CVT_Les-fantomes-de-Reykjavik_6847

"Konrad continua à surfer sur le Net. En ce moment, les pages Internet regorgeaient de tribunes rédigées par des femmes qui avaient été victimes de harcèlement, d'abus sexuels ou de viols, parfois dans leur enfance. Chaque jour, de nouveaux récits étaient publiés. Certaines victimes n'hésitaient pas à écrire sous leur nom et à fournir des témoignages aussi bruts que circonstanciés, décrivant toutes sortes de violences sexuelles et la souffrance qu'elles engendraient. Il arrivait que les victimes dévoilent le nom des auteurs des faits pour faire changer la honte de camp disaient-elles. Konrad était surtout surpris du nombre impressionnant de femmes qui avaient été confrontées à des expériences terribles dans leurs relations avec les hommes. Il avait évidemment été témoin de ce genre de violences pendant sa carrière de policier, mais n'imaginait pas que le phénomène puisse avoir une telle ampleur".

Deuxième enquête de Konrad, après "Ce que savait la nuit". Pour mémoire, Konrad est un policier en retraite, récemment veuf. Sa chère Erna a été emportée rapidement par la maladie, le laissant seul avec ses souvenirs et sa peine.

Justement, il est contacté par un couple se disant amis d'Erna. Il les connaît vaguement, il sait seulement qu'Erna les considérait comme de braves gens. Ils s'inquiètent pour leur petite fille Danny. Elle a disparu depuis quelques jours, ils sont sans nouvelles et la sachant droguée, il préfèrerait que Konrad la cherche avant d'alerter la police. Le premier mouvement de Konrad est de refuser, mais il pense qu'Erna aurait aimé qu'il les aide.

Ce roman policier demande une certaine attention, parce que nous suivons trois affaires différentes, qui seront plus ou moins liées. D'abord la disparition de Danny. Puis la noyade d'une petite fille, dans un lac il y a plusieurs décennies. L'enquête a conclu à un accident, mais a-t'elle été bien faite ? Et enfin, les recherches de Konrad sur la mort de son père, poignardé un soir dans la rue, meurtre jamais élucidé.

Disons tout de suite que c'est un bon cru d'Indridason. Konrad n'est pas sans rappeler Erlandur dans le côté têtu, électron libre n'en faisant qu'à sa tête, au mépris des règlements, se servant sans vergogne de son ancien statut de policier quand ça l'arrange. Mais il est attachant et on en apprend un peu plus sur son passé, sur la raison pour laquelle sa mère est partie du foyer du jour au lendemain, emmenant sa fille, mais laissant Konrad seul avec un père brutal, doublé d'une crapule.

Entre trafic de drogue, exploitation des enfants, secrets de famille, Konrad va peu à peu comprendre le lien entre passé et présent et malgré les engueulades avec Marta, son ancienne collègue, il va grandement aider à faire progresser les enquêtes. Il sera également épaulé malgré lui par Eyglo, la fille de l'associé de son père (vous suivez ?) qui se dit medium. Il a beau ne pas y croire, il doit reconnaître qu'elle est sincère et aussi concernée que lui.

Les personnages secondaires sont intéressants et leur personnalité suffisamment creusée. Mon seul bémol serait que la barque est très chargée côté perversité de certains hommes, mais quelques affaires récentes en France montrent que la fiction ne dépasse pas forcément la réalité.

Roman dévoré en deux jours.

Arnaldur Indridason - Les fantômes de Reykjavik - 320 pages
Traduit de l'Islandais par Eric Boury
Editions Métailié - 2020