51mnXGnZYNL__SX195_"Ils étaient tombés d'accord : si c'était un garçon, Lars choisirait le prénom de l'enfant, et si c'était une fille, c'était Cynthia qui le ferait. Eva Louise Thorvald naquit quinze jours avant terme, le 2 Juin 1989, en affichant avec assurance un poids de 4,6 kilos. La première fois que Lars la tint dans ses bras, son coeur fondit sur elle comme du beurre sur une tranche de pain chaud, et plus jamais il ne pourrait le récupérer. Pendant que la mère et le bébé dormaient dans la chambre d'hôpital, il sortit sur le parking, s'assit dans sa Dodge Omni et pleura comme un homme qui n'avait jamais rien désiré avant ce jour".

Deux grandes tentatrices qui s'unissent pour vous vanter un roman, il n'en faut pas plus à la blogueuse influençable pour se laisser entraîner à son tour dans les cuisines du Grand Midwest.

Et vous savez quoi ? je ne regrette rien. C'est la lecture parfaite pour les vacances, vous avez encore le temps de la glisser dans votre valise.

C'est l'histoire d'Eva Thorvald, dont nous faisons la connaissance bébé. Son père Lars lui concocte déjà des menus de gastronome, tandis que sa mère s'éloigne sur la pointe des pieds, estimant qu'elle a une autre vie à vivre que celle de mère de famille. Dès les premières pages, le ton adopté par l'auteure m'a fait fondre, un mélange de tendresse et d'humour bien dosé, avec un tas de personnages attachants.

Si au départ, le personnage principal est Eva, on s'en éloigne ensuite, mais tout nous y ramène de manière détournée, ce qui fait que nous suivons facilement sa progression en tant que petit prodige de la cuisine et du goût. Il ne faut pas craindre la multiplicité des histoires dans l'histoire, elles finissent toutes par se rejoindre et je ne me suis jamais sentie perdue. Elle apportent aussi à chaque fois une pierre à l'édifice qui nous fait comprendre le mal-être d'Eva, qui en dépit d'une brillante réussite, se sent toujours la petite fille abandonnée par sa mère.

C'est un roman qui pétille, qui touche, qui rend plus compréhensif vis-à-vis des uns et des autres et qui ravira les gourmands. Quelques recettes émaillent les chapitres et certaines valent leur pesant de cacahuètes.

Une bonne lecture détente, étoffée et plaisante. A vrai dire, j'aimerais une suite.

"Eva Thorvald ne ressemblait plus à l'ingénue maladroite qu'elle avait rencontrée dans la cuisine de Robbe Kramer ; elle avait évolué de toutes les manières possibles. C'était maintenant une grande et lumineuse femme de vingt-quatre ans, avec des bras épais comme des branches d'arbres, des lèvres à la Angelina Jolie, des mains de chef couvertes de cicatrices, des pieds comme des parpaings, une poitrine généreuse et le genre de fesses qui inspirent les musiciens de rap. Elle s'était transformée en femme, elle était devenue une femme avec un point d'exclamation, cette espèce de créature du pléistocène, brutale et robuste, dont toutes les femmes, solides ou frêles, descendent".

Les deux coupables : Cathulu Cuné (qui donne une recette que je vous recommande "les roulés Résurrection")

J. Ryan Stradal - Les cuisines du Grand Midwest
Traduit de l'américain par Jean Esch
Rue Fromentin - 2017