Le goût des livres

21 mars 2019

Dans le faisceau des vivants

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"C'est la ville de tous ses romans, même ceux dans lesquels elle n'apparaît pas, c'est la ville qu'il n'a pas besoin de nommer pour qu'elle existe, elle est là, enneigée, protectrice, peuplée de Juifs cultivés et inquiets, c'est la ville bordée par la Pruth, la rivière de son enfance, la rivière de la vie, des promenades avec ses parents, la rivière de la mort, Juifs noyés dans les eaux glacées, c'est la ville des écrivains et des poètes, Paul Celan, Ilana Shmueli, Gregor Von Rezzori, c'est la ville le plus à l'est de l'ex-empire austro-hongrois, Czernowitz, dont le nom prononcé par Aharon avait l'éclat d'un mythe".

Valérie Zenatti est la traductrice d'Aharon Appelfeld, grand écrivain israëlien décédé en janvier 2018. C'est en allant prendre un avion pour se rendre à son chevet qu'elle apprend son décès. Ce livre est un vibrant hommage à Aharon et le récit du bouleversement que va vivre Valérie Zenatti dans les mois qui suivent.

Leur complicité était forte et elle se demande comment elle va pouvoir vivre maintenant sans lui, sans leurs échanges constants par téléphone ou au cours de rencontres. Dans un premier temps, elle va visionner des vidéos anciennes, datant de l'époque où elle ne connaissait pas encore l'homme. Dans sa tête passe en boucle les conseils qu'il lui donnait, la manière dont elle abordait la traduction de ses livres. Ils avaient une relation quasi filiale et son absence la laisse dans un état de sidération dont elle n'arrive pas à sortir.

Pour approcher au plus près de ce qu'il était, elle estime impératif de se rendre à Czernowitz, actuellement en Ukraine, ville où Aharon a vécu son enfance et où il a vu sa mère assassinée par les nazis. Cette ville imprègne tous ses romans et c'est là qu'elle espère se sentir apaisée. C'est la partie la plus poignante du récit, sans doute parce que c'est la plus importante pour Valérie Zenatti et que l'évocation des livres d'Aharon Appelfeld m'a rappelé bien des souvenirs.

C'est une lecture bouleversante qui peut parler au plus grand nombre en ce qu'elle décrit avec sensibilité la profondeur de la perte d'un être cher et la difficulté à faire avec ce vide. Ici, c'est évidemment un plus si l'on a lu Aharon Appelfeld, mais ça peut être aussi une bonne entrée en matière de son oeuvre. Si vous ne le connaissez pas, je vous conseillerais de commencer par "Histoire d'une vie" (lu avant le blog).

Valérie Zenatti avait déjà écrit sur sa relation avec Aharon Appelfeld, "Mensonges", un texte assez ludique. Dans celui-ci, ce qu'elle décrit de son travail de traductrice et de l'aller-retour entre elle et l'auteur est passionnant.

"Je choisissais un livre en lisant les premiers chapitres, il me demandait, Explique-moi pourquoi celui-ci précisément, qu'est-ce qui t'attire vers lui, et je disais mon intuition, mon élan, je sentais au bout du fil tous ses capteurs dressés, quelques secondes s'écoulaient, il acquiesçait, D'accord, je comprends, prends la route, mais ce n'était qu'une fois la traversée du livre achevée que je percevais la résonance entre ce livre-là et ce que je vivais dans ma propre vie".

J'ai eu par ailleurs la chance d'assister à une rencontre-lecture à Etretat, il y a six ans, un grand moment qui est resté très présent dans ma mémoire.

En conclusion, une lecture forte et incontournable. Ce récit vient de recevoir le prix Essai de France-Télévisions.

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Etretat - 2013

L'avis de Sylire

Valérie Zenatti - Dans le faisceau des vivants - 160 pages
Editions de l'Olivier - 2019

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19 mars 2019

Au bord de la Sandá

La Peuplade

"A présent, des dizaines d'années plus tard, je sors de la caravane le soir, quand j'ai fini de m'évertuer à peindre et je monte dans la forêt. Je prends le sentier en bas du mont des falaises quand un voile bleu-vert tombe sur les arbres au-devant de moi et j'entends le chant des oiseaux s'éteindre peu à peu dans la ramure avant la nuit. Je commence à avoir envie de peindre des arbres, même si je ne pourrai jamais les saisir sur la feuille ou la toile comme le peintre russe Ivan Chichkine, qui a fait surgir la vie ouverte et cachée des arbres à la surface immaculée d'innombrables tableaux, aussi vivants aujourd'hui que lorsqu'il les a peints il y a cent ans. Il a dû se tenir près d'eux pour commencer, il a dû les caresser et conclure un accord secret avec eux".

