Le goût des livres

21 janvier 2019

Le mur entre nous

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"On nous apprend à contrôler nos émotions et à ne pas réagir. Et même à pardonner. Pourquoi ? Pourquoi accepter un comportement qui n'est pas acceptable ? Aurais-je dû, de son vivant, absoudre Zofia Lass de ses péchés ?..."

Iréna Golebiowska vit heureuse entre ses parents polonais Marysia et Stanislaw Golebiowski. Son enfance a été calme et choyée. Pour ses 18 ans, ses parents décident de lui révéler la vérité, à savoir qu'elle a été adoptée. Sa mère naturelle l'a confiée à ce couple de braves gens pendant la guerre. C'était une juive du ghetto de Versovie, Klara Sternschuss. Son père a été fusillé en tant que résistant.

Bouleversée, Iréna se retrouve en possession d'un petit sac laissé par sa mère, jamais ouvert jusqu'à présent. Elle y trouve un manuscrit qui va transformer sa vie. Il relate l'histoire de Klara qui la supplie de lui pardonner de l'avoir abandonnée. La garder aurait été la vouer à la mort.

Seulement, Iréna a déjà lu cette histoire. Une vague tante, Zofia Lass, vue de rares fois pendant son enfance, a écrit un livre semblable point par point au récit de Klara. Il s'avère que c'était sa meilleure amie et qu'elle s'est appropriée son manuscrit, qui est devenu un best-seller.

Dès lors, Iréna ne pensera plus qu'à se venger de cette femme qui a trahi sa mère. La vie passe, elle est dentiste et a émigré au Canada, mais elle ne perd jamais de vue son objectif.

J'ai lu ce court roman d'une traite, curieuse de savoir si Iréna allait atteindre son but et comment. Ce n'est pas une personne sympathique, sa vie est terne, elle est passive, se contente de peu, mais elle est dévorée par la rancoeur contre Zofia et le désir de rendre justice à sa mère.

69 pages élégantes, subtiles, à l'écriture ciselée, sans un mot de trop. Un coup de coeur.

Tecia Werbowski a écrit une dizaine de romans, des nouvelles et un essai. Née à Lwów, en Pologne, pragoise dans l’âme, elle habite au Canada depuis 1968 et partage son temps entre Montréal et Prague. C’est la découverte de l’oeuvre de Nina Berberova qui a incité Tecia Werbowski à écrire. Exaltée par la lecture de L’accompagnatrice, elle a proposé à Hubert Nyssen d’écrire une biographie de l’écrivain russe, puis, sans attendre la réponse de l’éditeur, elle est partie à la rencontre de Berberova. Autour d’une tasse de thé russe, elle fit la connaissance d’une grande dame qui lui conseilla, entre autres choses, de ne pas trop manger si elle voulait devenir écrivaine. Depuis, en digne héritière de Berberova, Tecia Werbowski compose d’une plume délicate et acérée des romans miniatures qui explorent la mécanique des secrets et des mensonges et qui déclinent, en toile de fond, les nuances de la mystérieuse beauté de Prague et les séquelles des violences qui ont lacéré la région. (Présentation des Editions les Allusifs)

Tecia Werbowski - Le mur entre nous - 69 pages
Traduit du polonais par Jacques Parmentier
Actes Sud - 1995

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20 janvier 2019

Bon dimanche

La Compagnie Shantala Shivalingappa ici

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16 janvier 2019

Le vestibule des causes perdues

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"A Espeyrac le temps avait passé, mais les trois filles étaient toujours là où on les avaient laissées, à la terrasse du Café de la place. Le frais du soir tombait sur les épaules. Mara aida Clotilde à porter son sac, une anse chacune, Clotilde dit : voilà, c'est ainsi qu'il faudrait marcher, partager les poids des sacs, les porter à deux. Elles frissonnaient et n'avancaient pas droit, mais ce n'était pas très grave. Ses victuailles à bout de bras dans des sacs plastique, Marie Thé traînait derrière, regardait ces deux-là, leur démarche brinquebalante. Ce qui est bien avec les éclopés de la vie, c'est qu'ils trouvent toujours des choses à se raconter. Et sur ce chemin, il y en avait une sacrée quantité, d'éclopés".

Derrière ce titre un peu énigmatique se cache un roman qui nous entraîne sur les chemins de Compostelle. Nous suivons une bonne dizaine de personnages qui au fil des étapes vont se retrouver, se croiser, se jauger. Il y a ceux qui préfèrent marcher seuls, ceux qui aiment être accompagnés, il y a les lents, les pressés, les bavards, les taciturnes.

