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"Lazare travaillait et souffrait dans la durée. Comme une litanie, lui virevoltait en tête ce passage du livre de Job, cité à foison par son oncle Gilbert : "Qu'il soit éprouvé jusqu'au bout". Dans le texte fondateur, le bout, autrement dit la limite humaine du supportable, possède un sens précis, il suffit de mener la lecture à son terme. Mais où se situait la limite dans sa situation ? Quelle était la nature de la condamnation, et jusqu'où était-il censé mener ce combat éperdu et muet".

Au terme de sa carrière, une réception est donnée en l'honneur de Lazare, généticien renommé. L'homme paraît mal à l'aise dans cette situation, il se laisse questionner par un jeune journaliste Ethan, venu lui poser quelques questions.

De fil en aiguille, ils vont prendre un verre et Lazare va enfin se délester d'un secret qui le ronge. Il a gardé secrète sa plus grande découverte, dépassé par les implications qu'elle supposait. Exalté par ce qu'il imaginait dans ses premières années de recherche, il a mis en péril un amour auquel il tenait.

Au cours de cette nuit où la parole se libére, Lazare va aller au bout de sa confession, tenant en haleine un auditoire hétéroclite qui s'est constitué autour d'Ethan et lui, chacun y allant de son commentaire.

Je vais avoir du mal à rendre compte de ce livre, dont j'avoue ne pas avoir tout compris, le coeur de l'histoire étant lié aux recherches génétiques des dernières décennies, domaine que je ne connais pratiquement pas. Ceci dit, cette ignorance ne m'a pas empêchée de suivre les réflexions de Lazare, ses révélations successives et son questionnement sur les limites de ce que l'on peut se permettre sur l'humain.

J'ai été plus sensible à sa relation avec Rachel, brillante photographe, dont il va tomber amoureux, sans pouvoir s'empêcher de l'utiliser pour corroborer ses recherches génétiques.

Au delà de ce thème, comme souvent dans les romans de l'auteur, il est question de nombres (il est mathématicien) et de la Kabale. Autant dire que l'on peut lire le roman à différents niveaux, on découvre des strates que l'on ne soupçonnait pas d'emblée.

Pour ma part, j'aurais préféré que l'aspect romanesque soit plus développé, mais selon ses goûts, chaque lecteur pourra y trouver quelque chose de différent. J'ai été plus captivée par le dernier quart du roman, où l'on saisit vraiment ce qui s'est joué avec Rachel et où l'on comprend mieux l'intérêt d'Ethan pour Lazare.

Une post-face d'Ariane Giacobino, médecin généticienne, apporte un éclairage bienvenu sur l'état des connaissances actuelles et les pistes de recherche.

Gérald Tenenbaum - Reflets des jours mauves - 200 pages
Editions Héloïse d'Ormesson - 2019