Trois saisons d'orage"Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s'y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible accès d'orgueil, qu'elle était là avant eux, qu'elle ne leur appartient pas, mais qu'ils lui appartiennent. Elle peut les broyer à la seule force de sa respiration, elle n'a qu'à frémir pour qu'ils disparaissent".

Après avoir vu passer de nombreux billets élogieux sur cette jeune auteure, je me suis enfin décidée à la lire en choisissant son dernier roman, dont le thème m'inspirait.

Ce qui saisit d'abord, c'est la description des lieux. Un village qui semble au bout du monde, les Fontaines, des falaises inhospitalières, un climat rude, des paysans et des villageois qui le sont tout autant.

André, jeune médecin déjà blessé par la vie, choisit de s'installer aux Trois Gueules, au-dessus des Fontaines. L'endroit l'attire irrésistiblement, bien qu'il y ait connu un drame. Il y soignera "les fourmis blanches" ; ainsi sont surnommés les ouvriers qui extraient la pierre à la carrière.

Trois générations vont vivre là, Bénédict, le fils d'André, sa femme Agnès et leur fille Bérangère, dans une maison voulue par André, vaste et hospitalière à qui sait l'apprécier. Les Fontaines ont connu la misère, puis une certaine prospérité et les villageois sont reconnaissants à André d'avoir participé à l'expansion du village, loin du vacarme de la ville et de la modernité.

Mais les lieux n'oublient rien ; ils portent en eux la mémoire du passé et réclament un jour leur dû. Je n'en dirai pas plus sur l'histoire, si ce n'est que l'on pressent tôt le drame, en se demandant quelle forme il va prendre.

J'ai été impressionnée par la puissance de l'évocation d'une terre et de ses habitants. On traverse quelquefois des régions où l'on imagine bien ce genre d'histoire intemporelle, quelque chose d'immuable y subsiste, plus fort que les pauvres humains.

J'ai eu plus de mal avec certains personnages, notamment Agnès. Je ne veux pas raconter ce qui lui arrive, mais je n'y ai pas cru, ce qui a un peu gêné mon adhésion à l'histoire. C'est cependant une réserve mineure par rapport à l'ensemble du roman que je ne pouvais plus lâcher, prise par l'atmosphère particulière des Trois-Gueules.

Une lecture qui me laissera une forte impression.

L'avis de Leiloona Noukette Tiphanie Valérie

Cécile Coulon - Trois saisons d'orage - 265 pages
Viviane Hamy - 2017