lola-bensky-473714"Oui, les enfants des victimes et ceux des coupables partageaient ce legs. Ils avaient tellement de choses en commun, ayant grandi avec un passé aussi omniprésent qu'incompréhensible. Un passé qui ne semblait souvent avoir aucun sens, parce qu'il était en grande partie dissimulé, ou à demi formulé, ou suggéré par des vagues allusions. Un passé qui était fait d'articles, de particules, de pronoms sortis de la bouche des adultes en dépit de leur volonté, de bribes de phrases étranglées, brouillées, disséminées."

Nous faisons la connaissance de Lola lorsqu'elle a dix-neuf ans et est journaliste pour un journal rock australien. Elle interviewe toutes les stars de l'époque, ce qui donne lieu à d'incroyables portraits, saisissants de naturel. C'est un premier aspect de ce roman, qui a priori ne m'attirait guère et qui pourtant m'a séduite rapidement.

Le deuxième aspect est lié aux origines de Lola. Ses parents sont tous deux des survivants d'Auschwitz. Elle est née dans un camp de transit en Allemagne, avant que la famille ne gagne l'Australie. Ce passé va peser lourdement sur toute la vie de Lola, Il faut dire que ses parents, Renia et Edek ne lui épargnent pas les souvenirs, à quatre ans elle sait déjà précisément ce qui se passait dans les chambres à gaz.

Autre tourment, Lola est trop grosse, surtout aux yeux de sa mère. Sa vie n'est faite que de régimes élaborés, commencés ou pas, suivis ou pas et son aspect ne la satisfait jamais.

C'est un récit en grande partie autobiographique et qui sonne juste. Tout au long de l'histoire, nous retrouvons Lola à des âges différents et pouvons suivre sa progression. La grande réussite du livre est le mélange de ton, à la fois sérieux, voire grave, et par ailleurs bourré d'humour et de légèreté. Lola fait avec ce qu'elle est et ce qui lui a été légué sans acrimonie particulière. Elle est d'une bienveillance qui semble inaltérable vis-à-vis des stars qu'elle interroge, et en donne une description qui nous les rend familiers et sympathiques, loin des clichés habituels (Mick Jagger, Ottis Reding, Cher, Mama Cass, Brian Jones, Jimmy Hendrix etc ... tout de même, excusez du peu).

Mais ce qui a motivé ma lecture et m'a passionnée, c'est la difficulté de trouver une place et un équilibre lorsque l'on est l'enfant de parents aussi traumatisés par la Shoah, jamais réellement présents, profondément tourmentés et angoissés.

Un roman à ne pas manquer, pas assez vu sur les blogs.

Il a obtenu le Prix Médicis étranger 2014

Challenge Asphodèle

L'avis de Blablamania Cathulu ClaudiaLucia Cuné Eva

Lily Brett - Lola Bensky - 271 pages
Traduit de l'anglais par Bernard Cohen
La Grande Ourse - 2014