Le goût des livres

13 novembre 2019

Reflets des jours mauves

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"Lazare travaillait et souffrait dans la durée. Comme une litanie, lui virevoltait en tête ce passage du livre de Job, cité à foison par son oncle Gilbert : "Qu'il soit éprouvé jusqu'au bout". Dans le texte fondateur, le bout, autrement dit la limite humaine du supportable, possède un sens précis, il suffit de mener la lecture à son terme. Mais où se situait la limite dans sa situation ? Quelle était la nature de la condamnation, et jusqu'où était-il censé mener ce combat éperdu et muet".

Au terme de sa carrière, une réception est donnée en l'honneur de Lazare, généticien renommé. L'homme paraît mal à l'aise dans cette situation, il se laisse questionner par un jeune journaliste Ethan, venu lui poser quelques questions.

De fil en aiguille, ils vont prendre un verre et Lazare va enfin se délester d'un secret qui le ronge. Il a gardé secrète sa plus grande découverte, dépassé par les implications qu'elle supposait. Exalté par ce qu'il imaginait dans ses premières années de recherche, il a mis en péril un amour auquel il tenait.

Au cours de cette nuit où la parole se libére, Lazare va aller au bout de sa confession, tenant en haleine un auditoire hétéroclite qui s'est constitué autour d'Ethan et lui, chacun y allant de son commentaire.

Je vais avoir du mal à rendre compte de ce livre, dont j'avoue ne pas avoir tout compris, le coeur de l'histoire étant lié aux recherches génétiques des dernières décennies, domaine que je ne connais pratiquement pas. Ceci dit, cette ignorance ne m'a pas empêchée de suivre les réflexions de Lazare, ses révélations successives et son questionnement sur les limites de ce que l'on peut se permettre sur l'humain.

J'ai été plus sensible à sa relation avec Rachel, brillante photographe, dont il va tomber amoureux, sans pouvoir s'empêcher de l'utiliser pour corroborer ses recherches génétiques.

Au delà de ce thème, comme souvent dans les romans de l'auteur, il est question de nombres (il est mathématicien) et de la Kabale. Autant dire que l'on peut lire le roman à différents niveaux, on découvre des strates que l'on ne soupçonnait pas d'emblée.

Pour ma part, j'aurais préféré que l'aspect romanesque soit plus développé, mais selon ses goûts, chaque lecteur pourra y trouver quelque chose de différent. J'ai été plus captivée par le dernier quart du roman, où l'on saisit vraiment ce qui s'est joué avec Rachel et où l'on comprend mieux l'intérêt d'Ethan pour Lazare.

Une post-face d'Ariane Giacobino, médecin généticienne, apporte un éclairage bienvenu sur l'état des connaissances actuelles et les pistes de recherche.

Gérald Tenenbaum - Reflets des jours mauves - 200 pages
Editions Héloïse d'Ormesson - 2019

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10 novembre 2019

Bon dimanche

Les sites de Karine Gonzales et Sébastien Llinares

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04 novembre 2019

La voisine

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"Hortensia pensa que c'était grossier de sa part. Elle avait été gentille avec lui jusque là, ce qui veut dire qu'elle n'avait pas été désagréable. Elle aurait aimé pouvoir reprendre ses politesses ; en fait, si elle avait eu une arme, elle l'aurait frappé. Sauf qu'en ce moment précis, la personne qu'elle voulait vraiment faire souffrir - tuer - c'était Peter et ça la chagrinait profondément qu'il soit déjà mort".

Voilà un roman qui confirme ce que je savais déjà. Les meilleures découvertes de la rentrée ne sont pas celles dont on parle forcément le plus. J'ai été embarquée par cette lecture qui a un sacré potentiel sur le fond, à la fois sérieux et drôle sur la forme.

Deux octogénaires habitent le même quartier résidentiel au Cap, elles ont toutes deux réussi dans leur branche, le design pour Hortensia, l'architecture pour Marion. D'emblée, nous savons que Marion jalouse Hortensia, estimant que sa maison lui revenait de droit, l'ayant conçue elle-même. Seulement, elle l'a laissée échapper. Elles se regardent donc en chien de faïence depuis des années.

