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"Toutes les digressions que je lui accordais, cette curiosité tendre dont je faisais montre à son égard, n'étaient que la manifestation de cette ambiguïté qui ne lui échappait sûrement pas. Sinon, elle aurait évité certaines confidences, certaines familiarités. Car, parfois, la complicité qui s'installait entre nous était si forte que ni l'un ni l'autre ne savions comment faire pour redevenir ce que nous étions : moi le flic, elle une présumée coupable".

André Martin est un flic ordinaire, sans relief particulier, dont la vie s'est obscurcie depuis que sa fille unique, Cécile, s'est suicidée sans un mot d'explication. Depuis, il survit comme il peut avec sa femme Mado, qui s'enferme dans le sommeil et les souvenirs.

C'est alors qu'il va rencontrer Anne Carlat, jeune femme mêlée à une sombre histoire dont André est chargé. Il a un choc en la recevant, c'est le sosie de sa fille. Dès lors, il va tout faire pour prolonger les interrogatoires, la faire revenir, écouter son histoire maintes et maintes fois répétée.

Anne et Pierre Carlat, son mari, ont décidé de partir en vacances dans une maison isolée, quelque part dans le sud. Ils ont pour seul voisin le propriétaire du gîte, Pellot, un drôle de type, quasi-mutique, sombre, bizarre. Seul, il contemple souvent la photo d'une femme qu'il appelle "la polonaise". Par ailleurs, Anne soupçonnne son mari de la tromper, ses soupçons la minent, elle voit des signes de sa trahison partout.

Dans ce contexte malsain, elle va chercher à approcher Pellot, troublé par ce voisinage trop proche, lui qui ne voit jamais personne d'habitude, à part le facteur.

Sur fond de campagne profonde, xénophobe, raciste, où l'alcool coule un peu trop, des drames enfouis vont se deviner, se réactiver jusqu'à provoquer une nouvelle catastrophe.

André Martin se remémore tous les détails de l'affaire en archivant le dossier, dix ans plus tard. Il pense toujours à Anne Calvat, son souvenir se mêle à celui de sa fille, il voudrait la revoir. Il ne sait pas où il en est, sinon que le chagrin le dévore et le fait divaguer. Fatigué de tout, il décide d'aller la trouver et part pour une errance de plus en plus folle, qui ne peut que mal se terminer.

Michèle Lesbre a écrit des romans noirs au début de sa carrière et j'étais curieuse de voir ce que ça pouvait donner. La plume est déjà là, les personnages sont bien dessinés, le contexte social aussi, avec une description assez terrible de ces coins perdus de campagne que l'on trouve un peu partout. Si j'ai été convaincue par les trois-quarts du roman, la dernière partie dix ans plus tard ne m'a pas paru plausible et m'a déçue.

C'est toutefois un roman de qualité que je ne regrette pas d'avoir enfin sorti de ma PAL.

Objectif PAL 3

Michèle Lesbre - Que la nuit demeure - 183 pages
Babel noir - 1999