Le goût des livres

16 février 2020

Bon dimanche

Agnès Bihl

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12 février 2020

Le jardin arc-en-ciel

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"Peut-être était-ce parce que nous montrions notre quotidien sans nous cacher. Etonnamment, depuis que nous avions ouvert l'Arc-en-ciel, plus personne ne cherchait à en savoir davantage sur notre relation, ni ne nous regardait d'un mauvais oeil. C'est quand on cache quelque chose que cela excite l'attention".

Izumi est en cours de divorce lorsqu'elle fait la connaissance de Chiyoko, étudiante en terminale. Izumi mène une vie triste avec son petit garçon Sosûke. Chiyoko est suicidaire et sa rencontre avec Izumi va changer sa vie. En quelques jours, les deux femmes tombent amoureuses et décident de partir ailleurs, ensemble, là où personne ne les connaîtra.

Elles s'installent dans une maison à l'abandon dans une région montagneuse, entourée d'un grand jardin. Le village est un peu plus loin, elles seront à l'abri et pourront mener leur vie tranquillement. Mais il faut bien assurer le quotidien et elles décident de transformer leur grande bâtisse en maison d'hôtes pour les gens comme elles, tenues à l'écart de la société pour différentes raisons. Elles plantent simplement un drapeau arc-en-ciel dans leur jardin. Chiyoko qui était enceinte, met au monde une petite fille. Elles forment maintenant une vraie famille de quatre personnes.

J'avais apprécié la délicatesse de "la papeterie Tsabuki" et je m'attendais à retrouver ici le même plaisir de lecture. Ce ne fut pas le cas, à cause d'une mièvrerie un peu pénible tout-au-long du roman. On nage dans l'eau de rose. J'ai du mal à croire que la situation est aussi aisée pour les homosexuels au Japon. Les deux femmes aplanissent toutes les difficultés avec une facilité déconcertante. J'espérais des rencontres riches avec les hôtes, elles sont très survolées et tiennent peu de place.

Il est plutôt question de la vie de famille, ses hauts, ses bas. A tour de rôle Izumi et Chiyoko peuvent se montrer capricieuses et exclusives dans leur relation. La narration est faite alternativement par les quatre personnages principaux, ce qui nous donne des points de vue parfois assez éloignés. Dans le dernier quart du roman, les drames s'accumulent, comme s'il fallait rattraper le côté bisounours de l'ensemble, mais du coup c'était un peu trop. En bref, je n'ai jamais vraiment cru à toute l'histoire.

C'est une lecture facile, où j'ai tout de même aimé retrouver un mode de vie japonais différent du nôtre. A part ça, je vais vite l'oublier.

L'avis (bien meilleur) de Sandrine

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Ito Ogawa - Le jardin arc-en-ciel - 368 pages
Traduit du japonais par Miriam Dartois-Ako
Editions Picquier - 2018

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10 février 2020

Mort à la Fenice

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"Brunetti se dirigea vers l'hôtel, encore éclairé à cette heure de la nuit où, pourtant, l'obscurité régnait sur la ville endormie. Jadis capitale des plaisirs de tout un continent, Venise n'est plus qu'une ville de province somnolente plongée dans un semi-coma après neuf ou dix heures du soir. Pendant les mois d'été, elle pouvait s'imaginer revenue au temps de sa splendeur galante, tant que les touristes payaient et que le beau temps se prolongeait ; mais en hiver, elle n'était plus qu'une vieille mémère fatiguée, seulement désireuse de se couler de bonne heure sous sa couette et de laisser ses rues désertées aux chats et au passé".

Pour ma deuxième lecture de Donna Léon, j'ai choisi un titre souvent plébiscité sur les blogs, qui est en fait le premier de la série des Brunetti.

J'ai donc retrouvé le commissaire Guido Brunetti, sa femme Paola, ses deux enfants et Venise. Le célèbre chef d'orchestre Wellauer est retrouvé mort dans sa loge, à l'entracte d'un concert. Evidemment, ça fait désordre. Il s'avère qu'on a mis de l'arsenic dans son café. Qui pouvait lui en vouloir à ce point-là ?

