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"J'ai toujours su que tu finirais par céder, recommence Matthias. Si on ne peut pas changer les choses, on finit par changer les mots. Je ne suis pas ton médecin, je ne suis pas ton ami, je ne suis pas ton père, tu m'entends ? On passe l'hiver ensemble, on le traverse, puis c'est fini. Je prends soin de toi, on partage tout, mais, dès que je pourrai partir, tu m'oublies. Tu te débrouilles. Moi, je repars en ville. Tu m'entends ? Ma femme m'attend. Elle a besoin de moi et j'ai besoin d'elle. C'est ça mon aventure, c'est ça ma vie, je n'ai rien à faire ici, tout ça est un concours de circonstances, un coup du sort, un grossière erreur".

Deux hommes qui n'ont a priori aucune raison de se rencontrer se retrouvent obligés de cohabiter dans une maison à l'abandon, à l'écart d'un village où la neige tombe sans discontinuer.

L'hiver a commencé, il se passe quelque chose en ville, nous ne saurons jamais très bien quoi. Il n'y a plus d'électricité, les vivres manquent, des milices se forment, il devient dangereux de voyager. Au village, le narrateur a eu un accident de voiture et a les deux jambes brisées. Personne n'a trop envie de le prendre en charge. Un deal est passé avec Matthias, un vieil homme qui est coincé ici alors qu'il veut retourner en ville, où sa femme est malade.

Il accepte de s'occuper du blessé, à condition de faire partie du premier convoi qui partira en ville au printemps. L'accord est passé, Maria, la vétérinaire viendra régulièrement voir le jeune homme et Joseph amènera des vivres.

Le huis-clos est chargé de tension, chacun s'observant. Au début le blessé ne parle pas, il ne sait pas s'il pourra marcher à nouveau, il n'a pas de force. Matthias est un curieux personnage, entièrement tendu vers le désir de retrouver sa femme afin qu'elle ne meure pas seule.

L'alchimie est parfaitement réussie entre l'évocation de la nature, tantôt dangereuse, tantôt somptueuse et l'aspect angoissant de la relation entre les deux hommes. On s'attend à un drame à chaque page. Le blessé (dont nous ne connaîtrons pas le nom) se méfie de Matthias, le soupçonnant de vouloir partir en douce. Les visiteurs ne viennent plus, les vivres se raréfient, la neige monte de jour en jour, jusqu'à des hauteurs jamais atteintes.

J'ai été captivée par ce face-à-face contraint, ou perce malgré tout de la solidarité et où on ne sait qui est le plus dangereux, de la nature ou des hommes. Les descriptions poétiques du paysage et des éléments apportent une touche apaisante à l'histoire, que j'ai lue presque d'un seul jet. Un auteur québécois de plus à suivre ..

L'avis de Hélène Karine Kathel Maryline

Québec en novembre

Christian Guay-Poliquin - Le poids de la neige - 256 pages
Editions de l'Observatoire - 2018