Le goût des livres

25 mai 2018

Quelle n'est pas ma joie

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"Quand je l'ai rencontré, c'était ton mari, et je n'imaginais pas que cela puisse changer un jour. Nos idées sont les plus bornées qui soient, même si on croit le contraire, mais j'en sais assez sur moi-même pour affirmer qu'il ne m'est jamais venu à l'esprit que je finirais par dormir dans le même lit que Georg. L'homme que j'aimais avait un autre corps et un autre nom. Je ne peux pas m'imaginer à quoi Henning aurait fini par ressembler, tout comme je ne peux pas te voir autrement que comme la jeune femme à qui j'ai dit au revoir un matin, dans un hôtel des Dolomites. Je n'avais aucune raison de penser qu'il puisse s'agir d'un adieu".

Ellinor, la narratrice, a 70 ans et vient de perdre son mari, Georg. Dans cette période de flottement, elle écrit à Anna, la première femme disparue de Georg, lui racontant la vie qu'elle a eue avec lui.

Ellinor est issue d'un milieu pauvre, avec le poids d'une origine honteuse sur les épaules. Elle s'est éloignée de ce milieu dès qu'elle a pu et s'est ouverte à un autre monde en rencontrant Anna, jeune femme brillante et joyeuse. Anna était mariée à Georg et a eu deux garçons de lui. De son côté, Ellinor s'est mise en couple avec Henning, un homme rassurant et apaisant.

C'est lors d'un séjour de ski qu'Anna et Henning disparaissent, emportés par une avalanche. Ellinor apprend qu'ils étaient amants. Elle n'avait rien soupçonné.

Ellinor et Georg vont continuer à se voir et à discuter le soir, jusqu'au moment où leurs sentiments d'amitié vont se transformer et où ils vont devenir à leur tour un couple.

Ellinor s'adresse à Anna sans aucune aigreur, c'était sa meilleure amie, elle ne l'a pas oublié. Lui écrire lui permet de clarifier ses sentiments, de faire une sorte de bilan de sa vie et de s'alléger peut-être de tout ce qui lui pèse.

Au grand dam des enfants de Georg, elle décide de vendre la maison qu'ils occupaient et de retourner dans le quartier de son enfance. Pour l'aîné, c'est une régression sociale et il lui fait sentir qu'elle n'a jamais vraiment été de leur monde.

Ellinor est blessée par cette attitude et se demande ce qu'elle a réellement représenté pour les garçons. Seule dans son nouvel appartement, elle est submergée par le chagrin et la perte. Elle remonte le temps, examine tout ce qui lui est arrivé, là où elle en est, le pourquoi de son retour dans son vieux quartier. Georg lui manque cruellement.

Ellinor n'est pas quelqu'un qui pleure sur son sort, elle vit simplement ce qu'elle a à vivre, l'histoire que je vous raconte pourrait être plombante, mais ce n'est pas du tout le cas, Ellinor a du ressort, elle évoque le passé avec beaucoup de justesse et d'empathie. Au fond, elle sait ce qu'elle doit lâcher et quelle direction prendre pour s'approprier le reste de sa vie.

Un auteur que je n'avais pas encore abordé et qui me donne très envie de continuer avec lui.

L'avis de Cathulu Eeguab

Challenge nordique

Jean-Christian Grøndahl - Quelle n'est pas ma joie - 160 pages
Traduit du danois par Alain Gnaedig
Gallimard - 2018

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23 mai 2018

Là-bas, août est un mois d'automne

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"Quand je lève les yeux, je vois simplement des arbres, là où Gustave et Madeleine voyaient des tilleuls, des aulnes, des acacias, des érables. J'écris sur des gens qui étaient capables de nommer les choses, les fleurs et les bêtes, alors que j'ai besoin d'une application sur mon téléphone qui identifie les oiseaux par leur chant, les plantes par la forme de leurs feuilles, et je dois vérifier sur des sites de jardinage les saisons de semaison du blé et de floraison des cyclamens. C'est peut-être ce qui me fascine chez ces deux-là, leur manière lente et savante  d'éprouver l'épaisseur des jours. Et puis les doutes qui subsisteront toujours : je n'ai aucun moyen d'établir avec certitude si le corridor, à leur retour ce soir-là, sentait le clou de girofle, l'humidité où la cire d'abeille, le feu, la viande ou la naphtaline."