Brunetti va découvrir peu à peu que la personnalité du chef n'était pas des plus faciles et que de nombreuses personnes pouvaient avoir envie de se venger. Il va patiemment interroger l'entourage familial et professionnel du chef. Les secrets ne manquent pas dans son passé.

C'est une enquête assez classique, l'envers du décor de la Fenice n'est pas des plus reluisants, les divas ne se font pas de cadeaux. Une fois encore j'ai surtout apprécié le côté posé et méthodique de Brunetti, ses déambulations à pied dans Venise au gré des atmosphères changeantes, ses discussions animées avec sa femme.

Comme c'est le premier de la série, on sent qu'il met ses personnages en place et qu'ils se déploieront davantage plus tard. Ce ne sont pas de grands polars, mais une lecture agréable et détendante.

L'avis de Anne Estelle George

Donna Léon - Mort à la Fenice - 288 pages
Traduit de l'anglais par William Olivier Desmond
Editions Points - 2015

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09 février 2020

Bon dimanche

Yaël Naïm

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03 février 2020

Perdus en forêt

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"Mon oreille me pique, il y a quelque chose qui colle à ma joue, de la résine ou une araignée, je me frotte tout en continuant à marcher. Peut-être que les cris ne venaient pas de si loin, peut-être seulement qu'ils étaient étouffés, à bout de force. Je ne sais pas ce qu'il faut que j'espère. Je ne sais pas non plus comment je vais la retrouver, je me contente de suivre le chemin au rythme permis par l'obscurité et mon ampoule. Je passe en revue différents scénarios, elle a pu trébucher sur une pierre ou une souche, voire dans le cours d'eau. Elle s'est peut-être cassé une jambe ou pire".

De cette auteure, j'avais aimé "Chienne de vie" qui avait un charme certain. Lorsque j'ai vu celui-ci, je n'ai pas hésité, surtout qu'il était question d'un homme et d'une femme qui se perdent dans la forêt danoise et sont contraints à s'entraider s'ils veulent retrouver leur chemin.

L'homme est parti pour un jogging, mais est ralenti par une ampoule qui le fait souffrir. Il tourne en rond un certain temps avant de comprendre qu'il ne sait plus où il est. Il croise une femme, n'y fait pas attention, jusqu'au moment où il retombe sur elle et constate qu'elle est aussi perdue que lui. La nuit va tomber, ils n'ont pas beaucoup d'eau, ni de vivres. Ils décident de chercher une issue ensemble.

Ils ne vont pas y arriver, devront se résigner à se ménager un abri sommaire où ils peuvent s'allonger et se reposer. Ils ont froid, ils ont faim et soif, sont aux aguets à chaque petit bruit inconnu. Ils parlent beaucoup, essaient de dormir.

C'est un roman qui avait tout pour me séduire, mais deux écueils sont venus gâcher ma lecture. Je pensais que l'histoire se déroulait dans la forêt d'un bout à l'autre, ce qui me paraissait un thème suffisant. Or, au milieu du livre, il y a une longue digression sur la vie de la femme, qui n'a pas grand intérêt et surtout qui casse la tension liée à ce qui a précédé.

De plus, l'auteure nous laisse en plan à la fin, qui n'en est pas vraiment une. Je ne déteste pas les fins ouvertes, mais là je n'ai franchement pas compris ce qu'elle avait voulu faire.

Une déception et c'est dommage, parce qu'elle sait installer une ambiance et son portrait en demi-teinte des personnages sonne juste.

Helle Helle - Perdus en forêt - 147 pages
Traduit du danois par Jakob Jakobsen
Editions Phébus - 2020

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02 février 2020

Bon dimanche

Vanessa Wagner et Yoann Bourgeois

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27 janvier 2020

Neiges intérieures

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"On se rapproche des côtes escarpées. Le temps de voir des milliards de cassures et d'entrées dans les falaises : retournement. Le vent se lève. La mer change brusquement d'aspect, brossée au métal. Pleines gites, vagues débordantes, Z. enfile rapidement sa vieille combinaison turquoise, on s'attache, Artémis triomphe. Les fulmars s'envolent comme l'écume. Ça siffle dans les voiles. Séquence frénétique. Nos corps pris par surprise se concentrent pour rendre service en tenant l'équilibre. Je ne laisse pas l'anxiété me gagner, j'aperçois mon effort partagé avec S. Un effort qui se noue en une sorte de plaisir ébloui."

