Le goût des livres

23 août 2019

Traité de la cabane solitaire

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"Le thé appelle la vision de cabanes, de montagnes et de déserts, de voyages et d'horizons lointains, de rencontre entre voyageurs. Dans la solitude, il incite à la réflexion, à la méditation et au souvenir. Même lorsque nous sommes seuls, les gestes rituels du thé nous relient aux autres hommes. Lorsque, près de sa cabane, on fait chauffer l'eau sur la braise dans une bouilloire de fonte, le monde est vaste et sans limites".

J'ai découvert l'auteur l'an dernier avec "Ma vie dans les monts" et j'ai eu envie de continuer par cette parution plus ancienne, où j'ai retrouvé le mélange qui m'avait plu, entre voyages, pratique spirituelle, réflexions sur la société, immersions dans la nature.

Si le narrateur étudie en profondeur le zen et les écrits anciens, il consacre aussi beaucoup de temps à des travaux physiques durs, défricher, rebâtir, de préférence dans des coins perdus. Curieusement, j'ai d'abord regretté les digressions qui nous éloignaient des cabanes avant de me laisser porter par les pérégrinations de ce grand voyageur.

C'est une lecture consistante, riche en références et qui renvoie à d'autres lectures. Je n'ai pas pu suivre l'auteur dans ses réflexions sur le boudhisme zen, trop pointues pour moi, ce qui n'empêche en rien d'apprécier l'ensemble, très bien écrit.

"Le malaise existentiel, lorsqu'il atteint une certaine intensité, demande, pour guérir, un retrait à l'écart, une régression matricielle. On se roule dans une couverture-placenta, on se couche dans un lit, on s'isole dans une cabane au fond des bois. Quelquefois, dans une voiture, on roule vers nulle part, vers ailleurs, vers un horizon, une cabane solitaire. La confusion passionnelle et la souffrance, lorsque l'on ne sait à qui parler, lorsque l'on ne sait trouver d'issue, demande pour s'épuiser solitude et silence. Heureux celui qui, parce qu'il a la possibilité de se libérer de ses attaches, ou qu'il n'en a pas encore, peut partir sur les routes, errer par le monde, planter un jour son bâton de marche en disant : "Ici", et y contruire sa cabane."

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Antoine Marcel - Traité de la cabane solitaire - 192 pages
Arléa - 2011

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19 août 2019

L'appel du coucou

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"Sans doute Miss Temporary Solutions allumait-elle l'ordinateur, de sorte qu'elle ne tarderait pas à constater qu'il n'avait pas reçu en trois semaines le moindre mail en rapport avec une offre de travail. Ensuite, à sa demande, elle ouvrirait les enveloppes de mise en demeure. Exténué, endolori et affamé, Strike posa sa tête sur son bureau et l'entoura de ses bras pour se boucher les yeux et les oreilles et n'avoir pas à écouter de l'autre côté de la porte une étrangère découvrir toute l'étendue de son humiliation."

Je fais partie des fans d'Harry Potter, le célèbre petit sorcier, et je savais que tôt ou tard, je lirais les romans "adulte" de la même auteure, écrits sous le pseudo de Robert Galbraith.

J'ai donc fait la connaissance du privé, Cormoran Strike, et de sa dynamique secrétaire, Robin. Cormoran est dans une situation catastrophique. Revenu d'Afghanistan avec une jambe en moins, il végète lamentablement, n'a pas de travail, vient d'être viré par sa copine Charlotte et se retrouve à dormir dans son bureau sur un lit de camp, en attendant la catastrophe finale.

Robin est secrétaire intérimaire, son agence l'envoie chez Strike, qui est à deux doigts de la renvoyer sur le champ, n'ayant ni argent, ni travail à lui donner. Robin vient d'être demandée en mariage par Matthew, elle est sur un petit nuage et ravie de se retrouver chez un détective privé, métier qui la fait rêver.

Cette histoire est bien mal partie, mais un client inattendu se présente. Sa soeur, un mannequin très célèbre, est morte trois mois plus tôt, tombée de son balcon et tuée sur le coup. Il s'agit officiellement d'un suicide, mais son frère n'y croit pas du tout et demande à Strike d'enquêter. Détail non négligeable, il met un gros chèque sur la table.

