B26767"Qui a eu un jour l'idée de cette étonnante et terrifiante filière de recyclage, donner une deuxième vie - et quelle vie ! - à ces vieilles guimbardes, personne ne s'en souvient. Quelle société ruinée a oublié qu'elle s'était bâtie sur des générations d'entraide et de solidarité, quelles églises ont baissé les bras, quels hommes sont nés, pour qu'un tel projet voie le jour ? Les pauvres, ils n'en veulent plus. Ont assez de leurs problèmes de chaque jour. Quelque chose s'est forgé en eux, la vague conviction que tout est justifié et que l'on n'y peut rien, le sentiment coupable et soulagé d'être à l'abri, la colère envers ceux à qui ils doivent la création de ces lieux pour lesquels il faut payer encore un peu plus de taxes".

Sandrine Collette n'écrit pas des bluettes et ce dernier roman est toujours dans une veine très noire. Moe, jeune fille de 20 ans vient d'une île lointaine. Elle a commis l'erreur de suivre un beau parleur, Rodolphe, pensant trouver une vie meilleure en métropole, elle n'y a récolté que misère et mépris pour sa couleur de peau.

Un mauvaise décision après l'autre, elle se retrouve jetée dehors avec un nourrisson, n'ayant aucune idée de la façon dont elle va survivre. Elle finit par tomber dans les filets des services sociaux, qui n'ont de sociaux que le nom. En réalité, c'est une vaste entreprise de mise à l'écart des pauvres, enfermés dans un endroit dont ils ne peuvent plus sortir.

Ce n'est pas encore notre société, c'est juste la logique actuelle poussée à son maximum si nous continuons à ignorer ce que nous dérange trop. Le pouvoir en place a organisé l'enfermement des exclus en tout genre, les fait travailler comme des esclaves pour trois fois rien et leur fait payer en plus leur hébergement. Ledit hébergement consiste en une casse de voitures recyclée. Au lieu de détruire les véhicules, pourquoi ne pas y fourrer cette population indésirable, à charge pour elle de se débrouiller comme elle peut. C'est le lieu de tous les trafics, de toutes les violences où il faut racheter sa liberté. Vu le prix de la moindre denrée et le salaire dérisoire si l'on a la chance de travailler, la liberté n'arrive jamais.

Moe se retrouve donc là, avec son enfant, complètement désemparée, incapable de comprendre où elle est arrivée et que faire pour en sortir. Elle a la chance de tomber sur un quartier de cinq femmes qui s'entraident. Ada, la vieille Afghane, Marie-Thé, Nini peau-de-chien, Poule et Jaja.

Dans cette histoire, j'ai aimé la solidarité qui règne entre ces femmes, malgré l'horreur qui les entoure. Chacune raconte sa vie à tour de rôle, elles ont atterri à la Casse par des chemins très différents. L'auteure sait mener parfaitement un suspense et on a hâte d'avancer. Cette fois-ci pourtant, j'ai failli caler devant tant de malheurs accumulés et un présent aussi sordide.

Moe est jeune et inexpérimentée. Elle continue à prendre des décisions désastreuses pour elle et son petit, jusqu'à un paroxysme de violence qu'elle a largement contribué à déclencher. Je l'ai déjà dit, mais cette fois-ci, je crois que je ne relirai pas l'auteure. Trop de noirceur dans ses romans. La fin surprenante de celui-ci n'a pas suffit à effacer l'impression de malaise eprouvée devant tout ce qui a précédé.

L'avis de Alex et Manika

Sandrine Collette - Les larmes noires sur la terre - 336 pages
Denoël - 2017