Le goût des livres

25 février 2020

La femme au carnet rouge

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"Peut-on éprouver la nostalgie de ce qui n'a pas eu lieu ? Ce que nous nommons "regrets" et qui concerne les séquences de nos vies où nous avons la quasi-certitude de ne pas avoir pris la bonne décision comporterait une variante plus singulière, qui nous envelopperait dans une ivresse mystérieuse et douce : la nostalgie du possible. La nostalgie de la rencontre avec Laure.  Dans ce possible qui n'avait pas eu lieu, Laurent revoyait le café où il s'étaient donné rendez-vous. Elle portait la robe à bretelles blanche, son sac mauve et des lunettes de soleil".

Laure Valadier se fait voler son sac un soir en rentrant chez elle. Plus de clefs, plus d'argent, et un coup sur la tête. Elle se réfugie dans un hôtel voisin, en attendant le petit matin. Le hic, c'est que son réveil sera plus long que prévu.

Pendant ce temps, non loin de là, Laurent, un libraire, trouve le sac de Laure sur une poubelle, bien en évidence. Il le ramène chez lui, en observe le contenu, ne trouvant rien permettant d'identifier la propriétaire. Après une démarche ratée auprès de la police, il le conserve sans trop savoir pourquoi, intrigué par un carnet rouge où sont consignées les réflexions de l'inconnue.

Evidemment, on se doute que ces deux-là vont finir par se rencontrer, reste à savoir comment et au bout de combien de temps. Ah que voilà une histoire charmante, qui coule toute seule, sans bêtifier. Laurent se lance tête baissée dans ses recherches, bousculé par sa fille adolescente, Chloé qui prend l'aventure très au sérieux.

Son jeu de piste lui permettra de rencontrer Patrick Modiano, plus vrai que nature. On visualise la scène sans difficulté. Laurent est fasciné par cette inconnue, conscient de l'incongruité de la situation, mais prêt à toutes les audaces pour aller au bout de sa quête.

Au passage, la lectrice se demande forcément ce que le contenu de son sac révèlerait d'elle, au cas où elle croiserait un Laurent sur sa route.

L'avis de Liliba Manika Philisine Cave Séverine

Antoine Laurain - La femme au carnet rouge - 240 pages
Editions Flammarion - 2014

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23 février 2020

Bon dimanche

Patrick Watson

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21 février 2020

Les fantômes de Reykjavik

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"Konrad continua à surfer sur le Net. En ce moment, les pages Internet regorgeaient de tribunes rédigées par des femmes qui avaient été victimes de harcèlement, d'abus sexuels ou de viols, parfois dans leur enfance. Chaque jour, de nouveaux récits étaient publiés. Certaines victimes n'hésitaient pas à écrire sous leur nom et à fournir des témoignages aussi bruts que circonstanciés, décrivant toutes sortes de violences sexuelles et la souffrance qu'elles engendraient. Il arrivait que les victimes dévoilent le nom des auteurs des faits pour faire changer la honte de camp disaient-elles. Konrad était surtout surpris du nombre impressionnant de femmes qui avaient été confrontées à des expériences terribles dans leurs relations avec les hommes. Il avait évidemment été témoin de ce genre de violences pendant sa carrière de policier, mais n'imaginait pas que le phénomène puisse avoir une telle ampleur".

Deuxième enquête de Konrad, après "Ce que savait la nuit". Pour mémoire, Konrad est un policier en retraite, récemment veuf. Sa chère Erna a été emportée rapidement par la maladie, le laissant seul avec ses souvenirs et sa peine.

Justement, il est contacté par un couple se disant amis d'Erna. Il les connaît vaguement, il sait seulement qu'Erna les considérait comme de braves gens. Ils s'inquiètent pour leur petite fille Danny. Elle a disparu depuis quelques jours, ils sont sans nouvelles et la sachant droguée, il préfèrerait que Konrad la cherche avant d'alerter la police. Le premier mouvement de Konrad est de refuser, mais il pense qu'Erna aurait aimé qu'il les aide.

Ce roman policier demande une certaine attention, parce que nous suivons trois affaires différentes, qui seront plus ou moins liées. D'abord la disparition de Danny. Puis la noyade d'une petite fille, dans un lac il y a plusieurs décennies. L'enquête a conclu à un accident, mais a-t'elle été bien faite ? Et enfin, les recherches de Konrad sur la mort de son père, poignardé un soir dans la rue, meurtre jamais élucidé.