Voilà un roman islandais assez différent de ce que je lis habituellement sur ce pays. Le narrateur, un homme d'un certain âge, s'est retiré dans une caravane pour retrouver le goût de peindre, perdu en ville. De cet homme nous ne saurons pas grand chose, juste que sa situation n'a dû cesser de se dégrader, occupé qu'il était à peindre, sans souci des gens qui l'entouraient.

Il a aménagé deux caravanes dans un camping au nord du pays, au bord d'une rivière glaciaire, la Sandá. Une pour vivre et une plus petite pour travailler. Il a décidé de peindre essentiellement des arbres. L'histoire est ténue, il ne se passe presque rien, l'homme marche dans la forêt, à la recherche d'un endroit où peindre. Il est attentif à ce qui l'entoure, il va rencontrer une femme mystérieuse, suivre le rythme des saisons et du temps.

Il ne voit quasiment personne, il a un fils qui vient lui rendre visite, mais ils n'ont rien à se dire. Une fille, dont il n'a aucune nouvelle. La solitude lui laisse tout le loisir de réfléchir ou de lire ; il revient toujours aux lettres de Van Gogh, mais aussi aux biographies de Renoir ou Chagall. Nous le suivons sur deux saisons, l'été et l'automne. A la belle saison, il a des voisins sur le camping ; l'automne le renvoie à une solitude totale.

Cette existence routinière est racontée simplement, avec une certaine distance poétique, pourtant le ton est grave en profondeur, le narrateur est dans une impasse et ses pensées se font de plus en plus sombres.

Un roman que j'ai énormément aimé, pour l'écriture, l'immersion dans la nature, ce qu'il dit de l'art et de ce qu'il en coûte de s'y consacrer exclusivement.

"Je n'ai pas de pendule, mais je présume qu'il doit être midi quand je fais finalement une pause et m'assieds dans le fauteuil vert que j'ai réussi à installer dans cet espace restreint, avec les chevalets et le reste du bric-à-brac. Je prends le thermos contenant le café et en remplis la timbale, puis je le sirote en contemplant la toile. J'éprouve une grosse déception. Ce n'est pas un tableau, rien que les tâtonnements d'un esprit déboussolé. Je soupire et attrape un livre qui se trouve sur la table près du fauteuil. C'est la biographie de Marc Chagall, en danois, et j'essaie de me plonger dans la vie du peintre pour échapper à la mienne".

L'avis de Cathulu

Gyrdir Elíasson - Au bord de la Sandá - 142 pages
Traduit de l'islandais par Catherine Eyjólfsson
Editions La Peuplade - 2019

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17 mars 2019

Bon dimanche

Alessio Nanni

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16 mars 2019

Nuit sur la neige

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"Au moment où nous fixions les peaux de phoque à nos skis, je me souviens d'avoir dit que j'avais le souffle un peu court et que je ne forcerais pas l'allure. C'était la vérité - l'effet de l'altitude - mais Clarie dut penser que je disais cela pour la ménager, et elle me sourit encore avec une expression dont je jurerais aujourd'hui encore, en dépit de tout ce qui a suivi, qu'elle était heureuse".

Nous sommes à la rentrée scolaire 1935. Robin, jeune garçon de 15 ans, intègre une école de Jésuites. Orphelin de père, il fait partie de la génération dont les hommes ont été tués à la guerre de 14-18. Son père n'a même pas su que sa femme attendait un enfant.

Il n'est pas seul pour autant, sa mère est attentive et veille à ne pas trop l'étouffer. Il est entouré d'oncles, de tantes, de cousins, cousines, qui se font un devoir de ne jamais le laisser à l'écart. Famille bourgeoise, éducation austère, il rejoint la prépa chez les "Jèzes" sachant que ce qui l'attend va être difficile. Assez naïf, il est vite ébloui par un garçon plus âgé que lui, Conrad.

Conrod est issu d'une famille nettement plus aisée, il a l'air très autonome et plus mature. Ses parents sont séparés et il reste plus que discret sur leurs conditions de vie. Tout en participant aux activités des uns et des autres, il se montre réservé et conserve un certain mystère.

Un oncle de Robin est investi dans la création d'une future station de sports d'hiver, Val d'Isère. Il faut de l'imagination à l'époque pour penser que ce lieu isolé et désert pourra se transformer en lieu touristique prisé. Il propose aux deux jeunes gens d'aller y skier pendant les vacances. Robin y fera la rencontre d'une jeune fille qui bouleversera le reste de sa vie.