Ce roman a été pour moi l'occasion de découvrir le poète Gustave Roud et sa soeur Madeleine. Librement inspiré de leur vie, le récit avance avec tranquillité et lenteur, décrivant les jours qui se suivent dans la grande maison en Suisse.

Le quotidien est bien huilé entre le couple atypique qu'ils forment depuis longtemps. Gustave, lit, réfléchit, essaie d'écrire sans toujours y parvenir, se promène dans la campagne, observe, photographie, surtout les corps des hommes au travail. Madeleine, au sens pratique nettement plus développé s'occupe de la maison, du jardin, veille à ce que son frère soit dans le confort. Pour autant, ce n'est pas une femme effacée, loin s'en faut, elle s'intéresse à la technique spatiale, fume le cigare, se montre parfois moqueuse et mène la vie qu'elle a choisi de mener. Elle n'est pas dupe des faiblesses de son frère et de son attirance pour les hommes, elle sait que le village jase dans son dos, mais n'en a cure.

Ils n'ont jamais voulu se marier ni l'un, ni l'autre et restent fidèles à leurs racines. Ils perpétuent le plus possible un certain style de vie rurale où la nature a toute son importance. La maison est le troisième personnage. Elle vieillit en même temps que ses propriétaires et contient les souvenirs de la famille, parents, grands-parents, tantes ... Sa décrépitude va de pair avec l'avancée en âge du frère et de la soeur.

Si vous avez besoin d'action à toutes les pages, ce livre n'est pas fait pour vous. Par contre, si vous voulez prendre votre temps, lire sur un passé révolu où les choses se faisaient à leur rythme naturel, n'hésitez pas.

"La maison se recroqueville pour tenir le coup. Madeleine a beau ne pas être une petite nature, elle ne s'attarde pas sur la palier de l'étage, espace carré où tourbillonnent les courants d'air. Elle descend à la cuisine et referme la porte derrière elle. Le poêle est encore tiède de la veille ; elle empile des fascines de ramille, craque une allumette et le feu repart. Son frère descend à son tour, il lui dit joyeux anniversaire, soeurette. Elle a sorti le beurre, posé sur la longue table une miche de pain emballée dans un linge de cuisine et préparé du café fort, qu'on boit sans sucre ni lait, et sans plus se parler. La toile cirée est collante sous la main. Ce n'est pas de la saleté, au contraire, le vernis s'est usé à force d'être frotté".

Un roman délicat, qui s'attache à décrire les dix dernières années de Gustave et Madeleine avec pudeur et sensibilité.

Je suis curieuse maintenant de découvrir ce qu'écrivait Gustave. Un début de réponse chez Dominique.

Merci à Lewerentz

L'avis de Moka Pativore

Bruno Pellegrino - Là-bas, août est un mois d'automne - 224 pages
Editions Zoé - 2018

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20 mai 2018

Bon dimanche

Sirba Octet sort un nouvel album "Orchestra" avec des airs russes, tziganes et klezmer. Il tourne en boucle chez moi.

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16 mai 2018

Passage des ombres

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"Konrad emmena la photo dans le salon et s'installa sur la chaise devant le bureau du vieil homme. Il regardait à tour de rôle les articles de presse qu'il avait à la main, le livre ouvert sur le bureau et le cliché posé devant lui en pensant à son père, à la jeune fille assassinée, à l'ocupation militaire, aux séances de spiritisme, aux âmes torturées des défunts et à ce vieux célibataire allongé dans sa chambre, qui semblait endormi alors qu'on l'avait étouffé."

Dernier volet de la trilogie des ombres, cette nouvelle enquête nous permet de retrouver l'Inspecteur Flovent et Thorson, devenu Stephan Thordarson. L'histoire commence de nos jours, avec la découverte du corps d'un vieil homme, seul dans son appartement. L'autopsie révèle qu'il a été étranglé. Ce vieil homme n'est autre que Stephan Thordarson.

