Le goût des livres

25 avril 2017

Hiver à Sokcho

thumb-large_dusapin-bandeau_140x210_104"Il ne connaîtrait jamais Sokcho comme moi. On ne pouvait pas prétendre la connaître sans y être né, sans y vivre l'hiver, les odeurs, le poulpe. La solitude."

Premier roman d'une jeune auteure suisse, roman d'atmosphère qui met en scène une rencontre évanescente entre un dessinateur de BD français en mal d'inspiration et une franco-coréenne, employée dans un hôtel décrépi.

Sokcho est un port endormi l'hiver, attendant le retour des touristes, à une cinquantaine de kilomètres de la frontière nord-coréenne. La narratrice et le Français jouent un jeu subtil fait surtout de non-dits, d'imagination et de désir refréné. L'auteure nous transporte dans l'ambiance de cette petite ville, figée dans le froid et l'hiver. Deux solitudes s'observent et se cherchent maladroitement.

J'ai surtout été intéressée par les coutumes de cette région tout près du pays interdit, cerné de barbelés. La narratrice rend souvent visite à sa mère, qui vend du poisson et essaie de maintenir des traditions. Les odeurs, les bruits, la nourriture, tout est décrit de manière sensuelle. De la même façon, la plume, le papier, l'encre du visiteur français se matérialisent sous nos yeux.

C'est un roman prenant, sans que l'on sache trop pourquoi parce que l'histoire est ténue et l'on quitte Sokcho avec regret.

L'avis de Clara Eimelle Jérôme Le petit carré jaune Manika Moka

Elisa Shua Dusapin - Hiver à Sokcho - 140 pages
Editions Zoé - 2016

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23 avril 2017

Bon dimanche

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20 avril 2017

Lettres d'Ogura

couvrectoogura"On ne trouve à Ogura que quatre noms de familles, à parts égales. Il n'y a pourtant nul danger d'endogamie, tant les anciens se souviennent des lignées et veillent à la bonne marche des filiations. Ce sont des noms vieux de siècles, dont on est fier et qui remontent à une époque où la plupart des Japonais n'avaient pour identité qu'un prénom. Quelques anciens en sont les dépositaires officiels, mandatés par des tablettes de bois où ces noms sont inscrits. C'est là l'héritage d'ancêtres qu'on ne remerciera jamais assez de leur passage sur terre, eux dont la vertu a rendu le monde habitable et grâce à qui on est là".

Si vous êtes des fidèles de ce blog, vous savez que j'aime les textes asiatiques minimalistes, qui ne racontent pas grand chose, mais le font très bien, dans une langue épurée et ciselée.

Les lettres d'Ogura n'ont pas été écrites par un Japonais, mais par un fin connaisseur du pays. Comme le précise l'éditeur "Chaque fois les textes se fondent sur une expérience directe et authentique et incitent le lecteur à l'ouverture d'esprit et à la réflexion".

Ogura est un petit village japonais, dans la région de Kyoto, loin des grandes métropoles. Il est en voie d'abandon, les jeunes partent, seuls restent les vieux, gardiens des traditions et des histoires. On y a gardé un mode de vie respectueux des traditions et des valeurs des anciens. Le récit se déroule autour d'une vieille dame de quatre-vingt-six ans et de son quotidien.

Elle a une grande connaissance du village, de ses us et coutumes et bien sûr des habitants. Sa vie est faite de petits gestes, elle maintient ce qu'elle peut, pense à ses enfants au loin, à ses voisins, décrit ses habitudes, l'environnement, en bref tout ce qui a constitué sa vie depuis longtemps.

"Plus les mérites augmentent et mieux les enfants sont protégés. C'est simple. Le rite habituel n'est pas compliqué. Il consiste à offrir quelques fleurs, à planter éventuellement quelques bâtonnets d'encens dans la cendre d'une petite urne, ou à déposer quelques fruits ou pièces de monnaie sur un plateau devant les statues. Ensuite, l'encens monte vers le ciel, on murmure sa supplique en frappant dans ses mains et en y croyant très fort."

