51mOV-HE89L"Qu'a-t'il de si extraordinaire ce jardin de la Vallée ? Il est VIVANT, voilà tout ! Il vibre au diapason d'une indicible symphonie. Parce que Gilles féconde la terre, recoud ses fils visibles et invisibles, plonge son râteau-pinceau dans la couleur, la nature lui révèle ce que c'est qu'être homme. Dans son vieux pantalon de jardinier, emprunté à son frère à l'époque de son service militaire, il y a plus de cinquante ans, "un peu usé maintenant", casquette saharienne pour se protéger du soleil, il sème ici, élague là, fait entrer la lumière ailleurs. Corps à corps avec le végétal, comme une chorégraphie des temps anciens, conversation silencieuse avec la plante".

J'avais déjà eu l'occasion de me pencher sur l'itinéraire de Gilles Clément avec "Le salon des berces". Ici, c'est un regard extérieur qui se pose sur le jardinier-écrivain-paysagiste et retrace une biographie sous forme d'entretiens réalisés dans sa maison de la Creuse.

C'est l'occasion de pénétrer un peu plus son intimité et la façon dont se sont mis en place les principaux concepts chers au jardinier, entre autres le jardin en mouvement, le jardin planétaire et le tiers-paysage. Les entretiens sont entrecoupés d'extraits des livres précédents de Gilles Clément et d'interviews de ses étudiants et amis.

L'enfance, la jeunesse, les voyages lointains, la relation aux autres, tous les sujets sont évoqués, sans être indiscrets. Où l'on voit que l'amour de la nature vient de loin et l'habitude de chercher bien au-delà de ce qui lui était enseigné. J'ai retrouvé la génèse de l'achat du terrain et de la maison qu'il occupe depuis de nombreuses années à un jet de pierre de la maison de son enfance (sujet principal de "La saison des berces").

Le professionnel ne fait pas l'unanimité, il a ses détracteurs. Il faut dire qu'il bouscule des habitudes bien établies, il a souvent une longueur d'avance et rester fidèle à ses conceptions quand il les croit justes ne lui a pas attiré que des amis.  

Si vous ne le connaissez pas, ce sera une lecture intructive sur l'homme et ses travaux et si vous le connaissez, ce sera une manière d'approfondir cette personnalité marginale, engagée depuis longtemps dans une véritable démarche écologiste globale.

"J'étais passionné par ce métier, mais j'avais fait des stages en Alsace qui s'étaient très mal passés. Avec Gilles, j'ai réalisé qu'on pouvait faire des jardins autrement. Même les cancres ne rataient pas ses cours ! On sentait que ce qu'il nous transmettait, c'était du vécu. Il avait une autorité naturelle, un certain charisme. Il n'essayait pas de nous mettre des choses dans la tête, mais faisait en sorte que chaque élève se révèle à lui-même" (Camille Muller).

"Le jardinier vagabonde toujours entre Paris, le monde, et la Vallée, son monde. Au printemps, il retrouve son jardin, les grandes berces du Caucase, le piano à queue, Ermentrude, les eaux brunes du lac, les amis de passage, et souvent la solitude. Solitude voulue. Ou non. S'absenter des autres, se mettre à l'écart, en retrait, se lier d'amitié avec le silence. Un besoin depuis toujours. "Les humains ont montré qu'ils n'étaient pas faits pour la solitude. Pourtant, cette solitude qui peut m'oppresser en même temps je la cherche ! Il m'arrive de désirer être seul puis, à un moment, d'avoir envie de partager quelque chose avec quelqu'un, ce peut être un amour,  un ami, ma fille ... La solitude est nécessaire à la création, mais sans les autres, c'est-à-dire sans la relance de la dynamique de la création, sans la discussion, les questions auxquelles je ne pensais pas, cette création n'a pas lieu".

Le livre se termine par un cahier de photographies de 16 pages. 

Un entretien récent avec Gilles Clément sur France-Culture ici

Objectif PAL 3

Frédérique Basset - Les quatre saisons de Gilles Clément - 180 pages
Rue de l'Echiquier - 2014