Konrad, policier retraité qui donne des coups de main à Marta, chargée de l'enquête, est intrigué par des coupures de presse retrouvée chez Thordarson, qui datent de 1944. Elles relatent le meurtre d'une jeune fille, Rosamunda, retrouvée étranglée derrière le théâtre national de Reykjavik. Konrad est troublé de s'apercevoir que son défunt père a été mêlé à cette affaire, même de manière détournée. Il a d'autant plus envie de découvrir la vérité.

Il est à nouveau question de "la situation", le mot utilisé pour parler des jeunes Islandaises qui acceptent des relations avec les soldats, par naïveté ou par intérêt. En avançant dans ses investigations, Konrad s'aperçoit qu'une deuxième jeune fille a disparu à l'époque, Hrund. Le point commun avec Rosamunda est qu'elles ont été violées par un homme qui leur conseille de dire que "c'était les elfes".

Konrad met ses pas dans ceux de Flovent et Thorson et s'efforce avec difficulté de retrouver les écrits relatifs à l'enquête de 1944, ils sont curieusement absents.

J'ai apprécié ce troisième opus, après un pincement au coeur en réalisant que Thorson est devenu un vieil homme, assassiné de surcroît ! Le croisement de deux époques permet de mesurer le bond en avant de l'Islande depuis la deuxième guerre mondiale. En 1944, les croyances dans les vieilles légendes étaient encore fortes dans les campagnes, expliquant la phrase sur les elfes qui peut paraître très simpliste aujourd'hui.

On approfondit encore un peu plus le quartier des Ombres où a grandi Konrad et où on a retrouvé Rosamunda. Les personnages secondaires ont toute leur importance, l'intrigue progresse habilement.

Un trilogie réussie qui se clôt en beauté.

Lectures précédentes : Dans l'ombre - La femme de l'ombre

L'avis de Dasola Zazy

Challenge nordique

Arnaldur Indridason - Passage des ombres - 304 pages
Traduit de l'islandais par Eric Boury
Editions Métailié - 2018

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13 mai 2018

Bon dimanche

Hommage à Maurane, chanteuse pleine de talent que je suivais depuis Starmania. Elle part trop tôt.

Artistes-et-politiques-rendent-hommage-a-Maurane

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11 mai 2018

Cette nuit

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"Je me demande où Sarah se trouverait en ce moment. Sans doute en train de marcher discrètement dans la pièce, essayant de se préparer sans me réveiller. Ses pieds effleuraient les lattes du parquet, ils caressaient le sol sans fausse note. Je me demande, mais je sais que Sarah est partout. Sarah. J'aime murmurer son nom, j'aime la murer dans mes pensées pour empêcher l'oubli d'effectuer ses rondes. J'enroule ma femme dans nos tapis, dans nos rideaux, je démembre son image pour qu'aucun nazi ne puisse la rafler tout entière. Je remplace les abat-jour par ses prunelles bleutées, les oreillers par ses mains accueillantes."

Coup de coeur pour ce roman tendre et sensible qui commence un matin de Pessah, la Pâque juive. C'est une fête spéciale, puisque pour la première fois, Sarah, la femme de Salomon, ne sera pas là. Elle est morte récemment. Le vieil homme se prépare en se souvenant des années passées. Une de ses filles ne va pas tarder à arriver pour l'aider, comme d'habitude.

Salomon est un rescapé de la Shoah, incapable d'en parler, mais se livrant à des blagues "concentrationnaires" douteuses, qui mettent tout le monde mal à l'aise. Ses deux filles, Michelle et Denise, ne s'entendent pas, Michelle la cadette a un caractère exécrable et méprise Denise. Sarah et Salomon n'ont jamais compris d'où venait cette hostilité et en sont désolés. En réaction Denise boit un peu trop.