Sur fond de montée des forces qui aboutiront à la seconde guerre mondiale, c'est un roman d'apprentissage qui montre les conditions d'études dans les prépas à l'époque. De l'auteure, je n'ai lu que "la Grande Arche", sujet passionnant. Celui-ci est moins prenant et j'ai regretté que ne soit pas plus creusé le démarrage du tourisme d'hiver. Le contexte m'a rappelé cet autre roman, avec d'un coté des paysans hostiles à ces projets et de l'autre des entrepreneurs aux dents longues, prêts à ravager des paysages entiers et à rayer définitivement des modes de vie ancestraux.

La relation de Robin et Conrad restera inégale, Robin se sent trop "petit garçon" face à Conrad qui lui ôte souvent ses illusions. L'auteure sait raconter une histoire, mais j'ai trouvé celle-ci trop courte, plusieurs thèmes auraient mérité d'être développés davantage et la fin plus étoffée.

L'avis de Zazy

Laurence Cossé - Nuit sur la neige - 144 pages
Gallimard - 2018

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13 mars 2019

Que la nuit demeure

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"Toutes les digressions que je lui accordais, cette curiosité tendre dont je faisais montre à son égard, n'étaient que la manifestation de cette ambiguïté qui ne lui échappait sûrement pas. Sinon, elle aurait évité certaines confidences, certaines familiarités. Car, parfois, la complicité qui s'installait entre nous était si forte que ni l'un ni l'autre ne savions comment faire pour redevenir ce que nous étions : moi le flic, elle une présumée coupable".

André Martin est un flic ordinaire, sans relief particulier, dont la vie s'est obscurcie depuis que sa fille unique, Cécile, s'est suicidée sans un mot d'explication. Depuis, il survit comme il peut avec sa femme Mado, qui s'enferme dans le sommeil et les souvenirs.

C'est alors qu'il va rencontrer Anne Carlat, jeune femme mêlée à une sombre histoire dont André est chargé. Il a un choc en la recevant, c'est le sosie de sa fille. Dès lors, il va tout faire pour prolonger les interrogatoires, la faire revenir, écouter son histoire maintes et maintes fois répétée.

Anne et Pierre Carlat, son mari, ont décidé de partir en vacances dans une maison isolée, quelque part dans le sud. Ils ont pour seul voisin le propriétaire du gîte, Pellot, un drôle de type, quasi-mutique, sombre, bizarre. Seul, il contemple souvent la photo d'une femme qu'il appelle "la polonaise". Par ailleurs, Anne soupçonnne son mari de la tromper, ses soupçons la minent, elle voit des signes de sa trahison partout.

Dans ce contexte malsain, elle va chercher à approcher Pellot, troublé par ce voisinage trop proche, lui qui ne voit jamais personne d'habitude, à part le facteur.

Sur fond de campagne profonde, xénophobe, raciste, où l'alcool coule un peu trop, des drames enfouis vont se deviner, se réactiver jusqu'à provoquer une nouvelle catastrophe.

André Martin se remémore tous les détails de l'affaire en archivant le dossier, dix ans plus tard. Il pense toujours à Anne Calvat, son souvenir se mêle à celui de sa fille, il voudrait la revoir. Il ne sait pas où il en est, sinon que le chagrin le dévore et le fait divaguer. Fatigué de tout, il décide d'aller la trouver et part pour une errance de plus en plus folle, qui ne peut que mal se terminer.

Michèle Lesbre a écrit des romans noirs au début de sa carrière et j'étais curieuse de voir ce que ça pouvait donner. La plume est déjà là, les personnages sont bien dessinés, le contexte social aussi, avec une description assez terrible de ces coins perdus de campagne que l'on trouve un peu partout. Si j'ai été convaincue par les trois-quarts du roman, la dernière partie dix ans plus tard ne m'a pas paru plausible et m'a déçue.

C'est toutefois un roman de qualité que je ne regrette pas d'avoir enfin sorti de ma PAL.

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Michèle Lesbre - Que la nuit demeure - 183 pages
Babel noir - 1999

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11 mars 2019

La musique engloutie

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"Des allusions, des bribes. Sorin Manea ne me dirait jamais exactement ce qui lui était arrivé, et là, dans le parc Cismigiu, parmi les gens qui circulaient tranquillement dans les allées, s'asseyaient sur les bancs, s'arrêtaient indécis à un croisement, je pris conscience qu'on ne saura jamais combien ce siècle a produit d'individus qui n'ont pas de mots pour parler de ce qu'ils ont vécu. Qui portent en eux une part muette, inexprimée, que seuls peuvent révéler leurs yeux fiévreux, cernés de noir, et une voix pesante au timbre sourd, comme Sorin Manea".

