Les mensonges de la mer"Il y avait peut-être quelque chose de miraculeux dans ces moments passés dans un espace clos entouré d'une épaisse forêt, alors que chacun de nous, oppressé par ses propres sentiments, ne supportait plus cette tension intérieure et, sans tomber dans ce qui aurait pu être d'assez conventionnels épanchements, ne s'en détachait cependant pas totalement ; ces quelques soirées dans la maison de Morikata, ces discrets moments de vide, en ce qui me concerne du moins, sont comme une chose organique susceptible de se déliter et que je préserve avec le plus grand soin. Jusqu'à la fin, je n'ai rien su du passé de M. Yamané, et lui n'a rien su du mien. Pourtant, ce qui a donné comme une tonalité décisive à ma vie ensuite, il me faut reconnaître qu'au fond ce furent ces soirées si particulières."

Au début des années 1930, un jeune chercheur en géographie humaine vient en mission sur un île isolée au sud de Kyûshû.

Il arpente l'île du nord au sud, seul ou en compagnie d'un guide, à la recherche des ruines d'un temple boudhiste, l'île ayant été le théâtre de l'affrontement entre boudhisme et Shugendô, l'un ayant remplacé l'autre. La vie sur l'île est immuable et n'a guère changé depuis plusieurs générations. Les visiteurs sont rares et bien accueillis.

Notre jeune chercheur marche beaucoup, étudie minutieusement la flore, la faune, il voit le fameux "saro" presque en voie de disparition. L'habitat l'intéresse tout autant et les moeurs des habitants. Il fait des rencontres importantes, un ancien marin, M. Yamané, lui offre l'hospitalité et lui donne de précieux renseignements sur le passé. La spiritualité imprègne toute l'île, on la sent encore vivace.

Amis de la lenteur, soyez les bienvenus, nous découvrons l'île et ses trésors au même rythme que le narrateur. Les descriptions de la nature sont pleines de poésie, les rencontres courtoises et enrichissantes, le temps semble s'être arrêté sur l'île. Le jeune chercheur est tourmenté par les derniers évènements de sa vie, assez sombres, il va éprouver des sensations inattendues au cours de son périple, qui le changeront durablement.

C'est une histoire typiquement japonaise. J'ai manqué de connaissances historiques et culturelles pour apprécier vraiment un certain nombre de réflexions, mais ce n'est pas gênant pour la compréhension générale du roman. L'évocation de coutumes et croyances anciennes peut se retrouver dans tous les pays et donnent une tonalité particulière à cette exploration.

L'histoire se clôt cinquante ans plus tard, avec l'un des fils du narrateur. Le saut dans le temps est gigantesque, l'île est profondément transformée, mais derrière cette atteinte des hommes, son intemporalité subsiste, rassérénant le vieil homme.

C'est un roman tranquille et apaisant où j'ai aimé me perdre pendant quelques jours, loin du tapage de nos vies modernes.

Merci à Babelio-Masse critique et aux Editions Picquier

Masse critique

Nashiki Kaho - Les mensonges de la mer - 196 pages
Traduit du japonais par Corinne Quentin
Editions Picquier - 2017