Le goût des livres

25 juillet 2017

Les quatre saisons de Gilles Clément

51mOV-HE89L"Qu'a-t'il de si extraordinaire ce jardin de la Vallée ? Il est VIVANT, voilà tout ! Il vibre au diapason d'une indicible symphonie. Parce que Gilles féconde la terre, recoud ses fils visibles et invisibles, plonge son râteau-pinceau dans la couleur, la nature lui révèle ce que c'est qu'être homme. Dans son vieux pantalon de jardinier, emprunté à son frère à l'époque de son service militaire, il y a plus de cinquante ans, "un peu usé maintenant", casquette saharienne pour se protéger du soleil, il sème ici, élague là, fait entrer la lumière ailleurs. Corps à corps avec le végétal, comme une chorégraphie des temps anciens, conversation silencieuse avec la plante".

J'avais déjà eu l'occasion de me pencher sur l'itinéraire de Gilles Clément avec "Le salon des berces". Ici, c'est un regard extérieur qui se pose sur le jardinier-écrivain-paysagiste et retrace une biographie sous forme d'entretiens réalisés dans sa maison de la Creuse.

C'est l'occasion de pénétrer un peu plus son intimité et la façon dont se sont mis en place les principaux concepts chers au jardinier, entre autres le jardin en mouvement, le jardin planétaire et le tiers-paysage. Les entretiens sont entrecoupés d'extraits des livres précédents de Gilles Clément et d'interviews de ses étudiants et amis.

L'enfance, la jeunesse, les voyages lointains, la relation aux autres, tous les sujets sont évoqués, sans être indiscrets. Où l'on voit que l'amour de la nature vient de loin et l'habitude de chercher bien au-delà de ce qui lui était enseigné. J'ai retrouvé la génèse de l'achat du terrain et de la maison qu'il occupe depuis de nombreuses années à un jet de pierre de la maison de son enfance (sujet principal de "La saison des berces").

Le professionnel ne fait pas l'unanimité, il a ses détracteurs. Il faut dire qu'il bouscule des habitudes bien établies, il a souvent une longueur d'avance et rester fidèle à ses conceptions quand il les croit justes ne lui a pas attiré que des amis.  

Si vous ne le connaissez pas, ce sera une lecture intructive sur l'homme et ses travaux et si vous le connaissez, ce sera une manière d'approfondir cette personnalité marginale, engagée depuis longtemps dans une véritable démarche écologiste globale.

"J'étais passionné par ce métier, mais j'avais fait des stages en Alsace qui s'étaient très mal passés. Avec Gilles, j'ai réalisé qu'on pouvait faire des jardins autrement. Même les cancres ne rataient pas ses cours ! On sentait que ce qu'il nous transmettait, c'était du vécu. Il avait une autorité naturelle, un certain charisme. Il n'essayait pas de nous mettre des choses dans la tête, mais faisait en sorte que chaque élève se révèle à lui-même" (Camille Muller).

"Le jardinier vagabonde toujours entre Paris, le monde, et la Vallée, son monde. Au printemps, il retrouve son jardin, les grandes berces du Caucase, le piano à queue, Ermentrude, les eaux brunes du lac, les amis de passage, et souvent la solitude. Solitude voulue. Ou non. S'absenter des autres, se mettre à l'écart, en retrait, se lier d'amitié avec le silence. Un besoin depuis toujours. "Les humains ont montré qu'ils n'étaient pas faits pour la solitude. Pourtant, cette solitude qui peut m'oppresser en même temps je la cherche ! Il m'arrive de désirer être seul puis, à un moment, d'avoir envie de partager quelque chose avec quelqu'un, ce peut être un amour,  un ami, ma fille ... La solitude est nécessaire à la création, mais sans les autres, c'est-à-dire sans la relance de la dynamique de la création, sans la discussion, les questions auxquelles je ne pensais pas, cette création n'a pas lieu".

Le livre se termine par un cahier de photographies de 16 pages. 

Un entretien récent avec Gilles Clément sur France-Culture ici

Objectif PAL 3

Frédérique Basset - Les quatre saisons de Gilles Clément - 180 pages
Rue de l'Echiquier - 2014

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23 juillet 2017

Bon dimanche

decouvrez_qui_va_incarner_barbara_au_cinema

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22 juillet 2017

L'adoption

adoptionUn tremblement de terre terrible au Pérou, et Qinaya, petite fille de 4 ans, se retrouve orpheline. En France, un couple en mal d'enfant attend avec fièvre l'arrivée de la petite fille.