Disons tout de suite que c'est un bon cru d'Indridason. Konrad n'est pas sans rappeler Erlandur dans le côté têtu, électron libre n'en faisant qu'à sa tête, au mépris des règlements, se servant sans vergogne de son ancien statut de policier quand ça l'arrange. Mais il est attachant et on en apprend un peu plus sur son passé, sur la raison pour laquelle sa mère est partie du foyer du jour au lendemain, emmenant sa fille, mais laissant Konrad seul avec un père brutal, doublé d'une crapule.

Entre trafic de drogue, exploitation des enfants, secrets de famille, Konrad va peu à peu comprendre le lien entre passé et présent et malgré les engueulades avec Marta, son ancienne collègue, il va grandement aider à faire progresser les enquêtes. Il sera également épaulé malgré lui par Eyglo, la fille de l'associé de son père (vous suivez ?) qui se dit medium. Il a beau ne pas y croire, il doit reconnaître qu'elle est sincère et aussi concernée que lui.

Les personnages secondaires sont intéressants et leur personnalité suffisamment creusée. Mon seul bémol serait que la barque est très chargée côté perversité de certains hommes, mais quelques affaires récentes en France montrent que la fiction ne dépasse pas forcément la réalité.

Roman dévoré en deux jours.

Arnaldur Indridason - Les fantômes de Reykjavik - 320 pages
Traduit de l'Islandais par Eric Boury
Editions Métailié - 2020

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19 février 2020

Les listes d'Elisabeth

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"Lire le carnet de listes d'Elisabeth est une façon de faire surgir de la poussière et de l'encre une personne que je n'ai jamais connue. Bien sûr, l'idée que j'ai d'elle a été influencée par les histoires, les photos, les journaux et autres sources évocatrices qui nous servent à créer un collage interne de quelqu'un. Je me retrouve à pleurer le fait que je n'ai aucun souvenir à moi d'elle ni des objets qu'elle mentionne. Je ne peux regarder la liste de ses vêtements et me dire : "Voici le foulard jaune qu'elle a porté à mon mariage", parce que nous ne nous sommes même pas rencontrées."

Lulah Ellender est la petite fille d'Elisabeth. Elle hérite d'un carnet de listes lui ayant appartenu et se lance dans une recherche sur la vie qu'elle a menée et qu'elle a quittée trop tôt. Elle le fait à un moment crucial, où elle apprend que sa propre mère, Helen, est atteinte d'un cancer et condamnée. Elle est partagée entre ses recherches sur le passé d'Elisabeth et le chagrin qui la submerge à l'idée de perdre sa mère.

Cette lecture a un double intérêt, dresser le portrait d'une famille où les femmes sont entièrement dévouées à la carrière de leurs maris, doivent montrer une organisation sans faille (d'où les listes) être disponibles à tout moment et prêtes à répondre à n'importe quelle demande, aussi extravagante soit-elle. Le tout sans aucune reconnaissance officielle bien sûr et à titre bénévole.

Elisabeth était préparée à cette vie, puisqu'elle était déjà fille de diplomate, elle a vu sa mère remplir ce rôle sans jamais faillir. Quand elle tombe amoureuse d'un employé de l'ambassade britannique, elle sait ce qui l'attend.

Mais l'aspect qui m'a vraiment passionnée, c'est celui de femme d'ambassadeur. Elisabeth voyageait beaucoup, la Chine dans sa jeunesse, puis Paris, Londres, Madrid pendant la deuxième guerre mondiale, Beyrouth, Rio. On se rend compte à quel point elle devait être solide pour déménager du jour au lendemain avec mobilier et domesticité et s'acclimater plus ou moins vite. Elle était véritablement la cheville ouvrière qui permettait que tout se déroule bien.

Dans sa vie de femme, Elisabeth a dû faire face à une épreuve récurrente, une sévère dépression post-partum à ses deux premières grossesses, la laissant des mois entiers sans forces et dans l'incompréhension de ce qui lui arrivait. Son mari la soutenait autant qu'il pouvait, mais il était souvent ailleurs pour son travail, tourmenté à l'idée de ne pas être auprès d'elle.

