Maria

"De longs soupirs s'échappent d'elle, qui ne disent rien de bon. Tant de choses, dans cette maison et au-delà, lui sont incompréhensibles. Sa fille est partie d'elle. Sans que Maria sache pourquoi ni depuis combien de temps, elles se tiennent à des kilomètres l'une de l'autre. A des kilomètres et à des années. De quoi les mères sont-elles donc coupables ?"

Maria est la grand-mère de Markus, petit garçon de 3 ans qu'elle couve de son amour et avec qui elle observe les oiseaux et collectionne les plumes. Elle a un lien étroit avec lui et est désarçonnée depuis quelque temps, quand elle le voit apparaître parfois en robe. Sa fille Céline, et Thomas son compagnon, n'y voient pas d'inconvénient, ne veulent pas que leur enfant soit prisonnier d'un genre et le laisse se rebaptiser Pomme.

Un deuxième enfant naît et les parents poussent leurs convictions un peu plus loin en refusant de dévoiler son sexe, lui donnant un prénom neutre, Noun. Maria ne comprend pas, son compagnon William encore moins. Bouillant de colère, il finira par partir laissant Maria seule avec son désarroi, face au diktat de sa fille.

Elle a beaucoup à perdre Maria dans cette histoire, mais elle un coeur "gros comme ça" et c'est lui qui va la guider. C'est par ses yeux et sa voix que nous suivons l'histoire. Les questions posées par l'attitude des parents sont d'importance et l'auteure ne les tranche pas. Maria suit son propre chemin, heurtée, ballottée par la pression sociale, par l'intransigeance de sa fille. Elle est maladroite, perdue, fait des faux-pas, mais un amour comme le sien ne peut pas renoncer.

Je n'étais pas particulièrement attirée par le sujet de départ, mais j'ai vite été happée par Maria et j'ai lu le roman presque d'une traite. De livre en livre, l'auteure confirme une voix particulière, sensible, pudique, qui va au coeur de l'humain et touche immanquablement. La nature n'est jamais loin, ici les oiseaux et l'art de s'émerveiller d'un ciel traversé de nuages.

Une belle surprise de la rentrée 2018 et l'affirmation d'un talent.

L'avis d'Antigone Gwenaëlle Le blog du Petit Carré Jaune

Angélique Villeneuve - Maria - 177 pages
Editions Grasset - 2018