Elle débarque à l'aéroport, toute petite avec son doudou. Toute la famille l'attend, oncles, tantes, cousins, grands-parents. Justement, le grand-père, Gabriel est un vieux bougon qui ne se sent pas du tout concerné et voit seulement une gêne dans l'irruption de la petite. Par contre, sa femme Lynette est ravie de rendre service au jeune couple en gardant Qinaya quand c'est nécessaire.

Bien sûr, sans se l'avouer, le vieux ronchon va s'attacher à la petite-fille du bout du monde. Sans tapage, cette BD raconte ce que peut provoquer l'arrivée d'un enfant adopté dans le cercle familial élargi. Gabriel ne s'est jamais beaucoup occupé de ses propres enfants, accaparé par son métier de boucher, puis par les sorties avec les copains. Qinaya va le bousculer et faire vaciller ses défenses.

L'adoption 2

Mais la situation n'est pas si simple, les voies de l'adoption sont multiples et pas toujours claires. Un dénouement inattendu va clore ce premier tome, annonçant une suite. Le dessin est agréable, les personnages expressifs. On sourit souvent, on s'inquiète, les liens familiaux sont bien traités.

L'adoption - 3

Il me reste à attendre que le deuxième tome arrive à la bibliothèque.

L'avis de Jérôme Le Petit Carré Jaune Saxaoul Stéphie Sylire

Zidrou et Monin - L'adoption - Tome 1 - 66 pages
Grand Angle - 2016

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18 juillet 2017

Les larmes noires sur la terre

B26767"Qui a eu un jour l'idée de cette étonnante et terrifiante filière de recyclage, donner une deuxième vie - et quelle vie ! - à ces vieilles guimbardes, personne ne s'en souvient. Quelle société ruinée a oublié qu'elle s'était bâtie sur des générations d'entraide et de solidarité, quelles églises ont baissé les bras, quels hommes sont nés, pour qu'un tel projet voie le jour ? Les pauvres, ils n'en veulent plus. Ont assez de leurs problèmes de chaque jour. Quelque chose s'est forgé en eux, la vague conviction que tout est justifié et que l'on n'y peut rien, le sentiment coupable et soulagé d'être à l'abri, la colère envers ceux à qui ils doivent la création de ces lieux pour lesquels il faut payer encore un peu plus de taxes".

Sandrine Collette n'écrit pas des bluettes et ce dernier roman est toujours dans une veine très noire. Moe, jeune fille de 20 ans vient d'une île lointaine. Elle a commis l'erreur de suivre un beau parleur, Rodolphe, pensant trouver une vie meilleure en métropole, elle n'y a récolté que misère et mépris pour sa couleur de peau.

Un mauvaise décision après l'autre, elle se retrouve jetée dehors avec un nourrisson, n'ayant aucune idée de la façon dont elle va survivre. Elle finit par tomber dans les filets des services sociaux, qui n'ont de sociaux que le nom. En réalité, c'est une vaste entreprise de mise à l'écart des pauvres, enfermés dans un endroit dont ils ne peuvent plus sortir.

Ce n'est pas encore notre société, c'est juste la logique actuelle poussée à son maximum si nous continuons à ignorer ce que nous dérange trop. Le pouvoir en place a organisé l'enfermement des exclus en tout genre, les fait travailler comme des esclaves pour trois fois rien et leur fait payer en plus leur hébergement. Ledit hébergement consiste en une casse de voitures recyclée. Au lieu de détruire les véhicules, pourquoi ne pas y fourrer cette population indésirable, à charge pour elle de se débrouiller comme elle peut. C'est le lieu de tous les trafics, de toutes les violences où il faut racheter sa liberté. Vu le prix de la moindre denrée et le salaire dérisoire si l'on a la chance de travailler, la liberté n'arrive jamais.

Moe se retrouve donc là, avec son enfant, complètement désemparée, incapable de comprendre où elle est arrivée et que faire pour en sortir. Elle a la chance de tomber sur un quartier de cinq femmes qui s'entraident. Ada, la vieille Afghane, Marie-Thé, Nini peau-de-chien, Poule et Jaja.

