CVT_La-vraie-vie_2224

"J'aurais aimé que quelqu'un, un adulte, me prenne par la main et me mette au lit. Replace les balises de mon existence. M'explique qu'il y aurait un lendemain à ce jour, puis un surlendemain, et que ma vie finirait par retrouver son visage. Que le sang et la terreur allait se diluer. Mais personne n'est venu".

Je suis assez embarrassée pour parler de ce roman qui a provoqué tant d'éloges autant sur la toile que chez les critiques professionnels et qui a même battu le record des ventes d'Amélie Nothomb en cette rentrée littéraire. Il a d'ailleurs obtenu le Prix Fnac et le Prix Renaudot des lycéens.

Vous avez compris que je ne partage pas l'enthousiasme général. En refermant le livre, je me suis demandée ce que l'auteure avait voulu faire, quel était le propos qui sous-tendait l'histoire.

Nous sommes dans une zone pavillonnaire ordinaire, dans une famille ô combien dysfonctionnelle. Un père tyran domestique cruel et sans limites. Quand il ne maltraite pas femme et enfants, il va chasser et ramène des trophées dont il a rempli une pièce de la maison, notamment une hyène qui aura son importance.

La narratrice, une fillette de 10 ans et son petit frère de 6 ans, Gilles, vivent au rythme des tabassages de leur mère, la peur au ventre en permanence. La mère ne réagit à peu près à rien, la narratrice la qualifie d'ailleurs d'amibe. Survient un accident qui va figer complètement la vie du petit garçon et en faire un mutique sombre et absent à lui-même.

La grande soeur va alors s'efforcer de tirer Gilles de cet état végétatif et veut lui redonner le sourire. Elle déploiera tous les moyens possibles pour y arriver, en rusant avec son père, redoutablement créatif quand il s'agit de faire du mal.

Je dois d'abord reconnaître que j'ai lu ce livre rapidement, il est addictif, au début je me suis attachée à la gamine confrontée à des problèmes très au-dessus de son âge. Tout ce qui a trait au sadisme du père est très bien décrit, ainsi que les sentiments des gamins qui se débrouillent comme ils peuvent avec deux parents aussi défaillants. Mais les invraisemblances sont arrivées et j'ai décroché, d'autant plus que je n'ai trouvé aucun personnage vraiment attachant (désolée ..).

Je n'ai pas compris par exemple, le choc subi par Gilles, alors que par ailleurs, les dégâts psychologiques infligés par le père jour après jour sont largement aussi traumatisants. Etait-il nécessaire d'ajouter un élément extérieur ? Je ne peux pas en dire beaucoup plus, j'en révèlerai trop pour ceux qui ne l'ont pas encore lu. J'ai souvent senti la plume de l'adulte derrière les propos de la la jeune ado. J'ai ouvert de grands yeux au moment du dénouement, à cause essentiellement de l'attitude de la mère. "Tout est bien qui finit bien" quelque part, ce qui m'a laissée très sceptique.

C'est le genre de roman dont il faudrait débattre de vive voix pour entrer dans les nuances, mais il me laisse une impression de malaise diffus.

L'avis de Saxaoul Annie Cathulu Gambadou Hélène

Adeline Dieudonné - La vraie vie - 270 pages
Editions l'Iconoclaste - 2018