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"Au moment où nous fixions les peaux de phoque à nos skis, je me souviens d'avoir dit que j'avais le souffle un peu court et que je ne forcerais pas l'allure. C'était la vérité - l'effet de l'altitude - mais Clarie dut penser que je disais cela pour la ménager, et elle me sourit encore avec une expression dont je jurerais aujourd'hui encore, en dépit de tout ce qui a suivi, qu'elle était heureuse".

Nous sommes à la rentrée scolaire 1935. Robin, jeune garçon de 15 ans, intègre une école de Jésuites. Orphelin de père, il fait partie de la génération dont les hommes ont été tués à la guerre de 14-18. Son père n'a même pas su que sa femme attendait un enfant.

Il n'est pas seul pour autant, sa mère est attentive et veille à ne pas trop l'étouffer. Il est entouré d'oncles, de tantes, de cousins, cousines, qui se font un devoir de ne jamais le laisser à l'écart. Famille bourgeoise, éducation austère, il rejoint la prépa chez les "Jèzes" sachant que ce qui l'attend va être difficile. Assez naïf, il est vite ébloui par un garçon plus âgé que lui, Conrad.

Conrod est issu d'une famille nettement plus aisée, il a l'air très autonome et plus mature. Ses parents sont séparés et il reste plus que discret sur leurs conditions de vie. Tout en participant aux activités des uns et des autres, il se montre réservé et conserve un certain mystère.

Un oncle de Robin est investi dans la création d'une future station de sports d'hiver, Val d'Isère. Il faut de l'imagination à l'époque pour penser que ce lieu isolé et désert pourra se transformer en lieu touristique prisé. Il propose aux deux jeunes gens d'aller y skier pendant les vacances. Robin y fera la rencontre d'une jeune fille qui bouleversera le reste de sa vie.

Sur fond de montée des forces qui aboutiront à la seconde guerre mondiale, c'est un roman d'apprentissage qui montre les conditions d'études dans les prépas à l'époque. De l'auteure, je n'ai lu que "la Grande Arche", sujet passionnant. Celui-ci est moins prenant et j'ai regretté que ne soit pas plus creusé le démarrage du tourisme d'hiver. Le contexte m'a rappelé cet autre roman, avec d'un coté des paysans hostiles à ces projets et de l'autre des entrepreneurs aux dents longues, prêts à ravager des paysages entiers et à rayer définitivement des modes de vie ancestraux.

La relation de Robin et Conrad restera inégale, Robin se sent trop "petit garçon" face à Conrad qui lui ôte souvent ses illusions. L'auteure sait raconter une histoire, mais j'ai trouvé celle-ci trop courte, plusieurs thèmes auraient mérité d'être développés davantage et la fin plus étoffée.

L'avis de Zazy

Laurence Cossé - Nuit sur la neige - 144 pages
Gallimard - 2018