Le fil des kilomètres

"Nous arrivons aux abords d'une petite ville. Je ralentis à la vue d'une barricade faite de deux immenses troncs d'arbre et de barils de métal. Une dizaine d'hommes font le guet. Ils sont armés. Je me retourne vers le type à l'arrière. Qu'est-ce qu'on fait ? Il me dit d'avancer tranquillement, de cacher ma bière et de prendre la parole comme si tout était normal. Mais de ne pas éteindre le moteur. Car il faudra réagir rapidement s'il s'agit d'un piège. Je soupire et arrête le véhicule à quelques mètres du groupe de miliciens".

Je savais en lisant "Le poids de la neige" que le roman précédent avait un personnage en commun. Il s'agit du narrateur. Les deux livres peuvent se lire indépendamment l'un de l'autre, mais c'est plus intéressant de lier les deux.

Un homme seul, mécanicien dans une usine ressent le besoin de rendre visite à son père qu'il n'a pas vu depuis des années. Il perd la tête et lui raconte des histoires qui ne tiennent pas debout. Il veut en avoir le coeur net. Par ailleurs, une mystérieuse panne d'électricité paralyse l'usine, le condamnant à l'inactivité.

Il décide de prendre la route et d'aller vers l'est, ce qui représente pas loin de 5000 kilomètres. Sa vieille voiture est bien entretenue, il espère qu'elle tiendra le coup. La panne d'électricité se prolonge, sans explication, les rumeurs commencent à circuler, l'ambiance se fait lourde.

Il part dans une sorte d'urgence, prêt à rouler jour et nuit pour arriver plus vite. C'est l'été, la chaleur est accablante. Au fur et à mesure qu'il avance, il traverse des contrées où les vivres manquent déjà, ainsi que l'essence. La tension est palpable partout, la route peu sûre.

Malgré tout, il acceptera des compagnons de voyage, une femme énigmatique, un homme au comportement trouble, mais il ne lâchera pas son but, rouler, rouler, rouler, toujours plus vers l'est.

Le principe est le même que dans "Le poids de la neige", des chapitres courts, une ambiance de délitement de la société, des évènements qui restent inexplicables et l'angoisse à l'idée de ce qui l'attend au bout du voyage.

La fin du roman se clot là où commence le suivant. J'ai préféré l'ambiance polaire du "Poids de la neige", tout en retrouvant le plaisir d'une lecture addictive, soulevant plus de questions qu'elle n'en résout.

Si vous avez envie de vous lancer, je vous conseillerais malgré tout de commencer par celui-ci.

L'avis d'Anne Maryline

Christian-Guay Pouliquin - Le fil des kilomètres - 219 pages
J'ai lu - 2019