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"L'été passa, riche en journées étonnamment chaudes. Le ciel était limpide et ensoleillé. La douceur de l'air plongeait les gamines dans un état d'esprit tout aussi radieux. Elles décidèrent de faire le grand ménage dans la maison avant l'hiver et d'en nettoyer jusqu'au moindre recoin. Elles ouvrirent les portes et les fenêtres pour laisser les dernières brises tièdes de l'été balayer les sols et débarrasser les lieux de leur humidité. Le beau temps ne durait toutefois jamais assez longtemps pour qu'elles puissent mener à bien leur projet de laisser les murs, les sols et le plafond se gorger de chaleur avant l'arrivée de l'hiver. Quoi qu'elles fassent, on sentait toujours dans la maison une odeur d'humidité même s'il faisait chaud à l'extérieur, au pied du mur où les chiens se couchaient les pattes en rond, impatients qu'arrive un visiteur ou que se produise un évènement inattendu".

Une ferme perdue dans un coin isolé d'Islande, à deux heures d'une route praticable. Une pauvre habitation occupée par le grand-père, alité et incontinent, la grand-mère, pieuse et pilier de la maisonnée, le fils, ricanant et cynique, passant son temps à chasser le renard, et les deux petites-filles, abandonnées aux grands-parents par leurs mères volages. S'y ajoute un gamin venant du village voisin. Le tableau est âpre, rude et l'histoire va se charger de bouleverser l'univers clos de la famille.

Voilà une lecture qui s'apprivoise lentement, l'univers décrit est assez primaire et brut, les sentiments n'y ont guère de place, tout paraît n'être que calcul ou résignation entre les êtres. La nature et la pauvreté y sont certainement pour quelque chose. Perdus entre montagne, mer et champ de lave, les habitants de la ferme n'ont guère l'occasion de se frotter à leurs semblables.

Tout va changer à l'approche de la deuxième guerre mondiale. Le pays a une importance stratégique et va être occupé successivement par les Britanniques et les Américains. Avant cela, la ferme va recevoir la visite de deux Anglais amateurs de nature sauvage, puis d'un Allemand fuyant le régime nazi. Ils reviendront par intermittence dans le récit.

Un afflux d'argent arrive d'un seul coup avec les troupes d'occupation, les filles n'en ont plus que pour les soldats, plus raffinés que les autochtones ; beaucoup se mettent à travailler pour l'armée et goûtent un confort inconnu.

A la ferme, les échos de la guerre arrivent, mais la vie n'y change guère, malgré une nouvelle route. Seules les gamines ne résistent pas à l'attrait des soldats et suivent la voie de leurs mères, s'éloignant définitivement. Leur compagnon de jeux, le gamin, se retrouve seul.

Ce roman couvre une période qui va de l'entre-deux guerres à nos jours. L'auteur peint une vaste fresque de l'évolution de l'Islande, en suivant certains personnages ; d'autres sont laissés de côté sans explication. Finalement, c'est le gamin qui restera attaché à la ferme, incapable de se détacher du lieu de son enfance à la beauté sauvage. Entretemps, grâce à sa femme, le lieu se sera transformé en centre de vacances pour citadins avides de retrouver une vie simple dans une nature préservée.

Ce n'est pas une lecture aimable, mais elle a un côté envoûtant et j'ai apprécié d'en savoir plus sur l'histoire de cette île qui est passée presque sans transition d'une vie inchangée depuis des siècles à la modernité. Les descriptions de la nature islandaise sont superbes, le récit est ample et profond, les personnages saisissants.

Un auteur à suivre ..

Merci aux Editions Metailié

Lecture commune avec Kathel

Challenge nordique

Gudbergur Bergsson - Il n'en revint que trois - 207 pages
Traduit de l'Islandais par Eric Boury
Editions Metailié - 2018