La collection disparue

"La collection de Jules est-elle ma ville de Troie, mon trésor de Priam ? C'est encore le début des fouilles, et je n'ai aucune idée de ce que je cherche, ni de ce que je vais exhumer. Mais j'aime cette chasse au trésor dans le passé de ma famille. Comment ne pas penser à la valeur actuelle des tableaux de la collection Strauss ? Des dizaines et des dizaines de millions sans doute. Je retrace inlassablement et de manière presque obsessionnelle le voyage de chacun des dix tableaux de la liste, du jour où Jules l'a aimé, choisi et acheté, jusqu'au jour où ma grand-mère Elisabeth Baer l'a déclaré volé par les nazis. C'est tout un itinéraire à reconstruire".

Décidément, ces temps-ci, mes lectures les plus passionnantes ne sont pas des romans, mais des récits. Celui-ci m'a captivée de bout en bout. "Tout à commencé avec une liste de tableaux griffonnée par un cousin que je connaissais à peine.  Sur ce bout de papier, des chefs-d’œuvre impressionnistes, Renoir, Monet, Degas, exposés aujourd’hui dans les plus grands musées du monde, qui ont tous appartenu un jour à mon arrière-grand-père, Jules Strauss.
Je ne connaissais rien de son histoire, ni de sa collection disparue. Ces quelques mots notés à la hâte allaient changer ma vie, me conduire du Louvre au musée de Dresde, des archives de la Gestapo au Ministère de la Culture."

Jusqu'à ce jour, l'auteure ne s'était pas vraiment questionnée sur cet arrière-grand-père dont on ne parle pas dans la famille. Le cousin émet l'hypothèse que les tableaux mentionnés sur la liste ont pu être spoliés à Jules Strauss par les nazis. Elle ne sait pas encore qu'elle s'embarque pour trois ans de recherches difficiles, parce que les témoins de l'époque ne sont plus là pour la plupart. Elle s'appuie beaucoup sur sa grand-tante, Nadine, dont la mémoire n'est plus aussi fiable.

Jules Strauss habitait un hôtel particulier avenue Foch, qu'il a quitté en 1942, de son plein gré ou contraint ? Les tableaux ont-ils été volés ou vendus ? La quête de Pauline Baer sera semée d'embûches, ce n'est pas une professionnelle, elle a tout à apprendre. Elle découvre le milieu de l'art où évoluait Jules, collectionneur avisé, qui n'achetait que ce qu'il aimait et avait un sens pour lui.

Comme dans toute recherche, il y aura des pas en avant et des reculs, de l'enthousiasme et du découragement. Elle remonte peu à peu la piste des tableaux, cherchant à cerner la personnalité de Jules Strauss et à reconstituer l'histoire qui ne lui a pas été transmise. Je n'entrerai pas dans les détails, le livre est foisonnant avec des visites d'archives notamment dans les musées, en France, notamment à Orsay et au Louvre, en Allemagne aussi.

Elle est aidée surtout par des femmes qui connaissent les labyrinthes administratifs de l'époque, en tout premier lieu les archives de Rose Valland, cette conservatrice qui notait scrupuleusement toutes les oeuvres envoyées en Allemagne par les nazis. On croise aussi la haute silhouette de Patrick Modiano, dont la connaissance de Paris sous l'occupation est précieuse.

Pour Pauline Baer c'est surtout une quête intime parfois éprouvante, elle remue des histoires qui peuvent déranger, sans compter l'évidente mauvaise volonté de certains musées, peu enclins à se pencher sur l'origine des oeuvres qu'ils possèdent.

C'est un récit mené de manière très vivante, qui nous plonge dans une époque et un milieu, celui des grands collectionneurs juifs du XXe siècle et qui met le doigt sur les blessures profondes de la guerre, encore actives aujourd'hui.

Une lecture qui ne se lâche pas une fois commencée. Je recommande fortement.

Pauline Baer de Pérignon - La collection disparue -270 pages
Editions Stock - 2020