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"Lorsque Kristín et moi étions en vacances ensemble, nos jours devenaient nos nuits avant de redevenir nos jours, qui redevenaient nos nuits. En tout cas, Kristín rendait régulièrement visite au fuseau horaire sinueux que j'avais forgé. La fin de semaine, nous passions parfois la nuit éveillés dans la maison-rêve. Nous étions aussi proches l'un de l'autre que deux individus peuvent l'être. Certains soirs, nous nous serrions si fort que le seul moyen de contraception à disposition était les recueils de nouvelles de Gyrdir Elíasson. Je lisais les histoires les plus tragiques à Kristín et leur inventais de nouvelles fins, le plus souvent pour trouver un amour soudain aux narrateurs esseulés".

Premier roman de Dagur Hjartarson, par ailleurs poète, je me suis retrouvée devant un texte inclassable, dont on ne sait jamais trop où il nous emmène, avec le côté décalé et étrange que l'on trouve souvent dans la littérature islandaise.

C'est avant tout une histoire d'amour (je le tiens de l'auteur lui-même, rencontré récemment au festival des Boréales), mais aussi une histoire de jalousie, de rupture, d'entrée dans le monde adulte, sur fond de politique néo-libérale.

Au début donc, un étudiant tombe fou amoureux d'une lumineuse jeune fille, Kristin, chez qui il va s'installer dans la maison-rêve. Avant elle, il passait beaucoup de temps avec son ami, Trausti, obsédé par le Directeur de la Banque Centrale Islandaise, David Oddson. Il en fait une sculpture dans son appartement dont la finalité reste un peu obscure. Nous sommes à Reykjavik, au début de la crise financière majeure que va traverser le pays.

Notre étudiant est assez indécis sur son avenir et sur ce qu'il peut faire. Pendant ce temps, Kristin poursuit ses projets, nettement plus solides. L'amour fou va se transformer peu à peu en incompréhension, en lassitude, jusqu'à l'inévitable rupture. Trausti évolue lui aussi d'une manière inattendue, provoquant des interrogations sans fin chez son ami.

J'ai terminé le roman assez déroutée par la forme et par le fond. Il y a des passages plutôt mièves il faut le dire sur l'amour-toujours, rattrapés immédiatement par des réflexions fines et brillantes, montrant que l'auteur joue avec son lecteur. C'est souvent drôle, mais assez triste au fond également, avec des personnages instables et immatures. Seule Kristin est claire sur la ligne qu'elle suit.

Je n'ai pas été enthousiasmée, mais suffisamment intriguée par le style pour tenter un deuxième roman .. s'il y en a un.

Décembre nordique

Dagur Hjartarson - La dernière déclaration d'amour - 320 pages
Traduit de l'Islandais par Jean-Christophe Salaün
La Peuplade - 2019