C'est lent, c'est beau, jamais ennuyeux. Le texte est parcouru d'un humour léger et on sent l'observateur occidental plein de respect et de bienveillance pour ce monde encore préservé et hors du temps.

"Le soir s'avance. S'il faisait encore jour, elle mettrait un châle et retournerait devant l'entrée de la maison pour regarder la montagne. Après, elle se sentirait mieux. La magie opère chaque fois. Tout ce qu'elle y voit est à elle. La montagne lui appartient et elle en fait partie".

L'insertion de caractères japonais dans le texte ajoute au dépaysement. Une belle collection que je me promets de suivre.

L'auteur a passé sa vie professionnelle au sein du Collège de France dans le domaine de la sinologie. Il a été attaché à la Chaire d'histoire sociale et intellectuelle de la Chine de Jacques Gernet, puis aux Instituts d'Extrême-Orient en tant que maître de conférences.

Le tentateur : Yv

Hubert Delahaye - Lettres d'Ogura - 128 pages
L'Asiathèque - Liminaires - 2017

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18 avril 2017

Les fausses innocences

319PEESeofL__SX210_"Qu'est-ce donc que cet entêtement de la nature humaine à piétiner ce qui s'offre pour courir après ce qui se refuse".

Roger, bourgmestre d'un petit village des cantons de l'Est (frontaliers de l'Allemagne), n'a jamais aimé que Mathilda. Mathilda qui en a épousé un autre, André, le médecin. Un matin, elle vient déclarer à la mairie la mort d'André la veille, dans un accident de voiture, côté allemand.

Roger sait qu'elle ment, pour la bonne raison qu'il a ramené lui-même André la veille au soir au domicile conjugal. André venait de lui avouer qu'il quittait Mathilda, ce que ne pouvait pas accepter Roger. La conclusion qui s'impose est que Mathilda a tué André.

En fait, l'histoire va se révéler nettement moins simple qu'il n'y paraît, d'où le titre bien choisi. Les coupables et les innocents ne sont pas exactement là où l'on pense. L'intrigue est sombre, de plus en plus sombre et Roger est déchiré entre son devoir de bourgmestre et son désir de protéger coûte que coûte Mathilda.

Il vit seul avec sa mère, une vieille femme acariâtre, jamais contente de rien et surtout pas de son fils. Le noeud de l'histoire se situe pendant la guerre, lorsque Roger était absent, prisonnier des Russes. Son frère avait choisi la résistance, lui, en citoyen obéissant s'était laissé enrôler dans la Vehrmacht. Mathilda, toute jeune femme, était arrivée d'Allemagne quelques mois auparavant et avait été accueillie comme une fille par la mère de Roger. A son retour, elle était mariée avec le docteur, il n'a jamais vraiment su ce qui s'était passé.

La mort d'André l'obligera à remonter le temps et à se pencher enfin sur ce qui s'est tramé ces années-là.

Le mois belge d'Anne est l'occasion de découvrir des auteurs et j'ai eu la main heureuse avec Armel Job. J'ai apprécié la construction du roman où les fils se dénouent peu à peu, pas vraiment dans le sens où je m'y attendais. Il décrit une communauté de villageois où chacun se cotoie, se méfie, connaît peu ou prou les secrets des voisins, mais se tait. L'histoire récente pèse encore lourd sur chacun, les passions humaines font le reste.

Un auteur que je n'hésiterai pas à relire.