Comme dans tout bon polar qui se respecte, le personnage principal, celui auquel on s'intéresse le plus, c'est l'enquêteur. Cormoran est un gros ours mal léché, au passé familial compliqué : une mère droguée et disparue depuis longtemps, un père illégitime rock-star plein au as, avec qui il ne veut rien avoir à faire. Il a trouvé son équilibre dans l'armée, armée qu'il a dû quitter après son accident.

Robin se révèle une secrétaire hors-pair, et une collaboratrice précieuse pour Cormoran. Elle adore ce travail et fait la sourde oreille aux reproches de Matthew qui n'apprécie guère les horaires à rallonge de sa future femme.

Le suspense est lié aux deux aspects du roman. L'enquête, sur un faux suicide, avec des ramifications dans tous les sens et la relation Cormoran-Robin, vouée à s'arrêter très vite et dont on pressent qu'elle va durer plus longtemps que prévu, pour notre plus grand plaisir de lectrice.

Le ton du roman est aussi enlevé que dans Harry Potter, mêlant le tragique, l'humour, la surprise, les revirements. Bref, j'ai aimé et je suis prête à poursuivre la série en cours.

L'avis de Alex Dominique Enna Jackie Brown Noukette Sylire

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Robert Galbraith - L'appel du coucou - 696 pages
Traduit de l'anglais par François Rosso
Le Livre de Poche - 2014

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18 août 2019

Bon dimanche

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15 août 2019

La terre invisible

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"Nous roulions vers Dinslaken où le régiment de Collins venait d'être affecté. Il tombait une pluie d'été, le soleil la traversait, elle lavait la route et les bâches des camions, elle me berçait aussi. McFee conduisait en sifflotant tout bas. A coté de lui Collins observait les champs. J'étais assis à l'arrière. Depuis un mois la guerre était finie. Les routes étaient bien dégagées, des ruches se dressaient au milieu des prairies en fleurs. Peut-être à cause de la pluie qui me berçait, des flots d'images me revenaient comme dans un rêve. Soudain je me penchai vers Collins et lui dit dans un demi-sommeil et sans vraiment réfléchir : "Collins, qu'est-ce que nous avons vu là-bas ?".

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture d'Hubert Mingarelli dans ce nouveau roman. Il y fait preuve d'un style toujours aussi épuré, minimaliste, sensible, plus porté vers la suggestion que sur les explications.

Je n'ai pas été déçue du tout par le style en effet, fidèle à lui-même. Par contre, l'histoire m'a perdue en route. Nous suivons un photographe accompagnant l'armée anglaise à la fin de la guerre, en 1945, en Allemagne. Quelques jours auparavant, ils ont été les premiers à pénétrer dans un camp de concentration et le narrateur est hanté par ce qu'il y a vu.

Au lieu de rentrer en Angleterre comme prévu, il décide de rester quelques jours et de photographier les habitants de la région, dans une tentative un peu folle de comprendre comment ces gens ont pu laisser faire de telles horreurs.

Il prend la route avec un jeune soldat qui lui sert de chauffeur. Le jeune homme est arrivé après les combats, il n'a participé à rien et ne comprend pas la démarche du photographe, mais il est content d'être en mouvement. C'est un garçon tourmenté, au passé que nous devinons difficile.

Le curieux duo se met en route dans un paysage dévasté, où leur présence est problématique. Le photographe procède sans méthode, à l'inspiration et selon les circonstances. Ils dorment dans la voiture ou dans des granges, se nourrissent des rations qu'ils ont emportées.

Une relation fragile se noue entre les deux hommes, chacun ayant à coeur d'en livrer le moins possible à l'autre. Les mots sont rares.

Ce qui m'a gênée, c'est qu'à aucun moment je n'ai senti la raison ou la nécessité de cette errance, pas plus que les véritables motivations du photographe. Je ne suis pas contre laisser un certain mystère planer, mais là il est trop obscur pour que je me sois attachée aux personnages. Par ailleurs, la fin ne m'a pas paru crédible avec un geste tout-à-fait inattendu venant du soldat.

Une déception donc, mais j'aime cet auteur et j'attendrai le prochain roman avec intérêt.