Par ailleurs, Marion est blanche, raciste sans même s'en rendre compte. Hortensia est noire, mariée à Peter qui est blanc. La fin de l'apartheid n'a bien sûr pas éteint les contentieux et Hortensia ne perd pas une occasion d'affronter Marion et de lui clouer le bec.

Au delà des conflits entre les deux femmes, c'est toute la problématique de l'apartheid et de ses suites qui est dessinée. Les deux femmes n'ont rien d'aimable, ce sont de fortes personnalités. Hortensia est particulièrement vindicative et acariâtre, toujours la méchanceté à la bouche, indifférente aux autres, y compris à l'égard de son mari qui est en train de mourir.

Marion contient mieux ses petitesses sous un vernis de bonne éducation, sans toutefois donner parfaitement le change. L'histoire commence au moment où les deux femmes sont dans une situation identique, sans le savoir. Leurs maris, après leur décès, les ont mises dans le pétrin. Marion, qui se croyait riche, est en fait ruinée. Quant à Hortensia, elle n'héritera qu'à une condition exigée par Peter et qu'elle n'entend pas respecter.

Le tour de force de l'auteure est de nous faire pénétrer progressivement dans le passé de l'une et l'autre, jusqu'à nous faire saisir ce qui a pu les amener à tant d'aigreur et de nous faire passer de la détestation à la compréhension.

De plus, la maison de Marion se retrouve en partie détruite par un accident, ce qui amène Hortensia à l'héberger chez elle momentanément. La cohabitation est difficile évidemment, Hortensia ne lâchant pas sa hargne habituelle, mais peu à peu, elles feront de petits pas l'une vers l'autre. Plongées alternativement dans les pensées des deux femmes, nous mesurons leur cheminement intérieur et leurs blessures profondes. Elles sont aussi sévères envers elles-même qu'envers les autres.

C'est une lecture riche, politiquement, socialement, psychologiquement, humainement, écrite dans un style vif et direct qui touche.

A découvrir absolument.

"Vous... les Blancs dites qu'il faut oublier et se tourner vers l'avenir. Mais ... on doit aussi se rétablir. Parfois on se tourne vers l'avenir et on reste malades, alors à quoi ça rime d'aller plus avant ? On doit aussi se rétablir. Ma grand-mère ne voulait pas oublier. J'ai toujours pensé que c'était dû au fait qu'oublier serait la même chose que se perdre, ne pas savoir où on est. Elle nous a parlé de cet endroit".

L'auteure : née à la Barbade en 1980, enfant au Nigéria et désormais sud-africaine, Yewande Omotoso a développé un regard piquant et fécond sur les frottements culturels. Aujourd'hui, Yewande Omotoso écrit tout en travaillant dans le domaine du design et de l'architecture à Johannesburg (Editions Zoé)

Les tentatrices : Athalie Ingannmic

Yewande Omotoso - La voisine - 288 pages
Traduit de l'anglais par Christine Raguet
Editions Zoé - 2019

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03 novembre 2019

Bon dimanche

Récemment, je vous ai parlé de l'excellent album "Roseaux". Je vous propose aujourd'hui un autre extrait, chanté par Mélissa Laveau.

J'en profite pour annoncer ma participation au challenge Québec en Novembre de Karine et Yueyin, comme chaque année. Depuis cet été, j'ai lu trois épisodes de l'Inspecteur-chef Gamache (Louise Penny), je ferai peut-être un seul billet et j'espère bientôt commencer "La marche dans la forêt" de Catherine Leroux. A suivre ..

