09 novembre 2009
Terre des affranchis
Le jeune Victor Luca vit avec son père, sa mère et sa soeur, dans une maison à l'écart du village de Slobozia, en Roumanie. Le père de Victor est brutal, violent, sa mère pieuse et très pratiquante, en dépit du rejet de la religion par le régime communiste.
A l'arrivée au pouvoir de Ceaucescu, le village continue à vivre comme par le passé mélangeant religion orthodoxe et croyances païennes, accordant un respect rempli de crainte aux esprits, fantômes, morts-vivants qui peuplent la forêt voisine et surtout le lac de la Fosse aux Lions au coeur de cette forêt.
Victor n'a pas peur de la Fosse et y trouve refuge, au point de s'apercevoir un jour que le lac le protège et va l'aider à se débarrasser de son père. Ce sera son premier meurtre. Il y en aura un second qui l'obligera à rester caché vingt ans durant dans sa propre maison, farouchement préservé du monde extérieur par sa mère et sa soeur, ne sortant que la nuit pour aller jusqu'à la Fosse.
Le prêtre à qui il a fini par confesser son crime lui confie des manuscrits interdits à recopier, espérant que la méditation sur les textes qui en découlera pourra aider Victor à donner du sens à l'acte qu'il a commis et aboutir à sa rédemption.
"Victor recopia le texte avec grand soin. Il ne voulait commettre aucune erreur qui aurait pu déformer le sens de ce témoignage. Hors de question aussi de gaspiller le précieux papier en en recommençant un exemplaire. Aussi, Ana et Eugénia veillaient-elles discrètement en jetant des coups d'oeil furtifs au-dessus de son épaule. Le travail avançait lentement, mais le résultat était de qualité"
Ce roman envoûtant ne se limite pas à cette histoire là. Il y a avant tout la présence de la nature, toute puissante, la forêt profonde, le lac mystérieux doué d'une vie propre et intervenant toujours pour sauver la mise de Victor. Et aussi le quotidien d'un village, un univers qui paraît archaïque et intemporel, puis le chapitre suivant nous ramène à la réalité qui est le régime de Ceaucescu, sa sécuritate et la terreur qu'elle fait régner.
C'est ce va et vient et le choc entre deux mondes antagonistes qui font la force du récit. Entre les vieilles croyances et la peur du régime en place, les villageois oscillent et se cherchent des boucs émissaires au fil des disparitions qui surviennent.
Victor réussira à s'en sortir jusqu'au bout, trop facilement à mon gré, en profitant d'un sacrifice qui n'est pas le sien. Impossible de ne pas faire une comparaison avec la Roumanie, où tant de "camarades" se sont corrompus et voudraient obtenir un pardon d'office, sans passer par la case reconnaissance des faits et culpabilité.
J'ai plutôt lu cette histoire comme un conte fantastique, très empreint d'une terre et d'un imaginaire lié à cette terre, n'oublions pas que nous ne sommes pas très loin du fief de Dracula. C'est un premier roman qui a du souffle, malgré quelques maladresses. L'écriture est simple et fluide.
Liliane Lazar est née en Moldavie roumaine. Elle a passé son enfance dans la grande forêt qui borde le village de Slobozia, où son père était garde-forestier. Elle a écrit directement en français.
A suivre attentivement ..
L'avis de Cathulu Esmeraldae Kathel Lael Moby Livres Papillon
Lu dans le cadre de l'opération
que je remercie, ainsi que les Editions Gaïa.
Terre des Affranchis - Liliane Lazar - Editions Gaïa - 2009
08 novembre 2009
Challenges
Lorsque j'ai ouvert mon blog, j'ai décidé avec fermeté de ne pas participer aux challenges en tout genre, ni aux swaps. Je n'avais pas envie de me mettre trop de pression, j'étais déjà assez débordée par les aspects techniques du blog.
Mais la blogueuse est faible et n'a pas lu tous les livres .. Certains challenges apparus récemment m'ont amusée par leur facilité et l'implication de leurs auteurs. Le premier auquel j'ai adhéré, vous le connaissez toutes, c'est l'objectif PAL d'Antigone :
Je refuse absolument de compter ma PAL, pas la peine de se faire mal inutilement. Je me contente de noter les livres que je retranche. Je dois avouer que le résultat est plutôt faible, 5 romans depuis le mois d'août. Au moins, je n'ai pas reconstitué une deuxième PAL clandestine comme certaines blogueuses que je ne nommerai pas ..