Ce qu'ils ont en commun c'est d'avoir été poussés sur le chemin par la nécessité de bouger quelque chose dans leur vie, que ce soit par désespoir ou par un sursaut d'énergie pour certains. Ils n'ont pas tous la foi, loin s'en faut, quelqu'un leur a parlé du chemin par hasard, ou ils pensaient y aller de longue date, c'est selon.

Il y a Mara, la jeune fille qui ne mange pas, dévorée par une souffrance qui la dépasse ; Sept-Lieux, le taiseux qui marche toujours devant, tout seul, dans le silence ; Mathilde et Marie-Thé, les maternantes, qui ne peuvent pas s'empêcher de veiller sur les autres ; Arpad, le jeune Hongrois qui ne parvient pas à digérer une nouvelle qui bouleverse sa vie ; le Breton, Robert, Bruce le parisien, équipé comme un pro et un trio de Brésiliens joyeux, un homme et deux femmes.

Eparpillés au départ, ils feront connaissance petit à petit jusqu'à former un vrai groupe qui ne se lâche plus beaucoup. Une solidarité se créé, malgré les humeurs des uns et des autres, pas toujours au beau fixe.

Plus que du chemin lui-même, il est question ici des relations entres les pélèrins, leur questionnement sur leur histoire, le retour sur ce qui les a amenés là. Ils n'attendent pas forcément de solutions, mais ils comprennent qu'ils n'arriveront pas au bout du chemin comme ils sont partis.

Bien sûr les douleurs et les difficultés physiques sont là, la météo changeante, les étapes trop longues, les soirées maussades, les jours où ça ne va pas, où l'on se demande pourquoi on a fait une folie pareille, mais ce qui domine c'est le plaisir de ne pas lâcher, d'avancer toujours, d'être là, ensemble, de veiller discrètement les uns sur les autres. Et il y a des lieux d'accueil particulièrement ouverts et chaleureux qui redonnent la pêche.

Je ne vous cacherai pas que l'ensemble est parfois un peu trop idyllique, les amours un peu trop miraculeux, mais ce n'est pas grave, je me suis vite attachée à chacun d'entre eux et avait hâte de les retrouver le soir, en imaginant les paysages splendides traversés.

Une lecture distrayante et réconfortante.

L'avis de FondantGrignote

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Manon Moreau - Le vestibule des causes perdues - 480 pages
Pocket - 2014

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13 janvier 2019

Bon dimanche

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11 janvier 2019

La vie selon Florence Gordon

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"Si seulement il parlait ! Si seulement il dansait ! Si seulement il avait envie de faire des choses avec elle - aller au musée ou au théâtre ou dans des bars à karaoké ou se promener à pied, à vélo, ou aller nager ou patiner. Il le faisait mais jamais de bon coeur. Il ne faisait jamais rien de bon coeur sauf lire, faire l'amour et aller au cinéma. Pour le reste, c'était un "franchement, chérie, non, je ne ferai pas ça" dit en souriant. C'était drôle, mais, parfois, ça lui donnait envie de lui réduire le crâne en bouillie".

Ne vous arrêtez pas à la couverture peu attrayante, c'est un phénomène Florence Gordon ! 75 ans, intellectuelle new-yorkaise, féministe pionnière, elle regarde le monde de haut et ne s'embarrasse pas de formules polies pour dire ce qu'elle pense. Elle est brutale dans ses relations sociales et professionnelles. Dans sa vie, elle fait passer son travail avant tout, la seule chose qui l'intéresse vraiment.

Elle a écrit des essais, donné des conférences, participé à des colloques, le tout dans un cercle assez restreint et voilà qu'à son âge, un critique met ses écrits en avant et la transforme en icône. Dans quelle mesure ce changement tardif affectera-t'il sa vie ?

Côté famille, c'est moins brillant. Son fils, Paul, a choisi le métier de policier, Florence ne comprend pas pourquoi. Sa belle-fille l'énerve et sa petite-fille Emily, l'indiffère. Aussi n'accueille-t'elle pas avec un grand enthousiasme l'annonce qu'ils vont habiter à New-York tous les trois pour un moment. Elle n'a pas envie de les voir.

Les seules qu'elle a plaisir à retrouver sont ses vieilles amies de 40 ans, habituées à son caractère abrupt et ne s'en formalisant pas. Ils faut les entendre échanger sur la vieillesse, la maladie, la mort. Ce ne sont pas des mauviettes et elles savent en rire férocement.