Luhah essaie de reconstituer la vie de sa grand mère à l'aide des fameuses listes (reproduites dans le livre) d'un journal de bord, de photos et des souvenirs de sa mère Helen, souvenirs peu nombreux puisqu'hélas, elle n'était encore qu'une enfant quand Elisabeth est morte.

C'est un livre émouvant, mettant en lumière une belle transmission entre femmes et une époque dans un milieu particulier, celui de la diplomatie. Elisabeth était quelqu'un d'assez aventurier au fond et elle aimait être transportée du jour au lendemain dans un pays étranger, y compris dans des périodes agitées et troublées.

Une bonne découverte.

L'avis d'Antigone Sylire

Les listes d'Elisabeth - Lulah Ellender - 384 pages
Traduit de l'anglais par Caroline Bouet
Les Escales - 2019

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16 février 2020

Bon dimanche

Agnès Bihl

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12 février 2020

Le jardin arc-en-ciel

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"Peut-être était-ce parce que nous montrions notre quotidien sans nous cacher. Etonnamment, depuis que nous avions ouvert l'Arc-en-ciel, plus personne ne cherchait à en savoir davantage sur notre relation, ni ne nous regardait d'un mauvais oeil. C'est quand on cache quelque chose que cela excite l'attention".

Izumi est en cours de divorce lorsqu'elle fait la connaissance de Chiyoko, étudiante en terminale. Izumi mène une vie triste avec son petit garçon Sosûke. Chiyoko est suicidaire et sa rencontre avec Izumi va changer sa vie. En quelques jours, les deux femmes tombent amoureuses et décident de partir ailleurs, ensemble, là où personne ne les connaîtra.

Elles s'installent dans une maison à l'abandon dans une région montagneuse, entourée d'un grand jardin. Le village est un peu plus loin, elles seront à l'abri et pourront mener leur vie tranquillement. Mais il faut bien assurer le quotidien et elles décident de transformer leur grande bâtisse en maison d'hôtes pour les gens comme elles, tenues à l'écart de la société pour différentes raisons. Elles plantent simplement un drapeau arc-en-ciel dans leur jardin. Chiyoko qui était enceinte, met au monde une petite fille. Elles forment maintenant une vraie famille de quatre personnes.

J'avais apprécié la délicatesse de "la papeterie Tsabuki" et je m'attendais à retrouver ici le même plaisir de lecture. Ce ne fut pas le cas, à cause d'une mièvrerie un peu pénible tout-au-long du roman. On nage dans l'eau de rose. J'ai du mal à croire que la situation est aussi aisée pour les homosexuels au Japon. Les deux femmes aplanissent toutes les difficultés avec une facilité déconcertante. J'espérais des rencontres riches avec les hôtes, elles sont très survolées et tiennent peu de place.

Il est plutôt question de la vie de famille, ses hauts, ses bas. A tour de rôle Izumi et Chiyoko peuvent se montrer capricieuses et exclusives dans leur relation. La narration est faite alternativement par les quatre personnages principaux, ce qui nous donne des points de vue parfois assez éloignés. Dans le dernier quart du roman, les drames s'accumulent, comme s'il fallait rattraper le côté bisounours de l'ensemble, mais du coup c'était un peu trop. En bref, je n'ai jamais vraiment cru à toute l'histoire.

C'est une lecture facile, où j'ai tout de même aimé retrouver un mode de vie japonais différent du nôtre. A part ça, je vais vite l'oublier.

L'avis (bien meilleur) de Sandrine

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Ito Ogawa - Le jardin arc-en-ciel - 368 pages
Traduit du japonais par Miriam Dartois-Ako
Editions Picquier - 2018

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10 février 2020

Mort à la Fenice

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"Brunetti se dirigea vers l'hôtel, encore éclairé à cette heure de la nuit où, pourtant, l'obscurité régnait sur la ville endormie. Jadis capitale des plaisirs de tout un continent, Venise n'est plus qu'une ville de province somnolente plongée dans un semi-coma après neuf ou dix heures du soir. Pendant les mois d'été, elle pouvait s'imaginer revenue au temps de sa splendeur galante, tant que les touristes payaient et que le beau temps se prolongeait ; mais en hiver, elle n'était plus qu'une vieille mémère fatiguée, seulement désireuse de se couler de bonne heure sous sa couette et de laisser ses rues désertées aux chats et au passé".

