71kupzT7lML"Kornitzer ne savait pas grand-chose de l'évolution de ses collègues au sein du tribunal, c'était mieux ainsi, ou peut-être pas. Il ne convenait pas de poser des questions sur le passé. Une discrétion généralisée semblait être le moyen d'apaiser le passé et de l'effacer de la conscience. Même son passé à lui était tabou, personne ne posait de questions. Maintenant était maintenant, on était pressé par le quotidien. Ainsi avait-il la bouche cousue".

Le roman s'ouvre sur le retour en Allemagne de Richard Kornitzer, en 1948. Il a dû fuir le pays dix ans plus tôt, déchu de sa nationalité et de ses droits parce que juif. Il est passé du statut de jeune juge à la carrière prometteuse à paria. Sa femme Claire, aryenne, a perdu elle aussi sa florissante société de publicité.

Acculés tous deux, ils décident d'émigrer ; ils envoient leurs deux enfants en Angleterre, Richard va à Cuba où Claire le rejoindra au plus tôt. La déclaration de guerre en 1939 va déjouer leurs plans et la famille va être séparée plus de dix ans.

Le retour ne va pas être facile. Claire et Richard doivent refaire connaissance dans un pays dévasté. Ils ne savent pas exactement où sont leurs enfants et entreprennent rapidement des recherches. Ils ignorent ce qu'ils ont vécu chacun de leur côté pendant ces dix années. Tout est à reconstruire.

Je suis assez partagée sur cette lecture. L'aspect historique est passionnant et très détaillé. L'auteure revient sur le déroulement des évènements à partir des années 30, puis sur le long exil de Richard à Cuba, l'hébergement des enfants en Angleterre, le persécution dont Claire est victime en temps qu'épouse d'un juif. Le lecteur mesure parfaitement à quel point le régime nazi a détruit des familles durablement, puisque la fin de la guerre ne signifie pas la fin de leurs problèmes.

Richard va se battre toute sa vie pour récupérer un niveau équivalent à celui qu'il avait avant l'exil, sans y parvenir. Son amertume est grande en voyant qu'un certain nombre de magistrats nationaux-socialistes sont eux restés en place et sont mieux lotis que lui. Par ailleurs, son rêve de réunir la famille comme avant ne se réalisera pas, les enfants ont grandi sans eux et ne veulent pas revenir dans un pays qu'ils ne considèrent pas comme le leur.

Là où le bât blesse, c'est dans l'aspect romanesque du livre. Je ne me suis pas attachée aux personnages, peut-être à cause d'une narration trop froide et distanciée. Il y a de plus des lourdeurs et des longueurs qui n'aident pas à la compréhension des enjeux. J'ai même trouvé les cent dernières pages assez embrouillées quant à l'évolution de Richard et à son obssession d'être indemnisé à hauteur de ce qu'il a perdu.

Une lecture en demi-teinte qui a son intérêt, mais où j'ai fini par m'ennuyer.

L'avis de Cathulu, plus enthousiaste que moi puisqu'elle en a fait un coup de coeur.

Ursula Krechel - Terminus Allemagne - 438 pages
Traduit de l'allemand par Barbara Fontaine
Carnets Nord - 2014