Dans ce roman, l'auteur explore un pan de l'histoire familiale en s'appuyant sur les récits de sa mère, Ruth, qui perd progressivement la mémoire. L'enfance du narrateur a été bercée par l'évocation d'un pays prospère, la Roumanie des années 20, où la vie était douce, agréable et animée.

Le père de Ruth était parti là-bas refaire une fortune, perdue par son propre père. Il dirige une usine textile, fréquente la meilleure société de Bucarest, assurant à sa famille un statut social digne du passé. Ils devront quitter ce paradis en 1926, les Juifs étant devenus indésirables dans le pays. Ruth ne se remettra jamais de cet exil et passera sa vie à rêver sur ce temps mythique.

Le narrateur remonte sur plusieurs générations, passant de l'Allemagne à l'Autriche, puis la Roumanie, la Suisse. L'histoire avec un grand H va peser lourd sur la destinée de la famille. L'auteur voudrait aider sa mère à retrouver des bribes de mémoire, mais c'est de plus en plus difficile, elle le confond maintenant avec son frère et a oublié l'existence de son mari décédé.

Voulant se confronter aux souvenirs ressassés par Ruth, l'auteur va se décider à faire un voyage à Bucarest, avec le peu d'éléments qu'il a, quelques vieilles photos, une adresse. Elle-même n'a jamais voulu y retourner. Là, il se heurte aux dégâts de l'ère Ceausescu qui ont profondément modifié la ville. Il contacte un ami rencontré dans sa vie professionnelle, un homme qui a connu la prison et l'internement psychiatrique.

C'est un roman qui demande de l'attention, on change d'époque et de personne à l'intérieur d'un paragraphe, ce n'est pas toujours facile à suivre, mais il s'en dégage des impressions prenantes, nostalgiques d'un monde disparu, parsemé de détails, café turc et cigarettes orientales, préparation de plats typiques, les tissus, les odeurs, les bruits, que Ruth n'a cessé de regretter.

A travers le voyage de l'auteur, on mesure les bouleversements profonds de cette partie de l'Europe et on peine à à imaginer ce qu'elle était à l'époque de l'enfance de Ruth.

C'est le premier volume d'une trilogie dont la suite n'est pas traduite.

Une lecture dense, touffue, détaillée, au titre bien choisi.

L'auteur, né en 1943 à Brugg, en Suisse, est biologiste et écrivain. Il est considéré comme l'une des voix majeures de la scène littéraire suisse alémanique. Il a reçu plusieurs distinctions, dont le prix Schiller 2007 et le prix des arts du Canton d'Argovie en 2015.

Christian Haller - La musique engloutie - 272 pages
Traduit de l'allemand par Jean Bertrand
Editions Zoé - 2018

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10 mars 2019

Bon dimanche

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07 mars 2019

Ce que savait la nuit

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"Il avait cessé de travailler dès qu'il en avait eu la possibilité, il n'avait plus envie d'être policier et ne comptait pas revenir sur sa décision. Peut-être en allait-il de même dans d'autres domaines de son existence, depuis quelque temps. Il n'avait plus de but dans la vie, il manquait de détermination, chose plutôt surprenante pour un homme de son âge. Il fumait des cigarillos sans être pour autant fumeur et il enquêtait sans être policier. Mais ce qui lui paraissait le plus étrange, c'était qu'il était à la retraite sans avoir l'impression d'être vieux".

Avant de commencer cette nouvelle série d'Arnaldur Indridason, il faut bien se mettre dans la tête qu'Erlandur, c'est fini. Inutile de pleurer dans son coin, je suis comme les autres, je voudrais qu'il revienne, mais l'auteur a tous les droits et comme j'aime l'auteur, me voilà partie à la rencontre d'un nouvel enquêteur, Konrad.

Il a quelques points communs avec Erlandur, ce n'est pas un joyeux luron, c'est un ancien policier fraîchement retraité. Sa femme, Erna, le pivot de sa vie, a été emportée rapidement par une sale maladie et elle lui manque constamment. Il rend souvent visite à son fils, Hugo, père de jumeaux dont Konrad aime s'occuper.

C'est alors que ressurgit une affaire vieille de trente ans et mal résolue à l'époque. Un homme, Sigurvin, avait disparu et son associé, Hjaltalin, avait été accusé de l'avoir tué, sans que toutefois le corps soit jamais retrouvé. Le réchauffement climatique aidant, un groupe de touristes a la surprise de voir un cadavre surgir d'un glacier fondant d'année en année. Il s'agit bien de celui de Sigurvin.