Le deuxième challenge auquel j'ai cédé est celui de Theoma "les coups de coeur de la blogosphère" qui a déclenché un véritable raz-de-marée, preuve qu'il a dû toucher quelque chose de sensible chez la blogueuse de base.
Le coup de coeur que j'ai proposé est "le canapé rouge" de Michèle Lesbre.
Les deux lectures choisies sont :
- Le chemin des âmes de Joseph Boyden (coup double avec l'objectif Pal)
- La patience de Mauricette de Lucien Suel
Et vous, où en êtes-vous ?
BON DIMANCHE
06 novembre 2009
L'amour est très surestimé
"Nous allons dire aux enfants que leur vie va changer, avec des mots trompeurs et lâches, dire qu'ils ne doivent pas être inquiets. Leurs parents les aiment, c'est ce qui compte, allons-nous répéter. Leurs parents sont laminés, épuisés par les nuits sans sommeil, les tentatives de sauvetage, les longs tunnels comateux, l'espoir enfui, mais leurs parents vont se tenir devant eux, presque souriants, et vont prononcer deux phrases, tout au plus, deux ou trois phrases composées tout spécialement pour l'occasion, un enchaînement de mots qui dira l'amour, l'amour qu'on a pour eux et l'amour qu'on n'a plus pour nous".
Petit recueil de onze nouvelles qui parle de rupture, de désamour, de séparation, d'objets, de manque ... On peut penser que dans certaines nouvelles, c'est la même femme qui s'exprime à des moment différents. La réussite de ces nouvelles est dans le ton, qui pourrait paraître banal mais est tellement juste et subtil. L'impression d'avoir entendu ces mots-là cent fois, que c'est exactement comme cela que çà se passe.
L'ensemble dégage une certaine tristesse, comme toutes les situations qui se terminent mal, mais en même temps la vie va suivre son cours et continuer. Seule la dernière nouvelle échappe à l'échec et parle d'une quinqua qui redit son amour à son mari après le départ des enfants. Une bouffée d'oxygène ..
Je me suis lancée dans cette lecture après une rencontre avec Brigitte Giraud, sur le thème de son dernier livre "une année étrangère". J'ai apprécié ce moment d'échange avec une femme très intéressante et accessible.
L'avis de Clarabel Liliba Sylire
L'amour est très surestimé - Brigitte Giraud - Stock - 2007
04 novembre 2009
La chorale des maîtres bouchers
"1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père."
J'ai été enthousiasmée par ce roman et ne sait comment rendre compte de la richesse que j'y ai trouvée. Bien sûr il y a une trame principale, l'histoire de Fidelis et sa femme Eva, ainsi que celle de Delphine et Cyprian, mais il y a surtout une multitude "d'histoires dans l'histoire" qui en font tout le sel et l'intérêt.
Il s'agit d'une fresque qui s'étend des années 20 aux années 50 et retrace la vie d'une petite ville dans une région très imprégnée de la présence des Indiens. Ils ne sont jamais évoqués frontalement, mais les massacres qui se sont déroulés il n'y a pas si longtemps imprègnent l'atmosphère et les mémoires. Et puis, il y a la grande crise de 1929 qui rend la vie si précaire et si dure.
Louise Erdrich nous parle de gens ordinaires, menant une vie ordinaire (quoique !! pas toujours) et se débrouillant comme ils peuvent avec la rudesse du monde qui les entoure. Les personnalités sont fortes, il y a une nuance infinie de sentiments et d'émotions. J'ai particulièrement été touchée par Delphine qui, pour moi, est l'élément central du livre, Delphine, cette jeune femme lumineuse et sensible, affligée d'un père alcoolique et ingérable qui ne lui révèlera jamais qui était réellement sa mère.
