l'eveil de mademoiselle prim"Voyons si vous comprenez ce que j'essaie de vous dire, Prudence : on ne peut se construire un monde sur-mesure, mais ce qu'on peut faire assurément, c'est se construire un village. Ici, nous appartenons tous, pour ainsi dire, à un club de réfugiés. Votre patron est l'un des rares habitants à avoir des racines familiales à Saint-Irénée. Il est revenu ici il y a quelques années et a mis l'idée en route. Je ne sais pas si vous savez que sa famille paternelle vit ici depuis des siècles".

Mademoiselle Prim est arrivée dans ce village en répondant à une annonce pour le moins étrange "Cherche esprit féminin détaché du monde. Capable d'exercer la profession de bibliothécaire pour un gentleman et ses livres. Pouvant cohabiter avec chiens et enfants. De préférence sans expérience professionnelle. Titulaires de diplômes d'enseignement supérieur s'abstenir".

Hortense Prim ne correspond pas exactement au profil, puisqu'elle est au contraire bardée de diplômes, elle ne connaît rien aux enfants, mais lassée du manque d'harmonie, d'équilibre et de beauté du monde moderne, elle aspire à autre chose et se fait une très haute opinion de la délicatesse, souhaitant la trouver davantage dans les rapports humains (surtout à son égard ..).

Contre toute logique elle se retrouve recrutée par "l'homme au fauteuil" dont nous ne connaîtrons pas le nom, logée sur place, dans une maison où il y a également quatre enfants surdoués, ceux de la soeur défunte de l'homme. L'adaptation n'est pas facile, les accrochages avec son employeur fréquents, même si personne ne se départit de sa courtoisie.

Bon. Ce roman, c'est l'histoire du verre à moitié vide ou à moitié plein, selon ce que l'on en attendait et son humeur. En ce qui me concerne, c'est plutôt le vide. Pourtant tout était là pour me plaire, une bibliothèque, un village de rêve, une atmosphère très cosy et en filigrane, on l'espère bien, une romance. Une parenthèse de douceur dans un monde de brutes.

Oui, mais. Là où le bât blesse, c'est la personnalité de Melle Prim, rigide, cramponnée à ses certitudes, obsédée par la délicatesse, hautaine, tenant des propos tantôt féministes, tantôt incroyablement ringards, naïve pour ne pas dire niaise par moment.

Elle finit par apprécier, sans l'avouer, les échanges d'idées avec l'homme au fauteuil. Je ne suis pas bardée de diplômes, pourtant j'arrive à suivre une conversation normale, mais là franchement, j'ai dû relire plusieurs fois certains passages en pensant : "Heu, de quoi on parle là ?". Il est souvent question de religion, d'auteurs anciens, de lieux chargés d'histoire, c'est savant, le problème c'est que ça part dans tous les sens et on se saisit pas où l'auteur a voulu en venir. En plus, la discussion se clot en général sur une Melle Prim drapée dans sa dignité offensée, effarouchée on se demande par quoi.

Le verre à moitié plein, vous demandez-vous ? L'ambiance du village, hors du temps, havre de tranquillité à l'abri du monde, où l'on se reçoit avec quantité de thé, de chocolat chaud, de brioches et de gâteaux au citron. Les habitants que Melle Prim rencontrent, chaleureux, accueillants, qui deviendront de précieux amis pour certains. Et les envolées savantes de l'homme au fauteuil peuvent être très intéressantes, surtout pour les amateurs d'auteurs anciens. De plus, se sont tous des blessés de la vie qui ont souhaité recréer un univers avec des valeurs solides et humaines, ce qui est a priori sympathique. Leur manière d'éduquer les enfants ne manque pas d'attraits.

Il n'aurait pas fallu grand chose pour que ce roman soit une réussite, mais j'ai eu l'impression que rien ne s'emboîtait correctement. Bref, mon coeur de midinette (profondément enfoui) ne s'est pas réveillé.

"Ses beignets à la crème, ses moelleuses tartes au fromage, l'exquis gâteau de carottes et les très fins sandwiches triangulaires disposés en quatre petits tas, chacun d'une saveur différente, étaient inégalables. Sur les plateaux ne manquaient jamais le thé chinois, le lait avec la crème et les tartines grillées de pain maison, sur lesquelles s'étalaient généreusement le beurre et le miel. Tout cela, il fallait l'admettre en l'honneur de la vérité, était du seul mérite de la cuisinière."

Comme c'est Noël et qu'il serait dommage que Melle Prim ne trouve pas ses lecteurs, j'ai décidé de le faire gagner. Il suffit pour cela de me laisser un commentaire et je ferai un tirage au sort début janvier. Une condition : que je vous connaisse et que vous ayez déjà laissé des commentaires, même si ce n'est pas souvent.

Un avis plus positif que le mien chez Un autre endroit pour lire

Natalia Sanmartin Fenollera - L'éveil de Mademoiselle Prim - 349 pages
Grasset - 2013