Marta, l'ancienne responsable de Konrad lui demande de donner officieusement un coup de main à la police. Tourmenté par sa conscience sur cette affaire, Konrad accepte.

Ce n'est pas la seule énigme qui préoccupe Konrad. Il a aussi l'intention de se pencher sur la mort de son père, assassiné jadis et dont on a jamais retrouvé le meurtrier. C'était un homme qui menait des affaires troubles avec un medium. Il y a d'ailleurs là un clin d'oeil à la "trilogie des ombres" précédemment paru.

On retrouve dans ce roman ce qui fait la patte de l'auteur, des faits minutieusement examinés, des personnages assez fouillés et un contexte social bien décrit. Ici, la transformation de l'Islande en paradis touristique depuis les dernières decennies.

On sent que Konrad a du potentiel, outre la mort de son père dont nous entendrons sûrement parler à nouveau, sa carrière semble présenter des trous d'air, c'est le genre d'homme qui ne devait en faire qu'à sa tête, quitte à se retrouver momentanément sur la touche.

Une série à suivre donc avec intérêt.

L'avis de Clara Cuné

Arnaldur Indridason - Ce que savait la nuit - 288 pages
Traduit de l'islandais par Eric Boury
Editions Métailié - 2019

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04 mars 2019

Où vivre

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"Il écrit qu'il se sent chez lui, qu'il ne peut plus imaginer être entouré uniquement de juifs. Ça c'est le ghetto, dit-il, ça c'est les camps. Mais là n'est pas la question. Je me fiche comme d'un poisson crevé que mes voisins d'ici soient des juifs. Qui prie encore, d'ailleurs, autour de nous ? Qui n'a pas retiré sa confiance à celui qu'on ne nomme pas ? La question est d'être maître de son sort. Si je suis chez moi, si j'invente en cultivant, bâtissant, commerçant, le pays qui n'existait pas et ainsi devient mien, personne, jamais, ne viendra un matin m'arrêter, personne ne nous emmènera avec nos parents tremblants d'impuissance et de rage, au commissariat d'où on nous enverra on ne sait où."

J'hésite devant ce billet depuis plusieurs jours, ne sachant pas comment le rédiger, non pas que j'aie des réserves sur ce que j'ai lu, au contraire c'est un coup de coeur, mais je crains de ne pas arriver à bien décrire ce qui m'a tant plu dans ce roman, fortement autobiographique.

Roman choral sur une famille éclatée après la Shoah. Où vivre après un tel séisme est en effet une question cruciale et tous n'y apporterons pas la même réponse. Deux soeurs, Léna et Anna décident de partir et de participer à la création d'un kibboutz dans leur pays tout neuf. Léna partira d'abord. Là-bas, elle va rencontrer Joachim, avec qui elle aura trois fils. Anna restera finalement en France où elle se marie et travaille comme infirmière.

Nous suivons la famille sur trois générations, chaque chapitre étant centré sur un personnage et progressant chronologiquement. Le lien est fait par Marie, la fille d'Anna, qui revient en Israël après trente ans d'absence, essayant de renouer les liens avec ses cousins et leur histoire commune.

Dans un tel contexte, la grande histoire est bien sûr très présente. L'enthousiasme des débuts ne se retrouve pas à la fin, où chacun à leur manière les trois fils de Lena ne se reconnaissent plus dans leur pays. Noam, le plus jeune et le plus tendre ira d'ailleurs vivre aux Etats-Unis, ne supportant pas les trois ans de service militaire obligatoire.

La première génération est hantée par les ruines et les morts laissés derrière elle, surtout Joachim qui trouve un dérivatif dans un travail acharné. Léna a plus de mal avec la vie dure qu'ils mènent au kibboutz, mais elle aime Joachim et ne remet pas son choix en cause. Au départ, sa soeur Anna l'enviait, plus tard ce sera un peu l'inverse.

Je me suis tout de suite attachée à cette famille soudée et à son histoire tourmentée, mais par-dessus tout aimante. Les interrogations se poursuivent au fil du temps, sur le bien-fondé de rester là, sur l'obligation de se battre qui revient régulièrement, sur le délitement progressif des idéaux de base.

L'écriture est ciselée et fluide, la narration limpide. C'est le genre de roman qui permet de mieux comprendre la réalité d'un pays, de ses habitants, sans sacrifier l'aspect profondément humain de chaque parcours.

Comme je l'ai dit au début de mon billet, c'est un coup de coeur, pour l'histoire et pour l'écriture.

L'avis de Jostein Ptit Lapin

Carole Zalbert - Où vivre -144 pages
Editions Grasset - 2018

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03 mars 2019

Bon dimanche

Vasilis Kostas et Petroloukas Halkias

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