se battent et essaient de recréer des communautés où l'on invente de nouvelles façons de vivre ensemble, avec les moyens du bord. D'autres passent leur temps à regretter ce qu'elles avaient, qu'elles considéraient comme normal et qui ne reviendra jamais.

Si la fragilité de nos sociétés moderne est bien montrée, j'ai regretté un parti-pris de catastrophisme toujours plus noir. J'ai lu ça et là que ce livre s'inscrivait dans le mouvement de la collapsologie, dont je ne suis pas friande. J'ai lu mieux sur le même thème, j'attendais plus d'inventivité.

En résumé, une lecture en demi-teinte.

L'avis de Ptit Lapin

Antoinette Rychner - Après le monde - 288 pages
Editions Buchet-Chastel - 2020

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08 mars 2020

Bon dimanche

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05 mars 2020

Richesse oblige

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"Aux censeurs de droite qui m'accuseraient de fausser le jeu économique ou voudraient m'interdire de vivre comme je vis, aux gentilles personnes de gauche qui pour mon bien seraient tentées de me faire la morale ou de m'asséner des messages de prévention débiles, je répondrais que, lorsqu'il n'y a pas de victime à une infraction, si ce n'est ni le corps d'autrui, ni ses biens, ni ses droits qui sont en danger, alors c'est l'Ordre que l'on cherche à protéger, et l'Ordre, ça fait très longtemps que je l'emmerde ... Et à ce que je sache, ce n'est pas moi qui ai créé ce statut merdique d'autoentrepreneurs ... Et qu'on ne vienne surtout pas me parler à propos des stups, de santé publique, vu ce qu'on mange et ce qu'on respire tous les jours".

Après "La Daronne" j'attendais avec impatience le nouveau roman d'Hannelore Cayre et le moins qu'on puisse dire est que je ne suis pas déçue. J'y ai retrouvé sa verve, ses personnages bancals et hauts en couleurs, leur habileté à exploiter les failles d'un système qui les écrase.

L'histoire navigue entre deux périodes, celle de 1870, avec la Commune et la guerre qui s'annonce et l'époque actuelle qui ne manque pas de similitudes, avec les gilets jaunes et ses gouvernants arrogants.

Blanche de Rigny, la narratrice, se découvre un ancêtre inconnu et intriguée, se lance dans l'exploration de son arbre généalogique à la recherche de cet Auguste, jeune homme idéaliste, mais qui laisse sa famille acheter un pauvre pour le remplacer lorsque le sort le désigne pour le service militaire de sept ans.

Blanche, la jeune femme au corps brisé, va mettre au point une stratégie qui lui permet de mettre à jour les combines de la branche riche des de Rigny, accompagnée de sa fille, Juliette et de sa copine de toujours, Hildegarde.

On peut compter sur l'auteure pour brosser sans langue de bois le tableau d'une société dominée par l'argent et d'une classe sociale sûre de sa supériorité sur tout ce qui ne fait pas partie de son petit cercle, que ce soit au XIXe ou au XXIe siècle.

"Vous êtes un jeune crétin exalté, mon neveu, et vous me plaisez comme vous êtes parce que vous me faites rire. Mais là, il faut cesser car ça n'est plus du tout une plaisanterie. Je connais Thiers intimement ; vous pouvez me faire confiance : il vous tuera tous, vous les communards, ne serait-ce que pour avoir osé effrayer les bourgeois".

Un roman décapant et souvent jubilatoire, à ne pas manquer.

L'avis de Cathulu Cuné

Hannelore Cayre - Richesse oblige - 224 pages
Editions Métailié - 2020

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