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"Ce jour-là, à Nantes, autour de la table, entre autres convives concernés par la question de la décroissance, il y a Oliver Gallmeister, Rick Bass, Pete Fromm et Doug Peacock. Doug Peacock ! Mon anglais est lamentable et dans l'après-midi je n'ai osé lui parler. Oui, Doug Peacock, celui-là même qui a inspiré le personnage de Hayduke dans le Gang de la clef à molette. J'ai l'impression que Edward Abbey est avec nous. Jennifer Lopez peut aller se rhabiller !"

Depuis le temps que je voulais découvrir cet auteur c'est fait, et j'ai savouré ce récit autour de la marche de la première à la dernière ligne. C'était un bon choix pour avoir une idée de la manière dont il a évolué puisqu'il commence en portant son fils dans son dos et qu'à la fin le fils en question le dépasse d'une tête et cavale en avant.

Entre la description des paysages, les rencontres en tout genre, l'observation de la faune et de la flore, chacun pourra y trouver son compte. De plus l'auteur a l'art de raconter sans ennuyer, il pratique un humour réjouissant, se moque du peu de préparation de certains randonneurs en puissance, admire d'authentiques personnages vivant en marge, entièrement connectés à leur environnement. Il égratigne plus d'une fois la dégradation de trop de lieux au fil du temps, la propension de l'homme à détruire la beauté.

Il ne marche pas triste et sévère, il prévoit une bonne bouteille en récompense d'une ascension difficile, si possible à partager avec sa compagne ou de vieux amis. J'ai souvent eu recours au dictionnaire pour me faire une idée des animaux et végétaux décrits. A côté des traditionnels apprentissages concrets comme la question du sac et des chaussures, il aborde une grande variété de sujets, dont le rapport entre marche et écriture.

C'est un récit d'une grande richesse et un coup de coeur total pour moi.

"Cependant, tout près des ruines du château de Montbrun-Bocage, les haies offrent le spectacle attendrissant de troglodytes, de roitelets et de rouges-gorges et c'est déjà le prétexte d'une longue pause scientifique. Qui marche malin va loin ! J'avoue mon incapacité à distinguer le roitelet triple bandeau du roitelet huppé. Puis une pente un peu raide finit de nous convaincre que, en effet, le corps a paressé trop longtemps, et que maintenant ça va faire mal, très mal. Et en plus ça glisse ! On en viendrait à rouspéter comme si nous n'avions jamais marché. Ce serait presque une éducation à refaire. Allez, bientôt ça ira mieux. Veillons à nos appuis et évitons les mauvaises torsions".

"Je suis un marcheur et ça m'a agacé, et même choqué, quand les membres d'un certain parti politique français se sont qualifiés ainsi, de marcheurs. Comment s'approprier une chose qui, comme respirer, rêver ou aimer, relève de l'universel ! J'étais furieux, à la vérité. Marcher, pour ces marcheurs-là, c'est que de la gueule, et pour de suspectes raisons, et de travers ! Passons."

L'avis de Cathulu

Pascal Dessaint - Vers la beauté, toujours ! - 135 pages
Editions la Salamandre - 2020