Merci à Masse Critique et aux Editions Buchet-Chastel

Hubert Mingarelli - La terre invisible - 192 pages
Editions Buchet-Chastel - Août 2019

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11 août 2019

Bon dimanche

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07 août 2019

En lieu sûr

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"Laisser notre marque sur le monde. Au lieu de cela, c'est le monde qui nous a laissé des marques. Nous avons avancé en âge. La vie s'est chargée de nous assagir, en sorte qu'aujourd'hui nous gisons dans l'attente de mourir ou marchons avec des cannes ou séjournons sur des galeries où jadis les fluides de la jeunesse circulaient puissamment, et nous nous sentons vieux, mal fichus et désemparés".

Depuis le temps que Keisha et Dominique en font l'éloge, j'ai enfin lu Wallace Stegner et j'en ressors aussi enthousiaste qu'elles.

L'histoire est pourtant assez banale, sur fond d'amitié indéfectible de deux couples, dans les années trente, aux Etats-Unis, le Wisconsin exactement. Les deux hommes sont professeurs d'université et les deux femmes sont enceintes en même temps.

Le roman s'ouvre sur une scène de retrouvailles. Ils sont tous âgés et ne se sont pas vus depuis un certain temps. L'une d'entre eux est malade et au terme de sa vie. Elle veut retrouver tout le monde avant de mourir et organiser un dernier pique-nique.

C'est l'occasion pour Larry, le narrateur, de remonter à leurs jeunes années et de raconter leur histoire depuis le début. Les années sont habilement mélangées pour que nous comprenions que les promesses de départ n'ont pas forcément été tenues, la vie s'est chargée d'amener son lot d'épreuves et de contretemps, mais l'amitié des couples a tenu bon contre vents et marées et ce, malgré la différence importante de statut social entre les deux familles.

Ce qui fait la force du roman, c'est la finesse psychologique de l'auteur qui décrit avec précision les pensées et les émotions de chacun. C'est également un tableau de la vie dans les milieux universitaires américains et leur logique contraignante et souvent injuste. Le dernier chapitre qui aborde la fin de vie est particulièrement poignant et questionnant.

Au final un grand plaisir de lecture et une seule envie : continuer à lire l'auteur.

L'avis de Autist Reading Cathulu Dominique Hélène Kathel Keisha Luocine

Wallace Stegner - En lieu sûr - 415 pages
Traduit par Eric Chedaille
Editions Gallmeister (Totem) - 2017

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04 août 2019

Bon dimanche

Pour la reprise de la vidéo du dimanche, vous ne refuserez pas une petite visite chez Béatrix Potter ..

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31 juillet 2019

Le chagrin des vivants

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"En ce début de semaine, il n'y aura pas foule, la vaste piste sera glaciale. Comme la direction n'autorise pas le port des lainages à l'intérieur, les filles essaient toutes les ruses possibles : coudre des couches supplémentaires sous leurs robes, ou porter deux paires de bas, mais rien ne marchera guère par un lundi après-midi hivernal ; votre seul espoir est d'être choisie et de bouger en permanence de façon à ne pas devoir rester immobile trop longtemps".

Deuxième lecture de l'auteure après l'excellent "La salle de bal" et mon impression est tout aussi bonne.

Nous sommes en 1920. Les traces de la guerre sont omniprésentes dans les coeurs, dans les corps et dans l'aspect de la ville (Londres). Nous allons suivre la vie de trois femmes qui ont eu à souffrir de cette guerre, à travers un fils, un frère, un fiancé. Elles ne se connaissent pas, mais sans le savoir elles sont reliées les unes aux autres.

L'histoire se déroule sur cinq jours, le temps qu'il a fallu pour acheminer le corps du soldat inconnu britannique jusqu'à Londres avec pour apothéose une grande manifestation populaire.

J'ai apprécié le choix de points de vue féminins sur cette période. Non seulement ces femmes sont face à des deuils quasiment impossibles, mais elles doivent batailler ferme pour gagner un peu de liberté dans une société encore très corsetée. Je pense surtout à Evelyn, membre d'une famille riche et éminente. Ou à Hettie, obligée de s'effacer en permanence devant son frère, incapable de reprendre une vie normale.

De leur côté, les hommes qui sont revenus sont rarement intacts, que ce soit physiquement ou moralement. Les plus touchés en sont réduits à mendier des aides que l'Etat, qui les a envoyés à la boucherie, ne leur accorde qu'avec parcimonie.