Quatre personnes, deux hommes, deux femmes, embarquent à bord d'un voilier. Destination le cercle polaire, du côté de la mer de Baffin. Leur mission consiste à trouver des idées pour la construction d'une cité alpine et s'inspirer de ce qui a pu se faire dans des paysages de neige et de glace.

La narratrice ne les désignent que par leur initiale, ainsi que le capitaine Z. et son second T. Je croyais avoir affaire à un récit de voyage. En fait, il s'agit bien plus d'un livre introspectif sur les relations humaines dans un espace réduit, sans confort ou personne ne fait réellement l'effort de connaître l'autre.

La forme est celle d'un carnet de bord en quatre parties, rédigé au jour le jour. La narratrice étouffe dans ce milieu clos, elle trouve un exutoire dans la course qu'elle pratique dès qu'ils mettent pied à terre. La seule autre femme C. cherche une complicité avec elle, elle la refuse. On sent la narratrice farouche, repliée sur elle-même, rejetant la sollicitude quand elle se présente. On comprend par petites touches qu'elle a grandi dans un foyer pour orphelins et qu'elle a une peur intense de l'abandon.

Elle est agacée par le capitaine qu'elle trouve hautain et dominateur. Elle cherche parfois à le provoquer, ce qui se termine toujours mal pour elle avec une impression encore plus forte de son insignifiance.

Ce qui est curieux, c'est que tous les participants semblent assez indifférents les uns aux autres et le temps passant les tensions s'accumulent, les fausses alliances et les petits conflits aussi. La narratrice se sent de plus en plus mal "Je suis vulnérable. Si je ne l'écris pas, je garderai cet orgueil qui à présent me dessert. Je suis devenue une force répulsive, à force de prétendre que je suis insensible. Les autres ne m'ont pas dit que j'avais changé, ils n'ont pas besoin de me le dire. Je me suis enlaidie dans ma forteresse".

C'est un roman surprenant, très bien écrit, avec de belles descriptions sur le paysage, la navigation, la maigre végétation rencontrée, les traces d'habitat abandonné. Les réflexions se succèdent sur des sujets variés et toujours au centre les relations difficiles des occupants du voilier dans une promiscuité gênante.

Une découverte intéressante, à la tonalité toutefois assez triste.

"En pétrissant la boule de pain, en l'étirant, en la faisant claquer sur le plan de travail, une force nous revient, une impression de capacité. Notre pain est souvent bon. Que la mer soit calme ou agitée, on en fait tous les trois jours. Si la table penche, on installe les tapis antidérapants, on déverrouille la gazinière qui se balance et garde son aplomb. On met sur la gazinière la levure à tremper, entre deux pinces qui la retiennent de verser. On ajoute ce qu'on trouve, des noix, des olives. Par ces températures, la pâte lève très lentement sous le linge orange que nous dédions au pain."

Anne-Sophie Subilia - Neiges intérieures - 146 pages
Editions Zoé - 2020

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26 janvier 2020

Bon dimanche

Katia Guerreiro

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25 janvier 2020

L'odeur d'un arbre sans fleurs

J'apprends aujourd'hui que le livre dont je vous ai parlé dans mon dernier billet, "Dispersés par le vent" de Richard Flanagan, est réédité dans la collection Babel, sous le titre "L'odeur d'un arbre sans fleurs".

C'est une bonne nouvelle puisqu'il semblerait qu'il n'était plus disponible en 10/18

Bonne soirée.

