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"Pierre a tué un dimanche matin avant de cacher le cadavre de sa victime. Par les multiples atteintes portées au corps de sa femme, mère de ses deux enfants, il a contraint le monde à parler d'elle au passé. Trois jours plus tard, le temps d'une mise en scène grossière révélée par l'enquête, l'affaire envahissait nos vies."

J'ai commencé ce récit en sachant qu'il ne serait pas facile à lire et il ne l'a pas été, en raison de son sujet. Un féminicide, vu du côté de la famille du meurtrier. Trois jours après le choc de la disparition de Katia, la femme de Pierre, un coup de téléphone l'informe que son cousin a avoué l'avoir tuée. La sidération est totale.

Comment faire un lien entre le si gentil garçon avec qui elle a joué toute son enfance, et cet homme qui s'est acharné sur le corps de sa femme et l'a cachée trois jours durant ? Parce que tout le monde est d'accord, c'était le plus gentil et le plus doux de leurs cousins. Comment en est-il arrivé à un tel degré de violence ?

L'auteure tente de comprendre la vie de son cousin en convoquant ses souvenirs, en évoquant sa famille et les comportements des uns et des autres. Elle fait des allers-retours entre le garçon qu'elle a connu et l'homme qui comparaît à trois procès successifs, et maintient qu'il ne se souvient de rien des vingt-quatre heures qui ont entouré le crime, ni du crime lui-même.

Elle met en lumière les dégâts collatéraux d'un tel séisme ; la famille se soude autour de Pierre, essaie de le soutenir en allant le voir dès que c'est possible, en lui téléphonant régulièrement. Mais peuvent-ils se dirent victimes face à la famille de Katia, ravagée par le chagrin ? En aucun cas, l'auteure ne compare les deux situations, la culpabilité est clairement du côté de PIerre et la honte du leur.

Malgré des redites, le propos de l'auteure est clair ; elle ne s'explique pas pourquoi le sort de Pierre prend tant d'importance dans sa propre vie, elle se dit parfois obsédée par son geste et la cassure nette qu'il a provoqué entre l'avant et l'après. Elle ne cache pas le comportement assez difficile de son cousin adulte, diminué physiquement après un accident et se plaignant constamment, sans égard pour son entourage.

Comment est-il passé en sept ans d'un mariage radieux au meurtre de sa femme, faisant deux petites orphelines de ses filles qu'il adorait ?

Si j'ai été intéressée par le déroulement des procès et ce qui suit la condamnation, dont on parle finalement peu dans les medias, j'ai été mal à l'aise parfois, essentiellement à cause de l'attitude de Pierre, enfermé dans le déni, ramenant toujours tout à lui, alors qu'il a provoqué tant de ravages irréversibles.

C'est toutefois un récit honnête et sincère que je ne regrette pas d'avoir lu.

A noter qu'il vient de sortir en poche.

Pour aller plus loin, une interview de l'auteure sur France Culture ici

Johanne Rigoulot - Un dimanche matin - 221 pages
Editions des Equateurs - 2019