Les trois portraits de femmes sont touchants et fouillés. Au terme de l'hommage au soldat inconnu, diversement vécu par la population, peut-être arriveront-elles à envisager un autre avenir, moins désespérant.

Lecture commune avec Anne des mots et des notes Anne Mon Petit Chapitre Béa Comète George Ingannmic Jackie Brown

Asphodèle ne reprend pas son blog, mais elle a souhaité participer avec nous à cette lecture commune. Voici son billet :

Londres du 7 au 11 novembre 1920. Les anglais se préparent à l'arrivée avec tambours et trompettes du soldat inconnu. La population se remet difficilement de la guerre et à travers le destin de trois femmes, Ada, la cinquantaine, Evelyne 30 ans et Hettie 18 ans, Anna Hope nous brosse un portrait édifiant des ravages laissés par la guerre, à tous les étages de la société.

A l'instar d'Ada qui voit son fils disparu partout et délaisse son époux. Hettie danse tous les après-midis pour 6 pence la danse afin de compenser le vide financier laissé par son frère revenu mutique et traumatisé. Enfin, Evelyne, bourgeoise, amère, aigrie, travaille comme une forcenée pour oublier Fraser son fiancé mort pour la patrie. Et je n'oublie pas le frère d'Evelyn, le capitaine Montfort qui s'adonne à l'alcool et à la coke depuis son retour. Il faut dire qu'il est revenu mais... certaines choses se paient après. Pourtant c'était un si charmant garçon.

Curieusement, le hasard -car le hasard fait bien les choses on le sait, surtout dans les romans- ces trois destins de femmes vont se croiser, s'effleurer le temps de ces quatre jours, comme si leurs morts, incarnés par ce soldat inconnu essayaient de leur envoyer un dernier message. Tout cela ravive les vieilles croûtes qui commençaient à sécher. Certains ne veulent pas y aller, trouvant cela hypocrite et d'autres vont se précipiter pour ne pas oublier.

La fin m'a un peu décontenancée ce qui m'empêche d'en faire un coup de coeur total mais j'ai beaucoup aimé cette lecture, comme un orage d'été imprévisible, une lecture lourde d'émotions, de chagrin mélancolique. C'est un livre sur le deuil et ce que nous laissent les morts : un chagrin irréversible. Un chagrin dans lequel certains s'enfoncent là où d'autres le refoulent et d'autres encore le nient avant d'en faire une force. Cependant, ce sujet douloureux est traité avec tact et sincérité. Une lecture que je recommande malgré le sujet... 

A bientôt peut-être sur mon blog, je ne vous oublie pas...
Asphodèle

Anna Hope - Le chagrin des vivants - 432 pages
Traduit de l'anglais par Elodie Leplat
Folio - 2017

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12 juin 2019

PAUSE

L'heure des vacances a sonné ! Je pars quelque part par là .. avec des livres et sans internet. Retour début juillet. A bientôt.

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10 juin 2019

Olga et les siens

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"Heureusement, me dirai-je plus tard, elle n'aura pas su alors ce qui était arrivé à Helena. Elle aura eu, j'aurai eu, un peu de répit. Une sorte d'état de grâce, un état d'apesanteur pourrait-on dire, ne pas avoir connaissance de ce qui s'était passé permettait de vivre encore d'espoir. Bien sûr, en ce temps-là, je ne saurai rien de tout cela, j'ignorerai que ma grand-mère ne reviendra pas, que mes autres grands-parents n'existent plus, que cette famille dont ma mère me parlait de temps à autre, dont je connaîtrai les prénoms sans savoir à quels visages ils correspondent, que cette famille donc n'est plus qu'une illusion d'optique, un leurre dans un album de photos, un univers détruit que rien ne permettra de reconstruire."

Le choix d'un livre tient parfois à peu de chose, ici le souvenir lointain d'un village découvert il y a quelques décennies, Curemonte, en Corrèze, un village tranquille, dominé par les tours de ses trois châteaux. J'avais appris, à l'époque, que Colette y avait séjourné pendant la guerre, chez sa fille, Colette de Jouvenel.

Le hasard fait que je vais y retourner cette année, je me suis donc intéressée à la parution de ce récit. Je savais seulement au départ que c'était l'histoire d'une famille juive qui s'était réfugiée là pendant la guerre. En fait, le périple d'Olga et les siens nous emmène aussi à Nice, à Paris, un peu partout en Europe de l'Est, aux Etats-Unis, en Israël, là où la nombreuse parentèle de l'auteur a pu trouver refuge.