"En entrant dans la cuisine d'Eva, quelque chose de profond arriva à Delphine. Elle ressentit une fabuleuse expansion de son être. Prise de vertige, elle eut l'impression d'une chute en vrille et puis d'un silence, à la façon d'un oiseau qui se pose. Elle s'assit sur le genre de chaise solide à dossier carré qu'appréciait Cyprian pour ses équilibres, pendant qu'Eva tirait d'un pot en terre des cuillérées de grains de café, les versait dans un moulin, puis se mettait à tourner une petite manivelle en fer sur une série d'engrenages qui broyaient les grains torréfiés".
Les années et les évènements se succèdent, les quatre enfants de Fidelis et Eva grandissent. La deuxième guerre mondiale s'annonce. Les deux plus jeunes fils de Fidelis sont repartis en Allemagne et combattront dans les rangs ennemis, tandis que le fils aîné s'engagera dans l'armée américaine.
Les personnages secondaires sont successivement mis en lumière et je n'oublierai pas de sitôt "Un pas et demi" la femme errante, Clarisse, la meilleure amie de Delphine qui manie le couteau avec dextérité, "Tante", la soeur de Fidélis, le shériff Hock et les habitants d'Argus.
"Tante bouillait. Delphine le sentait comme une bouffée de gaz méphitique échappée des égouts municipaux juste au bout de la rue. Sa réputation au bourg, et parmi son groupe de fidèles luthériens, s'était amoindrie quand son propre frère lui avait demandé de quitter sa maison et avait fait venir cette Delphine, une femme qui - Tante rassemblait sans mal les renseignements - était la fille de l'ivrogne du coin, soupçonné de meurtre, un catholique, et même pire, un Polonais, une femme mariée (si elle l'était, on murmurait qu'elle ne l'était pas) à un homme trop beau d'allure étrangère qui vivait sous son toit, une ancienne comédienne de théâtre et, avait-elle besoin de le souligner, presque une p.....".
J'ai trouvé que le récit avait moins de souffle dans le dernier quart ; cette impression a été complètement balayée par le dévoilement dans les dernières pages d'un mystère qui a plané sur tout le livre. Du grand art !
Un excellent roman que je vous recommande chaudement.
J'avais été déçue par "dernier rapport sur les miracles à Little No Horse" lu à sa sortie. Je me demande maintenant si je ne suis pas passée complètement à côté et j'ai l'intention de le relire.
L'avis de GeishaNellie Kathel Keisha Papillon
Je remercie Suzanne de Chez les Filles et le Livre de Poche de m'avoir permis de revenir radicalement sur ma première impression de Louise Erdrich.
La chorale des maîtres bouchers - Louise Erdrich - Albin Michel - 2005
03 novembre 2009
Fin de saison
"En dehors de la peinture et du jardinage, je ne suis bon à rien" Claude Monet.
Le Pont Japonais (1923)
Photos : Jardin Claude Monet - Giverny
01 novembre 2009
Je vois rouge !
Deuxième tag de la semaine ! La responsable est Cathulu, qui m'attribue la couleur rouge .. qui n'est pas vraiment celle qui me correspond le plus. Qu'à cela ne tienne, j'ai trouvé suffisamment de rouge sur mon blog.
Mode d'emploi :
Il faut taguer en couleur !!!. Chaque participant doit rester dans la couleur qui lui a été attribuée.
Mettre un lien sur votre blog vers celui de votre gentil(l)e tagueu(r)se.
Chercher, trouver, photographier 7 choses que vous possédez chez vous, sur votre blog ou vos photos de vacances et qui ont cette couleur ...
Publier ces photos (montage ou pas) sur votre blog perso
Choisir à votre tour 7 pôôôvres victimes et les taguer.
Il y a seulement quelques jours, je vous parlais de l'exposition de Fabienne Verdier. Belle harmonie de rouge et de vert.
Tiens, la même harmonie dans la nature (jardin de Bosmelet)
Un canapé rouge, celui de Michèle Lesbre, évidemment
La porte d'un hôtel-restaurant réputé, à Honfleur
J'aurais pu acheter le livre suivant uniquement à cause des moufles rouges de la couverture. Parfum d'enfance ?