Dans cette histoire, j'ai aimé la solidarité qui règne entre ces femmes, malgré l'horreur qui les entoure. Chacune raconte sa vie à tour de rôle, elles ont atterri à la Casse par des chemins très différents. L'auteure sait mener parfaitement un suspense et on a hâte d'avancer. Cette fois-ci pourtant, j'ai failli caler devant tant de malheurs accumulés et un présent aussi sordide.

Moe est jeune et inexpérimentée. Elle continue à prendre des décisions désastreuses pour elle et son petit, jusqu'à un paroxysme de violence qu'elle a largement contribué à déclencher. Je l'ai déjà dit, mais cette fois-ci, je crois que je ne relirai pas l'auteure. Trop de noirceur dans ses romans. La fin surprenante de celui-ci n'a pas suffit à effacer l'impression de malaise eprouvée devant tout ce qui a précédé.

L'avis de Alex et Manika

Sandrine Collette - Les larmes noires sur la terre - 336 pages
Denoël - 2017

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16 juillet 2017

Bon dimanche

Vidéo découverte chez Anne (FB)

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12 juillet 2017

Les cuisines du Grand Midwest

51mnXGnZYNL__SX195_"Ils étaient tombés d'accord : si c'était un garçon, Lars choisirait le prénom de l'enfant, et si c'était une fille, c'était Cynthia qui le ferait. Eva Louise Thorvald naquit quinze jours avant terme, le 2 Juin 1989, en affichant avec assurance un poids de 4,6 kilos. La première fois que Lars la tint dans ses bras, son coeur fondit sur elle comme du beurre sur une tranche de pain chaud, et plus jamais il ne pourrait le récupérer. Pendant que la mère et le bébé dormaient dans la chambre d'hôpital, il sortit sur le parking, s'assit dans sa Dodge Omni et pleura comme un homme qui n'avait jamais rien désiré avant ce jour".

Deux grandes tentatrices qui s'unissent pour vous vanter un roman, il n'en faut pas plus à la blogueuse influençable pour se laisser entraîner à son tour dans les cuisines du Grand Midwest.

Et vous savez quoi ? je ne regrette rien. C'est la lecture parfaite pour les vacances, vous avez encore le temps de la glisser dans votre valise.

C'est l'histoire d'Eva Thorvald, dont nous faisons la connaissance bébé. Son père Lars lui concocte déjà des menus de gastronome, tandis que sa mère s'éloigne sur la pointe des pieds, estimant qu'elle a une autre vie à vivre que celle de mère de famille. Dès les premières pages, le ton adopté par l'auteure m'a fait fondre, un mélange de tendresse et d'humour bien dosé, avec un tas de personnages attachants.

Si au départ, le personnage principal est Eva, on s'en éloigne ensuite, mais tout nous y ramène de manière détournée, ce qui fait que nous suivons facilement sa progression en tant que petit prodige de la cuisine et du goût. Il ne faut pas craindre la multiplicité des histoires dans l'histoire, elles finissent toutes par se rejoindre et je ne me suis jamais sentie perdue. Elle apportent aussi à chaque fois une pierre à l'édifice qui nous fait comprendre le mal-être d'Eva, qui en dépit d'une brillante réussite, se sent toujours la petite fille abandonnée par sa mère.

C'est un roman qui pétille, qui touche, qui rend plus compréhensif vis-à-vis des uns et des autres et qui ravira les gourmands. Quelques recettes émaillent les chapitres et certaines valent leur pesant de cacahuètes.

Une bonne lecture détente, étoffée et plaisante. A vrai dire, j'aimerais une suite.

"Eva Thorvald ne ressemblait plus à l'ingénue maladroite qu'elle avait rencontrée dans la cuisine de Robbe Kramer ; elle avait évolué de toutes les manières possibles. C'était maintenant une grande et lumineuse femme de vingt-quatre ans, avec des bras épais comme des branches d'arbres, des lèvres à la Angelina Jolie, des mains de chef couvertes de cicatrices, des pieds comme des parpaings, une poitrine généreuse et le genre de fesses qui inspirent les musiciens de rap. Elle s'était transformée en femme, elle était devenue une femme avec un point d'exclamation, cette espèce de créature du pléistocène, brutale et robuste, dont toutes les femmes, solides ou frêles, descendent".

