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"Et la place de la République permet à tous les Patrice de la région parisienne de dire, on n'est pas d'accord avec cette fiction. C'est dérisoire, et c'est pourtant crucial. Les puissants le savent, qui font ceux qui n'entendent pas. Ils disent casseurs ils disent antisémites ils disent irréalistes. Mais il reste un peuple, de France, d'Espagne, de Grèce, du Portugal, d'Islande, et même d'Allemagne puisqu'on n'en parle jamais - il reste un peuple qui ne croit pas que laisser le pouvoir aux mains de psychopathes ignares mais bien nés soit la seule conduite réaliste. Des gens, comme lui, qui se disent que si l'on doit hiérarchiser les problèmes, l'aide consentie aux banques après la crise boursière de 2008 a des conséquences plus graves et plus difficiles à gérer que l'arrivée de quelques milliers de réfugiés à répartir dans le pays".

Le hasard a fait que j'ai entamé cette lecture à un moment où de nombreux passages résonnent fort avec l'actualité, même si ici il est question de Nuit debout et pas des gilets jaunes. Comme dans les précédents volumes, c'est le point fort de la trilogie, cette prise directe avec l'époque. L'auteure frappe dur et souvent juste, même si ses personnages s'expriment de façon très radicale et la plupart du temps sous influence de mélanges de substances illicites.

C'est toujours délicat la fin d'une série et je me demandais si j'allais apprécier la suite du parcours de Vernon Subutex. Nous le retrouvons avec toute la bande décrite précédemment, dans un camp, on peut dire alternatif, essayant des manières de vivre ensemble différemment, avec pour point culminant les "convergences", soirées ou Vernon le DJ emmène tout le monde dans des transes inexplicables, mais addictives. Il y a les fidèles de la première heure, les habitués, les occasionnels, les organisateurs ou plutôt organisatrices.

D'autres histoires poursuivent leur cours. Dans le volume précédent, deux jeunes femmes se vengaient d'un prédateur sexuel d'une manière .. marquante. Ici, c'est ce même homme qui les poursuit à son tour, avec une cruauté sans limite. Mais le véritable problème pour la bande viendra d'un héritage inattendu. J'ai admiré la manière dont les multiples intrigues finissent par se rejoindre et aboutir à une fin scotchante.

Là encore, les principaux maux de la société son évoqués et ce sont les exclus qui ont la parole. L'humour décapant est redoutablement efficace. Il est question de féminisme, de racisme, d'argent, de corruption, de gouvernants tous soumis à l'ultra libéralisme, courant après les voix de l'extrême-droite etc ... Les attentats de Charlie-Hebdo et du Bataclan viennent bouleverser encore davantage des individus déjà bien déboussolés.

Virginie Despentes est une voix singulière et secouante dans le paysage littérataire français et ça fait du bien. J'ai juste un bémol sur les dernières pages que j'ai trouvé inutiles, mais c'est peu de chose dans une trilogie qui a du souffle et du répondant.

"Le pays a besoin de sang neuf. Regarde la gueule de tes élites - le pire n'est pas qu'ils soient corrompus jusqu'à la moëlle mais bêtes à manger du foin. Ils s'obstinent à détricoter le droit du travail, mais espèce de corniaud, si t'as pas le début d'une idée de comment diriger ta boîte, tu peux toujours employer des esclaves, ton chiffre d'affaires ne décollera jamais ..."

"Kiko, t'as encore écouté France-Culture ? Arrête. On te l'a déjà dit. Ça se mélange super mal avec la cocaïne. Je suis DJ, je ne suis pas un putain de prophète".

L'avis de Karine Keisha Krol Papillon Sybilline

Objectif PAL 3

Virginie Despentes - Vernon Subutex 3 - 406 pages
Le Livre de Poche - 2018