Les repas de famille sont toujours un peu tendus, malgré l'attention de Sarah pour les siens, sa patience et sa bienveillance. L'amour de Salomon pour sa femme n'a cessé de grandir au fil des années, sa disparition laisse un vide béant qui le rend inconsolable.

L'évocation des fêtes précédentes est l'occasion de revenir sur la déroulement de la soirée du séder, le rituel à suivre scrupuleusement. Salomon le fait avec un humour désespéré qui provoque souvent le rire et l'émotion. Le portrait de chaque membre de la famille est finement dressé, permettant de les imaginer tous ensemble, agités, bruyants, mais soudés aussi et s'aimant tendrement. Salomon passe en revue les étapes de la soirée et imagine comment elle va se passer sans Sarah.

Ce n'est pas un roman triste, la vie y est bien présente et ce que nous percevons de Sarah et Salomon est infiniment touchant.

Je suis étonnée de ne pas avoir vu davantage ce roman sur les blogs. Il est pourtant bourré de qualités et c'est un vrai bonheur de lecture. Alors, à vous de voir ...

Joachim Schnerf - Cette nuit - 160 pages
Zulma - 2018

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09 mai 2018

Un ciel rouge, le matin

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"Quand on y réfléchit un peu, le vieux,  on se demande bien ce qu'ils ont fabriqué pendant toutes ces années, les Irlandais. Imagine. Tu te figures un peu où vous en seriez, à l'heure qu'il est, si on vous avait laissé vous débrouiller tout seuls ? Penses-y, ça vaut la peine. Pense à quel point le confort s'est amélioré. Je vais te le dire, le vieux. Livrés à vous-mêmes, vous seriez encore plantés là sous la pluie, de la bouse de vache jusqu'à la poitrine, avec le ciel qui vous pisse sur la tête. Terrés au fond de vos forêts humides, entassés dans des bicoques en bois, en train de vous faucher le bétail les uns aux autres et de vous entretuer pour régler vos comptes. Tu crois que ça mériterait le nom de civilisation, ça ?  Moi je suis persuadé que non."

C'est le redoutable Faller qui parle ainsi. L'intendant du domaine appartenant au fils Hamilton. Nous sommes en Irlande, dans les années 1830. Les paysans inféodés aux propriétaires vivent dans une misère crasse, trimant comme des bêtes pour pas grand chose.

Coll Coyle est un jeune métayer au service d'Hamilton. Il est heureux avec sa femme qui attend leur deuxième enfant. Du jour au lendemain, le propriétaire leur intime l'ordre de partir, sans leur donner de raison. Coll voit rouge, il exige des explications et l'entrevue tournera mal. Il est obligé de prendre la fuite.

C'est l'histoire d'une traque impitoyable menée par Faller qui veut la peau de Coll. Il y a d'abord l'errance de ce dernier en Irlande avec des descriptions terribles de la pauvreté générale, de la violence et de la brutalité ordinaires qui vont avec.

Puis il y a l'embarquement, une traversée éprouvante et l'arrivée aux Etats-Unis, où Coll va trouver un autre genre d'exploitation. Celle des ouvriers qui construisent les voies de chemin de fer. Le quotidien y est largement aussi âpre qu'en Irlande, la vie des hommes ne vaut rien, les habitants de la région ne veulent pas d'eux, le travail est harassant, plein de risques.

Coll a toujours Faller à ses trousses et on ne sait plus d'où va venir le plus grave danger. Des conditions de travail de Coll, ou de Faller. Coll rêve de retourner chez lui, de retrouver sa femme et sa fille, de connaître l'enfant qui est né, mais le pourra-t'il un jour ?

C'est un roman haletant, très bien écrit, avec des descriptions d'un réalisme impitoyable. Il décrit un monde d'hommes, sans pitié, où malgré tout certains sont capables d'une certaine solidarité.

Un auteur à découvrir et à suivre.

L'avis de Anne Cristie Jérôme Maryline

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Paul Lynch - Un ciel rouge, le matin - 285 pages
Traduit de l'anglais par Marina Bolaso
Le livre de Poche - 2015

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06 mai 2018

Bon dimanche

Patricia Petitbon chez Augustin Trapenard ici

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(Désolée pour les pubs, je ne les avais pas vues)

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02 mai 2018

Jamais

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"Vous dites qu'elle est armée ? Quel genre ?
Des grenades à manche ...
Son mari les aurait récoltées en même temps que les courgettes ..."