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02 novembre 2019

Lundi mon amour

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"Pensez-vous sincèrement que les fusées soient rouges et blanches à carreaux, comme de vulgaires nappes de pique-nique ? Que l'on perde son temps à dessiner des moutons quand le vaisseau est en panne ? Que l'on croise dans l'espace des êtres pourvus de deux têtes et trois bras ? Que l'on puisse un seul instant s'aventurer au coeur du soleil sans finir en grillade ? Qu'un jour vienne où les hommes ne savent plus retrouver le chemin de la terre ? Les aliens ... parlons-en ... Qui d'entre vous a déjà croisé un alien ? Vous ? Vous ? Personne, c'est bien ce que je pensais !"

Vous vous sentez régulièrement dans la lune ? Vous auriez envie d'y rester ? Harry lui, en fait un objectif réalisable et va même dans une agence de voyage acheter un billet pour sa destination de rêve.

On comprend vite qu'il s'est retrouvé dans un établissement avec des hommes en blanc et des petites pilules à prendre, sans perdre de vue son but. Il accumule tout le papier toilette qu'il peut pour bricoler sa propre fusée et résout les problèmes au fur et à mesure qu'ils se posent pour partir avec son chien. Seule interruption dans la monotonie des jours, la visite de sa mère, tous les lundis.

Voilà une lecture où je me suis sentie tiraillée entre la vision pleine de candeur d'Harry, qui exprime ses émotions simplement, en trouvant toujours le bon côté des autres, cherchant à ne pas les contrarier et ce que l'on sait de ce genre d'établissement et de la difficulté d'être quelqu'un de différent.

La solution est de se laisser emporter par l'écriture poétique de l'auteur et son énorme tendresse pour les personnages atypiques. Une parenthèse bienvenue qui nous fait croire à un monde meilleur.

Sur le blog : La dictature des ronces - Tartes aux pommes et fin du monde - Pas trop saignant - Inauguration de l'ennui

L'avis de Le Petit Carré Jaune Yv

Guillaume Siaudeau - Lundi mon amour - 144 pages
Alma Editeur - 2019

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28 octobre 2019

Rêveries pragoises

 

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"A Prague, je suis toujours dans une brume bienheureuse, comme légèrement ivre, peut-être est-ce ce sentiment  qu'on éprouve après avoir fumé de l'herbe. Dans chaque petit café de Prague, il me semble que j'attends quelqu'un : tantôt Egon Kisch, un journaliste, un reporter sensationnel, disait-on, tantôt Max Brod, l'ami de Kafka, tantôt Milena Jesenska, ou Lenka Reiner, et bien d'autres".

Ce court roman commence par une petite annonce, passée par la narratrice, Tania "Guide pragoise, historienne de l'art connaissant plusieurs langues, écrivaine, conduira un petit groupe "sélect" dans divers coins de Tchéquie".

A sa grande surprise, elle est contactée par .. Alma Mahler qui souhaite visiter la ville de naissance de son mari, Gustav. Puis ce seront Lou Andréa Salomé, Nina Berberova et Irène Nemirovsky. L'auteure nous entraîne dans une rêverie pleine d'esprit, évocation d'une époque culturelle foisonnante, à jamais disparue.

Ces dames ont des caractères bien trempés, en faire un groupe harmonieux n'est pas gagné d'avance, des comptes se règlent, le passé est revu à l'aune de leurs déceptions et de leurs destins aux unes et aux autres. En filigrane se profilent les portraits des hommes qu'elles ont aimé, qui les ont souvent éclipsées, malgré leur talent.

Si vous n'avez pas encore fait connaissance de l'écriture de Tecia Werbowski, n'hésitez pas. Ses romans sont courts, mais l'écriture est d'une finesse et d'une élégance que l'on n'oublie pas. Un certain charme un peu désuet s'en dégage.

"Mes très chères, calmez-vous ! N'êtes-vous pas nées toutes deux au début du XXe siècle, l'une à Pétersbourg, l'autre à Kiev, vous, Nina, en 1901, et vous Irène, deux ans plus tard ? Vous êtes du même âge, toutes deux des écrivaines reconnues, des maîtresses femmes ...
- Bien sûr, en apparence, nous avons beaucoup en commun, coupa Irène, toutes deux venues de Russie, toutes deux émigrées. Des années durant, nous avons vécu en France, mais sans pouvoir obtenir la nationalité française. Que mes papiers n'aient pas été en règle, que je n'aie pas obtenu le statut de Française, cela a joué de façon décisive sur ma destinée tragique".