Claude Monet, bien sûr, et ses célèbres coquelicots
et pour terminer, un pavot (jardin du Clos du Coudray)
Il me reste à désigner mes 7 victimes ! Je suis incapable de dire qui l'a fait, qui ne l'a pas fait, alors au hasard .. Anne (Insatiable lectrice) en bleu, Anne (Ptit Lapin) en blanc, Enitram en rouge, Belle de Nuit en violet, Véronique en orange, Kathel en marron, Mango en rose.
Celles qui ne voudront pas le faire auront droit à toute mon indulgence.
BON DIMANCHE
31 octobre 2009
Mange, prie, aime
L'auteur, Elizabeth Gilbert, après un divorce désastreux et une liaison non moins calamiteuse, décide de s'accorder une année sabbatique pour se consacrer à une recherche intérieure spirituelle qui la préoccupe depuis longtemps.
Une arrivée d'argent providentielle lui permet d'envisager un voyage dans l'un des pays suivants : l'Italie, l'Inde ou l'Indonésie (Bali). Ne voulant pas choisir entre ces différentes destinations, elle divise en trois l'année et passera quatre mois dans chacune d'elles.
L'atout majeur de ce récit est l'humour. Elizabeth Gilbert manie l'auto-dérision avec dextérité et bonheur. Elle réussit même à décrire les périodes les plus pénibles de sa vie de manière désopilante, ce qui rend la lecture extrêmement facile et agréable.
Elle arrive dans le premier pays choisi, l'Italie, en miettes, très mal remise de sa liaison, déboussolée. Elle sait seulement qu'elle veut apprendre l'italien, une langue qui l'enchante. Elle vit seule pour la première fois depuis longtemps.
"Je grimpe jusqu'à mon appartement, au quatrième étage, seule. J'entre dans mon minuscule studio, seule. Je ferme la porte derrière moi. Un autre coucher solitaire à Rome. Une autre longue nuit de sommeil devant moi, avec personne ni rien dans mon lit, sinon un tas de guides de conversation et de dictionnaires italiens. Je suis seule, toute seule, complètement seule. En interceptant cette réalité, je lâche mon sac, je tombe à genoux et j'appuie mon front contre le sol. Là, avec ferveur, j'adresse à l'univers une prière de remerciements".
Elle se fait des ami(e)s, apprend laborieusement la langue, et surtout découvre la cuisine italienne. Elle se coule avec facilité dans la vie à Rome et s'attarderait bien là, mais le temps arrive où elle doit partir pour l'Inde, dans un ashram où elle a l'intention d'approfondir sa pratique du yoga et de la méditation.
Le ton change, l'atmosphère aussi. Elle passe de la légèreté et les distractions, à l'ascèse de la prière et du strict minimum. Elle se débat avec son impatience, les douleurs, les ruminations constantes de ses anciennes amours et sa tentation d'y retourner.
"Cela dit, quelle est la bonne heure du jour, ou de la vie, pour rester assise sans bouger et détachée de tout ? Quelle est l'heure où il n'y a pas quelque chose qui bourdonne autour de vous, qui tente de vous distraire et de vous faire sortir de vos gonds ? Aussi ai-je pris une décision, inspirée une fois encore par mon guru, selon laquelle nous sommes tous appelés à devenir les savants de notre propre expérience intérieure. Je me suis dit que j'allais tenter une expérience. Et si pour une fois je m'y collais ?".
Au terme des quatre mois dans l'Ashram, Elizabeth a nettement gagné en calme et en sérénité et ce n'est pas sans une petite appréhension qu'elle part pour Bali, rejoindre un sorcier, sur la vague indication qu'il lui a donnée des années plus tôt, affirmant qu'elle viendrait un jour le rejoindre ..
Après sa relative mise à l'écart du monde en Inde, elle renoue avec une vie sociale à Bali et y découvre une culture qui la séduit et pas seulement la culture .. C'est là qu'elle rencontrera enfin à nouveau l'amour, même si ce n'est pas sous la forme qu'elle l'imaginait. La description de la vie quotidienne sur l'île est très vivante et intéressante, en dépit du fait que c'est dans cette partie que j'ai le plus senti le décalage entre une américaine "nantie" et une population résignée subissant une misère certaine.