Lecture commune autour d'Armel Job, avec Anne Argali Kathel

Le mois belge

Armel Job - Les fausses innocences - 216 pages
Editions Robert Laffont - 2005

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17 avril 2017

La photo du lundi

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16 avril 2017

Bon dimanche

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14 avril 2017

La Daronne

La Daronne Métailié"On dit de moi que j'ai mauvais caractère, mais j'estime cette analyse hâtive. C'est vrai que les gens m'énervent vite parce que je les trouve lents et souvent inintéressants. Lorsque par exemple ils essayent de me raconter laborieusement un truc dont en général je me fous, j'ai tendance à les regarder avec une impatience que j'ai peine à dissimuler et ça les vexe. Du coup, ils me trouvent antipathiques. Je n'ai donc pas d'amis ; seulement des connaissances".

Autant le dire d'emblée, c'est un coup de coeur. Et pourtant, les thèmes traités n'ont rien de glamour, ni d'attirant : le trafic de drogue, le fonctionnement de la police, le terrorisme, le déclassement social, la grande misère des vieux dans les Ephad etc ...

Avec une toile de fond des plus sombres, l'auteure parvient à nous faire rire, en menant son histoire tambour battant, dans un langage très éloigné de la langue de bois et du politique correct.

La narratrice a eu une enfance originale, entre une mère juive hantée par ce qu'elle a vécu dans sa jeunesse et un père qui fait des affaires lucratives et discrètes, vu leur caractère assez illégal. C'est pourquoi la famille vit chichement toute l'année, mais s'éclate dans le luxe pendant les vacances, loin des yeux du fisc.

Un mariage heureux, deux petites filles, puis c'est la catastrophe ; la mort brutale du mari, lui-même dans des affaires qui n'assurent pas l'avenir. Il faut travailler : "Et puisque je n'avais rien d'autre à offrir au monde qu'une expertise en fraude en tout genre et un doctorat en langue arabe, je suis devenue traductrice-interprète-judiciaire".

Lorsque le roman commence, la narratrice n'en peut plus de sa vie de misère, peinant à gagner trois sous, écrasée par la charge de sa mère qui lui coûte un bras depuis son AVC et à qui elle rend visite dans l'Ephad où elle est placée.

C'est au cours d'une de ses visites qu'un concours de circonstances l'amènera à franchir une ligne rouge. De l'écoute des trafiquants, elle va passer à trafiquante elle-même sous le nom de "La Daronne".

Racontée comme cela, c'est une histoire comme tant d'autres, mais voilà, il y a l'humour genre feu d'artifice de l'auteure. Ça dézingue dans tous les sens, elle n'y va pas par quatre chemins, les choses sont dites avec une verdeur réjouissante. On en apprend de belles sur le statut des traducteurs au sein de la police et si le trait est forcé par moment, on ne doute pas de la réalité de certaines situations.

Un roman que vous ne lâcherez plus quand vous l'aurez commencé et qui vous fera passer un excellent moment.

"C'est que je pourrais écrire une thèse sur les trafiquants de stupéfiants tant j'en ai écouté et tellement je les connais bien. Leur petite vie est à l'image de celle de n'importe quel cadre de la Défense : totalement dépourvue d'intérêt".

L'auteure, Hannelore Cayre, est avocate pénaliste. L'émission qui m'a donné envie de la lire ici. C'est un bon complément à la lecture.

Merci aux Editions Métailié

L'avis de Cuné Keisha

Hannelore Cayre - La Daronne - 172 pages
Editions Métailié - 2017

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12 avril 2017

Alice ou le choix des armes

Couverture_20-_20Alice_20ou_20le_20choix_20des_20armes0"Elle aimerait pouvoir comprendre comment une personne peut un jour désirer en détruire une autre. Comment une personne peut avec son cerveau et son corps, avec sa bouche, ses mains, son dos, ses avant-bras, avec tout ce qu'elle a  de vivant et d'humain en elle. Comment une personne peut, avec tout ça, grâce à tout ça, orchestrer une destruction, désirer mettre en oeuvre une destruction".

Alice Delcourt est suspectée du meurtre de son ancien responsable hiérarchique, Samuel Tison. Dénoncée par lettre anonyme, elle se retrouve quotidiennement devant un inspecteur de police qui cherche à cerner sa personnalité et son éventuelle implication dans le drame.