L'auteur choisit de raconter l'histoire à la fois au passé et au présent. Il s'est livré d'abord à une narration du passé d'après les échos familiaux, qu'il ponctue de passages où il donne son point de vue d'adulte sur ce qu'il a pu recueillir ensuite en faisant des recherches.

1940. L'exode. Olga et les siens fuient Paris, comme tant d'autres, mais pour eux ce n'est pas la première fuite. Ils ont déjà dû quitter leurs pays respectifs, qui la Pologne, qui la Russie ou la Bucovine. Ils pensaient avoir trouvé la tranquillité, les voilà pourtant à nouveau sur les routes. Le hasard leur fait passer une nuit dans un petit village perdu, Curemonte, d'où ils doivent repartir vers Nice. Mais le mari d'Olga (Ola) tombe malade et meurt brutalement.

Les villageois, touchés par le désarroi de la jeune veuve, vont l'aider dans la mesure de leurs moyens. Les réfugiés ont été bien accueillis et quand le moment viendra de reprendre la route, Olga va décider de rester là. Elle a besoin d'être seule, un peu à l'écart.

Je n'en dirai pas beaucoup plus sur l'histoire qui est extrêmement détaillée et foisonnante, impossible à résumer. J'ai cru au départ être noyée sous l'abondance justement de détails et de personnages, j'ai pensé que je ne m'en sortirais pas. J'ai donc décidé de me centrer sur les principaux membres de la famille, Olga, son frère Izio et sa femme Fela, leur mère Helena. L'auteur, né en 1941, est le fils de Fela et d'Izio.

Nous les suivons pendant les années de guerre et au-delà. Si la vie en zone libre est supportable dans les premiers temps, il n'en sera pas de même lorsque les Allemands arriveront. Certains seront obligés de reprendre la route et de se cacher plus loin, d'autres se feront arrêter.

A Curemonte, Olga s'est intégrée à la vie du village, rend service autant qu'elle peut, fait connaissance avec les uns et les autres. Tout le monde sait qui elle est, personne ne la dénoncera jamais, pas plus que sa famille. Elle se démène pour trouver de la nourriture à envoyer à Nice, elle fera quelques incursions dangereuses à Paris, où son défunt mari avait des affaires, confiées dorénavant à un aryen. Il faut bien récupérer de l'argent.

La diversité des trajets des uns et des autres montre qu'il y avait différentes manières de vivre pendant cette occupation, à condition de faire les bonnes rencontres et d'être prêt à toute éventualité. Tous n'ont pas eu cette opportunité. Pendant toute la durée de la guerre, Fela et les autres se feront énormément de souci pour les familles restées à l'Est dont ils n'ont bien sûr aucune nouvelle. L'annonce progressive, après la guerre, de ce qui est véritablement arrivé sera un choc violent. Fela notamment ne s'en remettra jamais.

J'ai été intéressée par l'aspect vie quotidienne des uns et des autres sous l'occupation, on est dans le concret. Je ne savais pas que Colette de Jouvenel s'était autant impliquée dans la résistance. Olga s'entend bien avec elle, ce sont des femmes qui sont dans l'action et ne se laissent pas abattre. Olga qui menait une vie plutôt mondaine et aisée se glisse sans peine dans la peau d'une paysanne du coin.

C'est une lecture qui demande de la persévérance, persévérance récompensée par une belle richesse humaine. L'auteur a laissé un document précieux à ses enfants, ses petits-enfants avant tout et au-delà à tout lecteur intéressé.

"Le train-train quotidien reste le même. Ola passe parfois au château, elle vient y boire du thé, cette boisson devenue rarissime. La complicité qui a rapproché Ola et Colette de Jouvenel pour diverses activités au cours des trois années écoulées est réelle, mais Ola n'aime pas jouer les pique-assiettes, alors elle ne vient que de temps à autre. Elle sait que les finances de cette femme ne sont guère florissantes et que les gens réellement généreux ne sont jamais des gens riches. Si on garde beaucoup, c'est qu'on partage peu. Bel-Gazou et elle font partie des gens qui savent partager."

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Alain Jomy - Olga et les siens - 450 pages
Alma Editeur - 2018

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