Ce roman bourré d'humour brasse un certain nombre de thèmes, le féminisme, la vieillesse, la maladie, la difficulté des relations intra-familiales. Florence entreprend d'écrire ses mémoires et les évènements prenant une tournure inattendue, se révèlera peut-être différente de ce qu'elle a montré toute sa vie.  Emilie, sa petite-fille, à la fois admirative de cette grand'mère atypique, mais aussi mal à l'aise devant sa rudesse, va essayer d'établir une relation suivie avec elle, devinant confusément ce que cache la carapace.

Une lecture qui m'a réjouie, amusée, mais pas que .. Pourquoi ne l'a-t'on pas vu davantage sur les blogs ce roman ? C'est dommage.

L'avis de Cathulu Cuné Kathel

Brian Morton - La vie selon Florence Gordon - 360 pages
Traduit de l'anglais par Michèle Hechter
10/18 - 2017

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08 janvier 2019

Les vérités provisoires

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"Sa carrière de menteur a commencé tôt. Passons sur les fabulations et les cachotteries de la petite enfance, ces parcelles de fantaisie qui sont surtout des terrains d'apprentissage. Plaçons l'aiguille du curseur sur l'année du CM1. Regardons le garçon maladroit avancer dans la cour de récréation de sa nouvelle école primaire, tête basse. Multiplions les microviolences, de la banale insulte à la colle dans les cahiers. Secouons. Attendons que les mécanismes de défense se mettent en place. Première étape : les terribles maux de ventre, que Jules simulait à merveille".

Jules, le narrateur, est le frère malheureux de Céline. Céline a disparu deux ans auparavant, sans laisser la moindre trace. L'enquête de police n'a rien donné, c'est le noir total. La mère est partie au loin, le père survit comme il peut et Jules se laisse ballotter par la vie, taraudé par ses souvenirs d'enfance et l'absence de sa soeur.

Il décide d'emménager dans son appartement, espérant trouver des indices sur ce qui aurait pu motiver sa disparition. Il va faire fortuitement la connaissance de sa voisine, Bénédicte, une lueur bienvenue dans son flou quotidien.

Car Jules est quelqu'un d'assez peu cernable. Très vaguement étudiant, menteur invétéré, passif, il n'a rien pour attirer la sympathie et pourtant, c'est un tendre et un sensible. Pourrait-il survivre s'il ne mentait pas autant ? En pénétrant progressivement dans les méandres de ses pensées, on le comprend tout en ayant envie de le secouer et de lui dire de se dépouiller enfin des faux-semblants qui l'encombrent.

Je retrouve ici avec plaisir la plume d'Arnaud Dudek, découvert avec Tant bien que mal. L'histoire est difficile, mais le ton décalé la rend légère. Tout n'est pas expliqué, comme dans la vie, et j'aime qu'il reste des zones d'ombre à la fin, laissées à l'appréciation du lecteur.

L'avis de Leiloona Le Petit Carré Jaune Yv Zazy

Arnaud Dudek - Les vérités provisoires - 165 pages
Pocket - 2018

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06 janvier 2019

Bon dimanche

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04 janvier 2019

Je lis donc je suis

Voici le tag rituel du début de l'année que j'ai toujours plaisir à faire. Je rappelle le principe : répondre à un questionnaire en utilisant exclusivement les titres de l'année 2018 chroniqués sur le blog.

Décris-toi : La fille du roi des marais

Comment te sens-tu ? : A contre-courant

Décris où tu vis actuellement : Une verrière sous le ciel

Si tu pouvais aller où tu veux, où irais-tu ? Passage des ombres

Ton moyen de transport préféré : Marche autant que tu pourras

Ton/ta meilleur(e) ami(e) est ? Maria

Toi et tes amis, vous êtes ? Les vivants et les ombres

Comment est le temps ? Des jours d'une stupéfiante clarté

Quel est ton moment préféré de la journée ? Un ciel rouge, le matin

Qu'est la vie pour toi ? Une vie entière

Ta peur ? Mon voisin Raymond

Quel est le conseil que tu as à donner ? Ouvre les yeux

La pensée du jour : Madame rêve

Comment aimerais-tu mourir ? Tant bien que mal

Les conditions actuelles de ton âme ? Inauguration de l'ennui

Ton rêve ? Une maison parmi les arbres

A vous de jouer ..

