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"Malgré le nombre de commandes qu'elle avait honorées en tant qu'écrivain public, l'Aînée ne s'était jamais perdue de vue. Jusqu'à sa mort, elle avait été elle-même. Et maintenant que son corps avait disparu, elle continuait à vivre dans les calligraphies qu'elle avait laissées. Son âme les habitait. C'était ça, l'essence de l'écriture".

Après plusieurs années à l'étranger, Hatoko, jeune fille de 25 ans, revient à Kamakura pour reprendre la papeterie de sa grand-mère. Elles étaient brouillées et ne s'étaient pas revues depuis longtemps. L'Aînée a tout appris à Hatoko du métier d'écrivain public et c'est la seule chose qu'elle sait faire.

Hatoko n'a pas connu sa mère, c'est sa grand-mère qui l'a élevée, avec beaucoup de sévérité d'où leur conflit. L'adolescence d'Hatoko a été houleuse, elle s'est rebellée jusqu'à partir au loin sans donner de nouvelles. Elle est heureuse de retrouver l'univers de son enfance, mais envahie par les regrets de n'avoir pas su deviner l'affection de l'Aînée, derrière son masque de froideur.

La nouvelle de son retour se répand vite et les clients viennent naturellement la voir pour rédiger des lettres. Il s'agit de félicitations, ou de déclarations d'amour, de rupture également, de lettres de condoléances et toute situation où l'on ne trouve pas soi-même les mots.

C'est le roman idéal après une lecture plus dure. Hatoko raconte son histoire avec délicatesse et sensibilité et une discrétion toute japonaise. J'ai beaucoup aimé les passages où elle décrit les rituels nécessaires à la rédaction d'une lettre, les exigences de la calligraphie, le choix de chaque objet, du stylo ou du pinceau, de l'encre etc ..

Elle prend à coeur les personnes qui viennent la voir, quelle que soit leur requête. Dans sa tête reviennent en boucle les préceptes de l'Aînée. Elle n'a rien oublié. Elle accueille les gens avec respect en leur offrant d'abord une tasse de thé.

Un petit cercle se constitue autour d'elle ; en premier lieu sa voisine Barbara, puis un personnage mystérieux, le Baron et sa plus jeune cliente, une petite fille de cinq ans.

C'est un livre qui peut paraître facile au premier abord, cependant il est plus raffiné que cela et j'ai suivi avec plaisir le cheminement de Hatoko vers une réconciliation avec l'Aînée disparue et son ouverture progressive aux autres.

La vie qu'elle décrit fait la part belle à un Japon peut-être en voie de disparition, qui a néanmoins un charme certain et prend le temps de vivre, de regarder et de s'entraider. La tournée des temples au jour de l'an, les offrandes aux aînés, le traditionnel pique-nique sous les cerisiers en fleurs, images d'Epinal peut-être, mais tellement apaisantes.

Une belle lecture, toute en délicatesse. A noter les lettres, en calligraphie japonaise, intégrées au livre.

L'avis de Hélène Lewerentz Petit Lapin

Merci à Masse Critique de Babelio

 

Masse critique

 

Ito Ogawa - La papeterie Tsubaki - 384 pages
Traduit du japonais par Myriam Dartois-Ako
Editions Picquier - 2018