Quand j'ai vu cette BD chez Brize, j'ai su qu'elle était pour moi. Pensez donc, la côte d'albâtre, les falaises qui s'érodent année après année, la vie d'un petit village et puis Madeleine. Ah Madeleine ! Une vieille dame aveugle de naissance, un peu braque, irascible, dont la maison est située tout juste là où il ne faut pas, au bord de la falaise.

Le maire s'acharne à trouver des solutions pour la faire partir, mais elle ne veut pas en entendre parler. Le sol s'effrite quasiment sous ses pieds, mais elle n'entend pas lâcher cette maison où elle a été heureuse tant d'années avec son mari défunt. Elle lui parle toujours comme s'il était là, d'ailleurs, sous l'oeil effaré du chat.

L'histoire se résume à la lutte ouverte entre Madeleine et le Maire, mais quelle personnalité ! Si Madeleine a un caractère de cochon, elle n'est pas idiote pour autant et son entêtement cache en fait une détermination raisonnée qui nous la rend très attachante.

Je ne vous dirai pas comment tout cela se termine, mais sous la drôlerie des dialogues se cachent des problèmes graves qui donnent à réfléchir. Total respect pour Madeleine ..

L'auteur est originaire de Dieppe, c'est clair qu'il connaît bien la région, très bien rendue. Le graphisme est simple et expressif, la lecture est limpide. Des BD comme je les aime.

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Bruno Duhamel - Jamais - 54 pages
Grand Angle - 2018

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30 avril 2018

Saisons de voyage

Cedric Gras

"Les visages hirsutes préservés de la poussière par des fichus étalaient du bitume fumant et remuaient des graviers. Je n'étais pas venu au Tibet pour ces travailleurs han, dépaysés sur le toit du monde. Il me semblait alors que j'aurais dû leur tenir rigueur d'oeuvrer ainsi à l'agonie du Tibet chéri de l'Occident. Mais on nous offrait un bol de nouilles dans une hospitalité sincère et des sourires par poignées. Je découvrais qu'on pouvait condamner une politique tout en ressentant une profonde empathie pour ceux qui la servent. La pauvreté n'a pas de conscience. Quant au développement dont j'étais le rejeton et que je tentais désespérément de semer en m'enfuyant au bout de la Terre, fallait-il vraiment le déplorer ?"

Je découvre l'auteur avec ce récit de voyage, je ne savais rien de lui avant de commencer. Ce n'est pas un récit chronologique, mais un mélange de continents, de pays, d'impressions dans le désordre. L'auteur a une vingtaine d'années quand il part et il a l'impression qu'il est né trop tard, que tout a été exploré avant lui et qu'il ne reste plus guère d'aventures inédites sur cette planète, le tourisme a tout envahi.

Il se prend néanmoins de passion pour l'Eurasie, nous emmène au Kosovo, en Albanie, dans les Andes, en Islande, en Sibérie etc .. Il prend parfois des risques inconsidérés, il ne sait pas vraiment ce qui le pousse. Après quelques années d'itinérance tous azimuts, il ressent le manque de véritables contacts avec les populations, qu'il attribue à l'absence d'une langue commune. Il se fixe quelque temps en Russie, apprend le russe et développe une connaissance plus approfondie des lieux où il se rend.

Ce que j'ai le plus apprécié, ce sont les réflexions de l'auteur sur ce qu'est le voyage aujourd'hui, ce que l'on peut encore en attendre à une époque de mutations constantes et rapides. Je suis toutefois restée à distance du récit, peut-être à cause d'un désenchantement assez marqué de l'auteur. Je n'ai pas réussi à cerner ce qui le motivait vraiment.

Merci à Dialogues Croisés

 

Dialogues croisés

 

Cédric Gras - Saisons du voyage - 224 pages
Editions Stock - 2018

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