41uugan2m4L

"J'ai toujours l'amère sensation de ne pas suffisamment chérir les gens que j'aime, de trop peu leur dire que je pense à eux, qu'ils me manquent et que j'aimerais les voir plus souvent. Je ne me donne pas suffisamment de mal dans mes relations amicales. Je peux rester des semaines dans le silence. Par la suite, j'ai des bouffées d'angoisse et j'envoie des salves de messages pour combler mes absences. Sur le moment, cela me rassure, même si le procédé est médiocre. Personnellement, je ne sais pas si je me serais choisie comme amie."

J'ai commencé ce roman, sans enthousiasme, parce que ma nièce me l'avait prêté, persuadée que je le laisserais tomber après quelques chapitres. Grossière erreur, ça m'apprendra à avoir des préjugés, le classant d'emblée dans les romans pour quarantenaires .. décennie qui est loin de moi et de mes préoccupations.

Il n'empêche, j'ai suivi avec de plus en plus de plaisir les états d'âme de la narratrice, Lisa (l'auteure elle-même ?) divorcée, trois enfants, traçant un portrait plein d'auto-dérision de sa vie passée et présente. La narration apparaît d'abord brouillonne, avec de longues listes, suivies de phrases très courtes et d'extraits de chansons. Puis, on s'aperçoit que ce coté désordonné participe au charme de la lecture.

Lisa se débrouille comme elle peut avec l'amour enfui, l'amour espéré, elle se perd dans des histoires banales et insatisfaisantes, mais elle bouge, elle réfléchit, elle questionne une époque et des comportements, sans aigreur et sans lourdeur. En fait, elle est très attachante Lisa et à la fin du livre, on espère qu'un jour elle réunira les fragments épars de sa vie en un tout harmonieux.

"Peut-être bien que ça ne durera pas, cette affaire-là. Peut-être bien que ce sera un truc d'un mois, deux ou trois peut-être, dans le meilleur des cas. Et alors ? C'est déjà bien, non ? De quoi t'as peur ? T'as peur de t'attacher ? Mais c'est pas si grave de s'attacher, ça fait du bien d'avoir quelqu'un dans la tête, à qui penser comme ça, pour rien, le soir quand tu te couches ou le matin avant d'aller bosser. Et puis ça fait des souvenirs et les souvenirs ça fait la vie plus belle. T'as peur que ça ne dure pas ? Mais, ma cocotte rien ne dure jamais vraiment, la durée c'est très relatif, y'a des plans d'une nuit que tu n'oublieras jamais et des histoires de vingt ans qui n'auront aucun goût à la fin".

Une plume à suivre et un excellent moment de lecture.

L'avis de Hélène Leiloona Le petit carré jaune Ptit Lapin Saxaoul Séverine

Lisa Balavoine - Eparse - 208 pages
Editions Lattès - 2018