En fait, ce que veut Alice, c'est raconter jour après jour la montée progressive de son rejet et de la mise à l'écart de son service. Elle était un rouage important et puis, elle a déplu et est tombée en disgrâce.

Le thème central de l'histoire est donc le harcèlement au travail et tout ce qu'il induit. Cet aspect-là est bien vu et certains extraits laissent présager ce que le roman aurait pu être. On sent, soit le vécu, soit une documentation solide.

Mais j'ai achoppé sur deux obstacles. D'abord je n'ai pas cru à cet échange entre Alice et l'inspecteur. Je ne crois pas qu'un policier ait le temps d'écouter aussi patiemment l'histoire d'une suspecte, plutôt comme un psy finalement que comme un enquêteur.

Ensuite, le style. Des phrases hâchées, pas terminées. Reprises aussitôt. Si au début, j'ai pensé que l'écriture collait bien avec l'état d'esprit d'Alice, j'ai très vite été agacée. Et il a manqué une dimension plus personnelle. L'histoire tourne uniquement autour du travail ; comment Alice vivait à côté, comment son entourage réagissait, nous ne le saurons pas. L'ensemble est un peu froid.

Au final, une lecture en demi-teinte. Sur le sujet, j'avais préféré par exemple "Retour aux mots sauvages".

L'avis de Cathulu Delphine-Olympe Eimelle Yves

Stéphanie Chaillou - Alice ou le choix des armes - 144 pages
Alma Editions - 2016

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09 avril 2017

Bon dimanche

Une chanteuse belgo-haïtienne découverte grâce à Niki.

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07 avril 2017

Le journal de mon père - Tomes 1, 2 et 3

Le grand incendie      La séparation      Couv_1992

La disparition récente de Taniguchi m'a enfin décidée à le lire et j'ai choisi le titre le plus connu je pense, "Le journal de mon père".

C'est l'histoire de Yoichi, qui revient dans sa ville natale, Tottori, au décès de son père. Yoichi ne l'avait pas vu depuis de nombreuses années et l'on comprend que leurs relations n'ont jamais été aisées. Yoichi s'est volontairement éloigné de sa famille en allant vivre à Tokyo, où il s'est marié.

Les trois tomes vont nous permettre de remonter le passé et de comprendre ce qui peut expliquer cet éloignement de Yoichi et comment il s'est forgé une certaine vision de son père. Le premier tome fait référence à l'incendie qui a ravagé une grande partie de la ville de Tottori et a fait exploser le couple parental. Le père de Yoichi, coiffeur, va tout perdre et être obligé de travailler double pour rembourser le prêt accepté à contrecoeur de sa belle-famille.

La mère de Yoichi, délaissée et fatiguée de ne jamais voir son mari autrement qu'au travail, finira par le quitter, en abandonnant les deux enfants. Séparation qui n'est pas expliquée à Yoichi et qui provoquera le malentendu de départ. Sa grande soeur s'occupe de lui, mais il ne pense qu'à retrouver sa mère.

Je ne vais pas en raconter davantage ; j'ai beaucoup aimé cette histoire. D'abord les dessins, clairs et nets, faciles à suivre, le trait précis. Puis les us et coutumes japonais, la veillée du père où la famille se retrouve. Le retour de Yoichi, bien accueilli malgré sa désertion. La compréhension du passé qui s'éclaire peu à peu, avec subtilité et nuances.

Me voilà conquise et je ne demande qu'à continuer avec ce grand auteur. Des titres à me suggérer ?

L'avis de Enna Karine La Comète et sans doute bien d'autres ..

Jirô Taniguchi - Le journal de mon père
Traduit du japonais par Marie-Françoise Monthiers
Tome 1 - Le grand incendie
Tome 2 - La séparation
Tome 3 - L'apaisement

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