Sur le blog : Le mur entre nous

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Tecia Werbowski - Rêveries pragoises - 92 pages
Traduit du polonais par Elisabeth Van Wilder
Editions Metropolis - 2009

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27 octobre 2019

Bon dimanche

Sortie de l'album : 30 Octobre - Le site de Michel Jonasz

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22 octobre 2019

Les silences sauvages

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"Le soleil s'est couché, les oiseaux se sont tus. Un avion passe haut dans le ciel, suivi par sa moustache de lait. Elle déteste ce moment, chaque jour, quand la nuit gagne, envahissant les pièces à l'électricité coupée, la repoussant devant les fenêtres, dans les lueurs du lampadaire, pour finir par l'envoyer au lit comme les poules, comme les bébés. Elle remonte le drap jusque sur son visage pour ne plus voir la pénombre vide qui l'entoure. Son lit, un radeau perdu au milieu d'un océan de plancher d'ombre".

Trois femmes, trois histoires captées à un moment significatif de leur vie. Elles ont en commun la solitude, une certaine incompréhension du monde qui les entoure, une manière personnelle de faire face.

Dans la première nouvelle, une femme en prise avec une perte insupportable va essayer de se recomposer une vie complètement différente et va presque y arriver avant d'être rattrapée par l'absurdité de la violence à l'état brut. 

La seconde nouvelle est de loin la plus poignante et la plus magistrale. Une femme seule vit dans un appartement avec son chien. Elle travaille, mais est complètement démunie. Plus d'eau, plus d'électricité, plus de meubles, tout ce qui était vendable a été vendu et par-dessus tout des ruses à n'en plus finir pour cacher à son entourage son état de dénuement. Seule échappée dans cette vie sinistrée, les visites à sa grand-mère dans une maison médicalisée.

La narratrice est amenée à des extrémités éprouvantes pour manger à peu près tous les jours. La chute de cette nouvelle réserve une surprise que je n'avais pas vu venir. Rien de spectaculaire, mais la démonstration que perdue dans son monde intérieur, on peut passer complètement à côté de ce que sont les autres.

Le dernier texte est plus léger en apparence, avec une femme qui part à l'étranger pour son travail et s'attache à des détails concrets pour être à la hauteur de ce que son employeur attend d'elle. Evidemment derrière cette apparence, se dissimule un dilemne qui trouvera peut-être sa solution devant des sortes de "poêles à frire" au bord de l'océan.

L'auteure le dit elle-même "Je partage ma vie entre deux sortes de mondes : celui dans lequel j'existe physiquement et celui que j'habite plus intérieurement, à travers mes fictions". Son monde intérieur est foisonnant, frôle parfois le fantastique et l'étrange et décrit admirablement les pensées qui nous assaillent, les états d'âme qui nous traversent.

Assez différent de "Monde sans oiseaux" ce recueil confirme le talent singulier de Karin Serres. A suivre ..

L'avis de Cathulu

Merci à Babelio et aux Editions Alma

Karin Serres - Les silences sauvages - 229 pages
Alma Editeur - 2019

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07 octobre 2019

Pause

Je fais une pause d'une quinzaine de jours, je n'ai pas la tranquillité d'esprit nécessaire en ce moment pour m'occuper de mon blog. La plupart d'entre vous savent que je suis rouennaise, depuis l'incendie d'une usine Seveso, les préoccupations ne manquent pas et ne paraissent pas se calmer, mon attention est ailleurs. Heureusement, hormis les premiers jours , je lis normalement.

Je ferai une exception pour les quelques partenariats que j'ai acceptés.

A bientôt.

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Festival Zigzag

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06 octobre 2019

Bon dimanche

Le site de Mari Samuelsen

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