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23 janvier 2020

Dispersés par le vent

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"Il y a la naissance, il y a l'amour, il y a la mort, et il n'y a que ces trois histoires dans la vie et pas d'autres, mais il y a aussi ce bruit, ce bruit sans fin qui embrouille les gens et leur fait oublier qu'il n'y a que la naissance et l'amour et que chaque être et chaque chose meurent. Il n'y a que ça, pensa Bojan et il prit Sonja dans ses bras. Il se mit à pleurer, d'abord en silence, puis sans pouvoir s'arrêter, et alors Sonja entoura de ses petits bras la tête de son père et la berça comme si c'était la chose la plus fragile du monde, comme si elle était en porcelaine et pouvait se casser facilement".

C'est la première fois je crois que je lis un roman qui se passe en Tasmanie, île australienne, à l'époque de la construction des grands barrages, juste après la deuxième guerre mondiale. L'histoire s'ouvre sur une scène déchirante. Celle d'une petite fille de trois ans, Sonja, qui voit partir sa mère dans la neige avec une petite valise, et qui comprend qu'elle ne reviendra pas.

Bojan, le père, fait partie de la masse d'émigrés d'Europe de l'Est ayant fui les horreurs vécues là-bas, perpétuées autant par l'Armée allemande que par les Russes. Ils sont exploités comme des bêtes de somme sur les chantiers, boivent tous comme des trous pour oublier d'où ils viennent et vivent dans des taudis indignes.

La fuite de Maria laisse Sonja seule avec son père, désemparé et fou de chagrin d'avoir perdu son amour de jeunesse. C'est un père aimant et attachant lorsqu'il est sobre, mais il se transforme en tyran qui frappe à tour de bras dès qu'il boit et il boit souvent.

Quand il est sur des chantiers lointains, il confie Sonja un peu à n'importe qui et la pauvre enfant est ballotée d'une maison à l'autre, avec le souvenir lancinant de sa mère, la grande solitude qu'elle connaît et la vie dure qu'on lui fait.

Plusieurs époques s'entrecroisent qui nous font remonter constamment dans le passé. On ne s'y perd pas car la date est mentionnée à chaque tête de chapitre. A chaque retour en arrière, on en apprend un peu plus sur la scène initiale et sur le passé de Bojan, sur les évènements qui ont traumatisé durablement Maria et font plonger les hommes dans l'alcool et l'abrutissement.

Au fil des années, la relation entre Sonja et son père se transforme et se distend, sans toutefois abolir le lien qu'ils ont en dépit de tout. Sonja a mené une vie d'adulte ponctuée d'échecs, faut-il s'en étonner. Elle a l'impression de n'être qu'une somme d'erreurs et de malheurs et est persuadée qu'elle ne se sortira jamais de ce cercle.

Un évènement viendra la contredire et peut-être que de toute cette noirceur sortira un jour quelque chose de bien, fragile mais précieux.

J'ai beaucoup aimé cette lecture, dense, étoffée, où au delà de l'histoire de Sonja et Bojan, l'auteur développe le contexte historique, politique, social de la Tasmanie avec ses grands projets de développement, l'utilisation agressive de main d'oeuvre pauvre et peu regardante. Les émigrés sont vus comme une sorte d'humains de seconde catégorie par les Australiens. Beaucoup d'entre eux ne maîtrisent pas l'anglais. Ils n'évoquent pas le passé, trop chargé pour tous.

La nature est décrite dans sa démesure, tout comme la démesure des chantiers. Il y a un passage sidérant sur la rupture d'un barrage et sur des incendies massifs, faisant écho à l'actualité récente.

Une très bonne découverte d'un auteur, qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL.

"C'était une bonne mère, dit Helvi encore plus doucement, toujours sans regarder Sonja. Maria était une bonne personne, une bonne mère. Et elle t'aimait tant. Elle t'appelait toujours son petit knedel - sa petite boulette, je crois que ça veut dire. Mais tu sais ça. Et tout le monde appréciait ta mère. Elle était drôle, elle savait danser, elle remettait un homme à sa place en quelques mots bien envoyés".

Objectif PAL 3

Richard Flanagan - Dispersés par le vent - 393 pages
Traduit de l'anglais par Delphine et Jean-Louis Chevalier
10/18 - 2004

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