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Berthe Morisot

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03 janvier 2019

Le pèlerin de Shikoku

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"Lorsque, après une longue marche, j'arrive sans transition au coeur d'un site magnifique, au sommet d'une montagne qui abrite plusieurs temples majestueux, mes sens aiguisés sont à fleur de peau. Je suis un organisme extrêmement sensible quand je franchis la porte d'enceinte du temple, j'en perçois d'autant plus la beauté et toute la subtilité. Tout me semble judicieusement disposé. La pagode, les sculptures, les lanternes sont à leur juste place et, à chaque fois, cette acuité déclenche un choc esthétique. Il y a là une parfaite harmonie entre la nature et ce qu'ont construit les hommes, ces derniers n'ayant sans doute pas bâti ce temple à cet endroit par hasard, même si j'ignore souvent les motivations profondes qui les ont poussés à le faire précisément là."

J'ai déjà eu l'occasion de vous parler du pèlerinage de Shikoku, une île du Japon, ici. Pour mémoire 1200 kilomètres, 88 temples, une marche de 40 jours à raison de 35-40 kilomètres par jour. J'ai retrouvé avec grand plaisir les impressions de ma précédente lecture. L'auteur s'est lancé seul dans ce périple, avec une certaine inquiétude au début sur son aptitude à aller jusqu'au bout, puis avec de plus en plus d'aisance et de bonheur.

L'île réserve des contrastes importants, entre les marches dans les forêts de bambous, les escaliers pour grimper aux temples, le bord de mer parfois caché par de hauts murs censés protéger des tsunamis, mais aussi des zones très urbanisées sans beaucoup d'intérêt.

L'auteur respecte les rites boudhistes ou shintoïstes en vigueur et explique l'origine historique des temples. Il est lui-même très respecté par les Japonais qu'il rencontre, faire le pèlerinage dans sa totalité est particulièrement bien vu et digne d'attention. Sa tunique blanche et son bâton le signale sans conteste comme un "henro" et on lui offre régulièrement des victuailles sur le chemin, c'est la tradition.

L'auteur décrit très finement les paysages qu'il traverse, auxquels il est de plus en plus sensible. Il fait corps avec la nature et n'est jamais plus heureux qu'en marchant seul dans une forêt de bambous. Il aimerait que son périple ne se termine pas.

Il est tout aussi sensible aux liens qu'il noue avec des pèlerins comme lui qu'il retrouve au gré des étapes et qui le familiarise avec le style de vie des Japonais. Les haltes du soir sont souvent un régal, avec les bains traditionnels ainsi que l'accueil, en général fait par de vieilles personnes aux petits soins, avec des repas minutieusement composés.

L'auteur ne cache pas pour autant ses difficultés surtout les premiers jours où il a eu les pieds dans un état lamentable. Il y a les jours de mauvaise humeur où rien ne se passe comme prévu, les intérieurs japonais où l'on vit au ras du sol le mettent parfois au supplice, mais de jour en jour il s'aguerrit jusqu'à ne plus sentir les protestations du corps.

Le récit est ponctué des haïkus de Taneda Santoka :

Mouillé de rosée
Matinale, je vais
Par où je veux

"En chemin, une femme m'interpelle d'un "osettai* !" plein de promesses ; elle file dans sa cuisine et en ressort avec quatre boules de riz parfumé encore chaudes, soigneusement enveloppées dans un papier décoré de motifs floraux. Je les glisse dans ma besace en la remerciant. Aujourd'hui, je n'ai pas trop envie du traditionnel pique-nique en bord de chemin ; j'ai repéré sur la carte, plus loin, un restaurant dont les udon* constituent la spécialité. Au cas où celui-ci serait fermé, il y en a un autre, tout près d'Iyadaniji. Je mangerai le cadeau de cette femme plus tard, peut-être demain. C'est là un des mystères du pèlerinage : les choses arrivent souvent au bon moment, mais on ne s'en aperçoit pas tout de suite. Un quart d'heure plus tard, je tombe sur une porte close au restaurant d'udon et, un kilomètre plus loin, l'auberge près du temple est fermée elle aussi. Il n'y a aucun kombini* à proximité sur lequel se rabattre".

Un indispensable et un coup de coeur.

* Ossetai : tous les cadeaux ou offrandes destinés aux pèlerins qui peuvent l'aider dans son entreprise
* Udon : nouilles de farine de blé tendre, spécialité de la Préfecture de Kagawa
* Kombini : tout type de magasin d'alimentation

Biographie de l'auteur ici

Thierry Pacquier - Le pèlerin de Shikoku - 249 pages
Editions Transboréal - 2018

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01 janvier 2019

Bonne année !

A vous qui passez par ici, belle année 2019. Qu'elle soit à la hauteur de vos attentes et de vos souhaits !

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