Pour ma deuxième lecture de Donna Léon, j'ai choisi un titre souvent plébiscité sur les blogs, qui est en fait le premier de la série des Brunetti.

J'ai donc retrouvé le commissaire Guido Brunetti, sa femme Paola, ses deux enfants et Venise. Le célèbre chef d'orchestre Wellauer est retrouvé mort dans sa loge, à l'entracte d'un concert. Evidemment, ça fait désordre. Il s'avère qu'on a mis de l'arsenic dans son café. Qui pouvait lui en vouloir à ce point-là ?

Brunetti va découvrir peu à peu que la personnalité du chef n'était pas des plus faciles et que de nombreuses personnes pouvaient avoir envie de se venger. Il va patiemment interroger l'entourage familial et professionnel du chef. Les secrets ne manquent pas dans son passé.

C'est une enquête assez classique, l'envers du décor de la Fenice n'est pas des plus reluisants, les divas ne se font pas de cadeaux. Une fois encore j'ai surtout apprécié le côté posé et méthodique de Brunetti, ses déambulations à pied dans Venise au gré des atmosphères changeantes, ses discussions animées avec sa femme.

Comme c'est le premier de la série, on sent qu'il met ses personnages en place et qu'ils se déploieront davantage plus tard. Ce ne sont pas de grands polars, mais une lecture agréable et détendante.

L'avis de Anne Estelle George

Donna Léon - Mort à la Fenice - 288 pages
Traduit de l'anglais par William Olivier Desmond
Editions Points - 2015

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09 février 2020

Bon dimanche

Yaël Naïm

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03 février 2020

Perdus en forêt

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"Mon oreille me pique, il y a quelque chose qui colle à ma joue, de la résine ou une araignée, je me frotte tout en continuant à marcher. Peut-être que les cris ne venaient pas de si loin, peut-être seulement qu'ils étaient étouffés, à bout de force. Je ne sais pas ce qu'il faut que j'espère. Je ne sais pas non plus comment je vais la retrouver, je me contente de suivre le chemin au rythme permis par l'obscurité et mon ampoule. Je passe en revue différents scénarios, elle a pu trébucher sur une pierre ou une souche, voire dans le cours d'eau. Elle s'est peut-être cassé une jambe ou pire".

De cette auteure, j'avais aimé "Chienne de vie" qui avait un charme certain. Lorsque j'ai vu celui-ci, je n'ai pas hésité, surtout qu'il était question d'un homme et d'une femme qui se perdent dans la forêt danoise et sont contraints à s'entraider s'ils veulent retrouver leur chemin.

L'homme est parti pour un jogging, mais est ralenti par une ampoule qui le fait souffrir. Il tourne en rond un certain temps avant de comprendre qu'il ne sait plus où il est. Il croise une femme, n'y fait pas attention, jusqu'au moment où il retombe sur elle et constate qu'elle est aussi perdue que lui. La nuit va tomber, ils n'ont pas beaucoup d'eau, ni de vivres. Ils décident de chercher une issue ensemble.

Ils ne vont pas y arriver, devront se résigner à se ménager un abri sommaire où ils peuvent s'allonger et se reposer. Ils ont froid, ils ont faim et soif, sont aux aguets à chaque petit bruit inconnu. Ils parlent beaucoup, essaient de dormir.

C'est un roman qui avait tout pour me séduire, mais deux écueils sont venus gâcher ma lecture. Je pensais que l'histoire se déroulait dans la forêt d'un bout à l'autre, ce qui me paraissait un thème suffisant. Or, au milieu du livre, il y a une longue digression sur la vie de la femme, qui n'a pas grand intérêt et surtout qui casse la tension liée à ce qui a précédé.

De plus, l'auteure nous laisse en plan à la fin, qui n'en est pas vraiment une. Je ne déteste pas les fins ouvertes, mais là je n'ai franchement pas compris ce qu'elle avait voulu faire.

Une déception et c'est dommage, parce qu'elle sait installer une ambiance et son portrait en demi-teinte des personnages sonne juste.

Helle Helle - Perdus en forêt - 147 pages
Traduit du danois par Jakob Jakobsen
Editions Phébus - 2020

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02 février 2020

Bon dimanche

Vanessa Wagner et Yoann Bourgeois

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