marcher_droit"Quand j'ai fait part à ma tante de ma surprise à la voir fréquenter autant de mythomanes et de malades mentaux, elle m'a répondu qu'elle me fréquentait bien, moi : preuve qu'elle me prend pour un psychotique au mépris des explications fournies par le professeur Urs Weiss soi-même, qui définit le syndrome d'Asperger comme un variant humain non pathologique voire avantageux, puisqu'il garantit, au prix d'une asociognosie parfois invalidante, une rectitude morale plutôt bienvenue dans notre époque de voyous."

Ce roman n'a que 122 pages, mais elles sont hautement réjouissantes, mes amies blogueuses ne m'avaient pas menti (coucou Keisha). L'action, si l'on peut dire, se déroule pendant l'inhumation de la grand'mère Marguerite qui vient de quitter ce monde une semaine avant sa centième année.

Le narrateur, qui n'est autre que son petit-fils, est indigné par le discours de la dame Vauquelin qui rend hommage à la défunte en alignant les mensonges et les contre-vérités. Le petit-fils, âgé d'une quarantaine d'années, est atteint du syndrome d'Asperger, il raisonne avec une logique imparable et il va s'efforcer de rétablir les faits comme ils sont aux yeux du lecteur.

Les sujets qu'il aborde permettent de se faire une idée de la vie qu'il mène et de celle de la famille. Il pulvérise toutes les hypocrisies couramment admises par tout le monde. On saisit au fur et à mesure qu'il a plusieurs passions (obsessions ?) : le scrabble, les catastrophes aériennes et Sophie Sylvestre, son amour de jeunesse, non partagé, c'est le moins qu'on puisse dire.

On en apprend de belles sur la famille ; inceste, tromperies, alcoolisme, voire pire. La société et ses absurdités est passée au laser de la même manière, avec une franchise dérangeante pour ceux qui l'entourent. Inutile de préciser qu'il n'est pas en odeur de sainteté dans le cercle familial.

"De même qu'on nous dit à l'échelle familiale que ma grand-mère Marguerite, femme réactionnaire et foncièrement égoïste, représentait un modèle de bonté et de tolérance, on nous serine à plus grande échelle qu'il nous faut à la fois abattre les dictatures et vendre aux tyrans des armes pour équilibrer notre balance commerciale ; produire plus de voitures et diminuer les émissions de gaz d'échappement ; supprimer les fonctionnaires et améliorer le service public ; restreindre la pêche et manger plus de poisson ; préserver les ressources en eau douce et saloper les aquifères au gaz de schiste".

En refermant ce court roman, on n'a qu'une envie, trouver un autre titre de l'auteur.

L'avis de Athalie Delphine-Olympe Keisha Luocine Sandrine Zazy 

Emmanuel Venet - Marcher droit, tourner en rond - 122 pages
Editions Verdier - 2016