le_canap__rouge"Dans le transsibérien qui la conduit à Irkoutsk, tandis que défilent les paysages, Anne songe à l'amitié qui la lie à une vieille dame, Clémence Barrot, laissée à Paris. Elle lisait à cette ancienne modiste la vie de femmes libres et courageuses, telle Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne .. Et partageait avec elle des souvenirs tendres et douloureux : ceux des amours passées .."

Anne est partie sur les traces de Gyl qui ne donne plus de nouvelles, Gyl avec qui elle a partagé et rêvé tant d'amour et d'utopies, Gyl qui n'y renonce pas et voulait vivre différemment quelque part dans le fin fond de la Russie.

Le roman nous entraîne dans le périple d'Anne, les longs moments passés en train, les étapes, les rencontres, les paysages inconnus et tout au bout, une lucidité nouvelle, une page tournée et un retour impatient vers la vieille dame sur son canapé rouge, avec qui elle a tellement d'affinités ..

Que j'ai aimé cette première lecture de Michèle Lesbre, l'écriture est si belle ! D'emblée j'ai été captivée par sa manière de raconter, la délicatesse, la sensibilité qu'elle met dans ses descriptions, l'amour des autres qui transparait. Et puis, elle évoque des femmes que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître et qui me font l'effet de petites madeleines, Anna Prucnal, la chanteuse polonaise, Milena Jesenska, l'amie de Kafka ..

Clémence, la délicieuse vieille dame sur son canapé rouge ne manque pas de charme non plus. Elle a eu son lot de souffrance dans la vie et Anne a une bien jolie relation avec elle, jusqu'au bout. Ce n'est pas si fréquent dans les romans d'aujourd'hui, deux générations de femmes qui s'épaulent et se comprennent.

"Une ombre avait traversé son regard, j'avais pris sa main, une main minuscule. Ce geste l'avait apaisée. J'aurais aimé la prendre dans mes bras, la détresse des corps vieillis qu'aucune main n'effleure, qu'aucun corps n'étreint, cette immense solitude de la chair qui est déjà un peu la mort, m'a toujours effrayée. Enfant, la peau de mes grand'mères me fascinait, je la touchais avec précaution, comme si je craignais de la froisser davantage, qu'elle se déchire sous mes doigts et que ma maladresse précipite une issue fatale."

Je n'ai pas lâché ce roman avant de l'avoir terminé. Il restera associé pour moi à une belle journée chaude et ensoleillée où je l'ai ouvert un peu partout, dans le train, à table au milieu de la verdure, et devant un décor que je vous laisse admirer.

Lecture_1

Lecture_2

L'avis de Amanda Bellesahi Cathe Clarabel Denis Fashion Gambadou Katell Papillon Stéphie Sylire Sylvie Tania

Objectif_PAL

Michèle Lesbre - Le canapé rouge - Sabine Wespieser - 2007