Sous une apparence légère, Elizabeth Gilbert pose des questions essentielles et profondes. La sincérité de sa démarche est évidente et fait passer les côtés un peu trop américains à mon goût (prie ardemment et tu obtiendras ce que tu désires, ainsi que quelques relents new-âge ..).
J'ai ouï-dire que le livre va être adapté au cinéma, avec Julia Roberts dans le rôle principal. A suivre ..
L'avis de Abeille Belle de Nuit Géraldine
Elizabeth Gilbert - Mange, Prie, Aime - Calmann-Lévy - 2008
30 octobre 2009
Reflets
Et dans ce miroir incertain
J'ai vu de merveilleux matins ...
J'ai vu des choses
Pâles comme des souvenirs,
Dans l'eau que ne saurait ternir
Nul vent morose.
Poème : Renée de Mirmont, mis en mélodie par Gabriel Fauré
Photo : Giverny
29 octobre 2009
TAG "SI C'ETAIT POSSIBLE, BAH ALORS ..
Les TAG (est-ce que l'on met le pluriel ?) ayant l'air aussi inévitables que les feuilles qui tombent, me voilà embarquée par Mango dans le dernier en date, inventé par Emma (merci Emma).
1) Si on vous proposait d'écrire votre biographie, vous prendriez qui pour nègre ? (et oui, tout le monde n'a pas un don pour la littérature).
George Sand, pour la qualité de son écriture et son franc-parler.
2) Vous êtes en train de lire le tout dernier chapitre d'un livre, celui qui vous a fait passer une nuit blanche, la fin qui vous fait saliver (notez le jeu de mots siouplé) depuis une centaine de pages .. lorsque survient un homme, torse nu. On va dire qu'il s'appelle .. Daniel Craig. Il a l'air chagrin. Il a une petite douleur à l'épaule et est persuadé qu'un petit massage lui ferait le plus grand bien. Que faites-vous ? (P.S. pour les garçons : à la place de Daniel Craig, merci de comprendre .. allez soyons fous Scarlett Johansson, mais en bikini, pas torse nu).
Daniel Craig ? le blond totalement fade ? (je ne vais pas me faire que des amies là !!). Qu'il se débrouille avec sa douleur. Vous m'auriez dit, je ne sais pas moi, au hasard le grand Clint, malgré son âge, je laissais tomber mon bouquin pour voler à son secours..
3) C'est la fin du monde. Quel livre mettriez-vous dans la capsule qui sauvegardera une trace de l'humanité ? (Voudriez-vous vraiment que ce soit Orgueil et Préjugés ?)
Et faut-il vraiment laisser une trace de cette humanité qui aura réussi à s'auto-détruire elle-même ? Après tout je préfère croire que d'autres mondes beaucoup plus avancés et pacifiés que le nôtre n'ont nul besoin de nos petits souvenirs.
4) Quelle est pour vous la pause lecture idéale ?
Dehors, au soleil et à la chaleur, dans une chaise longue, avec la mer devant moi et le silence tout autour.
5) Si vous aviez le pouvoir de trucider/effacer un personnage de roman, ce serait qui ?
Emma Bovary. Désolée, ce n'est pas bien pour une normande qui habite à 20 kilomètres de son fief, mais qu'est-ce qu'elle peut m'énerver celle-là .. et antipathique au possible .. j'ai essayé de relire le roman il y a quelques années, il m'est tombé des mains. Pour me rattraper, j'ai la correspondance Flaubert-Georges Sand qui m'attend dans ma PAL.
6) Sauveriez-vous Voldermort, juste pour avoir une huitième tome ?
Oh non ! il fallait qu'il meure voyons. J'espère seulement que J.K. Rowling va nous concocter une autre série tout aussi passionnante.
7) Jusqu'où êtes-vous allés pour un livre ?
Loin. J'ai dû beaucoup lutter dans ma jeunesse pour d'abord essayer de me procurer des livres, ensuite me cacher pour les lire, n'importe où, n'importe quand. J'ai fait de la résistance dans un monde totalement hostile à la lecture ! J'en ai été réduite à relire entièrement au moins 4 fois la maigre bibliothèque de mon école. Je suis la preuve vivante que si l'on a le goût de la lecture chevillé au corps, rien ne peut nous arrêter.
