37301_1889135

"Ce pays a changé en ton absence, Nancy. Ce pays a toujours été incontrôlable, et c'était une grande vertu, car ce qui est incontrôlable demeure libre. Mais il est devenu tellement incontrôlable, il s'est tellement affranchi de toute espèce d'entrave que j'ai peur pour ma famille. C'est une peur sérieuse. Il faut faire quelque chose pour unifier l'Amérique. On a cruellement besoin d'un principe unificateur. Ne te méprends pas, je suis à fond pour le multiculturalisme et tout ça, mais pour mes enfants, je veux savoir ce qui fait qu'un Américain est un américain".

Je referme ce roman assez dubitative. Je ne sais pas très bien quoi en penser. Globalement j'ai aimé, la qualité littéraire est là, mais l'histoire de Nancy, la narratrice, est compliquée et m'a laissée perplexe.

Nancy est une jeune étudiante. Elle a un studio à Boston et revient régulièrement chez ses parents, à New-York. Ils sont riches et ont un grand appartement sur la Ve avenue. Ce sont des juifs askhénases qui ont fui Berlin au moment de la deuxième guerre mondiale. Ils n'ont jamais dit à Nancy ce qu'ils avaient vécu, ils attendent seulement d'elle qu'elle soit heureuse et insouciante.

Mais ce n'est pas si simple et Nancy se sent étrangère partout. Elle a des angoisses récurrentes, elle croit que quelqu'un derrière son dos s'apprête à la saisir. Elle papillonne d'un homme à l'autre et on peut dire qu'elle est douée pour choisir ceux avec qui rien n'est possible.

Elle a une liaison sans importance avec un étudiant de Boston, lorsqu'elle rencontre Aaron. Il est issu d'une famille juive orthodoxe qu'il a quittée, s'est converti au catholicisme et s'apprête à devenir moine. Il la repousse.

Il y aura ensuite Yvon Gendreau, un franco-américain (du Canada) avec qui elle a une relation torride. Hélas, le jeune homme est sous l'emprise de sa mère, une bigote fanatique qui veut le ramener à elle et à son église, lui déniant le droit de vivre autrement. Ce sera assez destructeur pour eux deux et Nancy finira par partir.

Elle se fixera ensuite avec Tim, un anglais, se revendiquant juif sépharade avant tout. Snob, brutal, égoïste, elle l'épousera pourtant et le suivra en Angleterre, pensant trouver la stabilité dans le rôle d'épouse et mère au foyer. Tim attend d'elle des enfants avant tout.

La quatrième de couverture m'explique que Nancy se cherche et se trouve peu à peu à travers le regard des autres. Bon. Je veux bien. Mais les autres en question devaient-ils être aussi nocifs pour elle ?

En dépit de ce que je viens de dire, la réflexion autour de l'identité, le déracinement, la religion, la spiritualité, la sexualité, est riche et très développée. La Nancy des débuts, qui fait un peu n'importe quoi, prend de l'épaisseur, j'ai fini par m'intéresser de plus en plus à elle.

Un avis en demi-teinte donc, à vous de voir ..

David Plante, est un auteur reconnu aux Etats-Unis. Bizarrement, un seul de ses romans était traduit en français jusqu'à présent (Le temps de la terreur). Il a choisi de faire paraître "Américan stranger" directement en France, avant les Etats-Unis ou l'Angleterre.

Objectif PAL 2

David Plante - American stranger - 225 pages
Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laurence Viallet
Plon - Feux croisés - 2011