Les deux coupables : Cathulu Cuné (qui donne une recette que je vous recommande "les roulés Résurrection")

J. Ryan Stradal - Les cuisines du Grand Midwest
Traduit de l'américain par Jean Esch
Rue Fromentin - 2017

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10 juillet 2017

La photo du lundi

 

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Collonges-la-Rouge (Corrèze)

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09 juillet 2017

Bon dimanche

Le site d'Aldous Harding

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15 juin 2017

PAUSE

Le temps des vacances est arrivé pour moi ; départ demain pour une région que j'apprécie beaucoup. A moi le farniente, la campagne, le calme, les vieilles pierres, les visites (le musée Soulages, Conques, Cordes-sur-Ciel etc ..).

Retour dans deux semaines (sans internet), davantage peut-être pour le blog, la motivation baisse !

Portez-vous bien et à bientôt.

Belcastel-vue-Chateau

Belcastel (source photo)

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13 juin 2017

Les mensonges de la mer

Les mensonges de la mer"Il y avait peut-être quelque chose de miraculeux dans ces moments passés dans un espace clos entouré d'une épaisse forêt, alors que chacun de nous, oppressé par ses propres sentiments, ne supportait plus cette tension intérieure et, sans tomber dans ce qui aurait pu être d'assez conventionnels épanchements, ne s'en détachait cependant pas totalement ; ces quelques soirées dans la maison de Morikata, ces discrets moments de vide, en ce qui me concerne du moins, sont comme une chose organique susceptible de se déliter et que je préserve avec le plus grand soin. Jusqu'à la fin, je n'ai rien su du passé de M. Yamané, et lui n'a rien su du mien. Pourtant, ce qui a donné comme une tonalité décisive à ma vie ensuite, il me faut reconnaître qu'au fond ce furent ces soirées si particulières."

Au début des années 1930, un jeune chercheur en géographie humaine vient en mission sur un île isolée au sud de Kyûshû.

Il arpente l'île du nord au sud, seul ou en compagnie d'un guide, à la recherche des ruines d'un temple boudhiste, l'île ayant été le théâtre de l'affrontement entre boudhisme et Shugendô, l'un ayant remplacé l'autre. La vie sur l'île est immuable et n'a guère changé depuis plusieurs générations. Les visiteurs sont rares et bien accueillis.

Notre jeune chercheur marche beaucoup, étudie minutieusement la flore, la faune, il voit le fameux "saro" presque en voie de disparition. L'habitat l'intéresse tout autant et les moeurs des habitants. Il fait des rencontres importantes, un ancien marin, M. Yamané, lui offre l'hospitalité et lui donne de précieux renseignements sur le passé. La spiritualité imprègne toute l'île, on la sent encore vivace.

Amis de la lenteur, soyez les bienvenus, nous découvrons l'île et ses trésors au même rythme que le narrateur. Les descriptions de la nature sont pleines de poésie, les rencontres courtoises et enrichissantes, le temps semble s'être arrêté sur l'île. Le jeune chercheur est tourmenté par les derniers évènements de sa vie, assez sombres, il va éprouver des sensations inattendues au cours de son périple, qui le changeront durablement.

C'est une histoire typiquement japonaise. J'ai manqué de connaissances historiques et culturelles pour apprécier vraiment un certain nombre de réflexions, mais ce n'est pas gênant pour la compréhension générale du roman. L'évocation de coutumes et croyances anciennes peut se retrouver dans tous les pays et donnent une tonalité particulière à cette exploration.

L'histoire se clôt cinquante ans plus tard, avec l'un des fils du narrateur. Le saut dans le temps est gigantesque, l'île est profondément transformée, mais derrière cette atteinte des hommes, son intemporalité subsiste, rassérénant le vieil homme.

C'est un roman tranquille et apaisant où j'ai aimé me perdre pendant quelques jours, loin du tapage de nos vies modernes.

Merci à Babelio-Masse critique et aux Editions Picquier

Masse critique

Nashiki Kaho - Les mensonges de la mer - 196 pages
Traduit du japonais par Corinne Quentin
Editions Picquier - 2017

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