8) Si vous pouviez retourner dans le passé rencontrer un auteur, ce serait qui ? Quelles seraient vos toutes premières paroles ? (à part "bonjour").
Encore George Sand. Puis-je venir m'installer à Nohant ? Je sens que j'aurais bien aimé la vie là-bas, elle avait de bonnes fréquentations et un amour de sa campagne qui m'émeut.
9) Décrivez la bibliothèque (personnelle ou pas) de vos rêves.
Une grande pièce, remplie d'abord de livres, ensuite de vieux fauteuils confortables et dépareillés. Une cheminée, un feu qui flambe, des tapis aux couleurs chaudes, un bon thé à portée de la main et toujours le silence. Des fenêtres donnant sur une campagne genre anglais ..
10) Vous retournez dans le passé (décidément, bande de veinards) en pleine deuxième guerre mondiale. Quel livre donneriez-vous à Hitler pour qu'il arrête de cramer des bouquins ?
Aucun. Je pense que son cas était désespéré. Je prendrais une bonne grosse encyclopédie, la plus lourde que je puisse soulever et je l'assommerais de manière définitive, pour éviter tout ce qui a suivi.
Qui n'a pas encore fait ce tag et veut s'en emparer ?
28 octobre 2009
LA PETITE TROTTEUSE
"D'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d'une seul coup." (4e de couverture)
Dans la série "je lirai tout de cet auteur", voici ma deuxième lecture de Michèle Lesbre. J'ai moins aimé l'histoire que celle du "Canapé Rouge" mais ce qui importe le plus à mes yeux c'est l'écriture, toujours très délicate et élégante.
Dans ce roman, la narratrice a décidé de visite 30 maisons, pas une de plus, pas une de moins. Elle n'a pas l'intention d'en acheter une, le lecteur se rend compte au fil des pages qu'il s'agit surtout de retrouver son père, ce père tant aimé et qui a gardé tout son mystère.
Comme dans "le canapé rouge" j'ai retrouvé le thème de l'errance, du voyage, de la surprise des rencontres imprévues. Ici encore un homme intriguant, une mère et une fille aubergistes, en compagnie d'un chat orange. Rien de spectaculaire chez Michèle Lesbre, une atmosphère prenante et pleine de subtilités qui me fait tourner les pages avec délectation. Au fond, elle pourrait raconter n'importe quelle histoire, je la suivrais ..
"Mon couvert était mis sur une petite table ronde. Une fleur était posée à côté de mon assiette. J'ai eu une soudaine envie de pleurer, comme si je rentrais chez moi après un drame auquel j'aurais fait face toute la journée, et que j'étais désormais dans une solitude extrême dont je ne me sauverais pas. Je connaissais ce sentiment, mais je ne savais plus dans quelles circonstances il était survenu avec la même violence. Sans doute à plusieurs occasions que je préfèrais ignorer."
L'auteur rend très vivante la présence d'une maison, ce qui l'anime, la mémoire des murs et la dernière qu'elle visite lui réserve une histoire d'amour tragique, face à la mer.
Cette quête des origines est pleine de mélancolie, ce n'est pourtant pas le sentiment de tristesse qui l'emporte. Se remet-on jamais de son enfance ? Peut-être qu'au bout de ce périple la narratrice aura accompli un voyage intérieur lui permettant de se libérer du passé.
"Les choses arrivent, les évènements, les anecdotes, les soubresauts des jours. Parfois la vie semble n'être que cela, rien que cela. Elle se faufile entre une multitude d'accidents heureux ou malheureux, de rencontres et de séparations, de détails infimes dont le sens nous échappe le plus souvent. On se demande quand tout va s'organiser enfin, être tangible, évident".
Je compte bien poursuivre ma découverte de Michèle Lesbre bientôt, peut-être avec "sur le sable".
L'avis de Tania et sans doute bien d'autres, n'hésitez pas à me le signaler.
Michèle Lesbre - La petite trotteuse - Sabine Wespeiser - 2005





















































