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"Plus tard, quand un léger vent d'ouest berce les arbres et soulage le village assoiffé, la famille Harich sort dans le jardin, sur la pelouse. C'est le moment que Reouven consacre à la lecture du journal. Gaï arrose consciencieusement les rosiers. Noga, tournant le dos à son père, fait de la broderie très fine. Si elle lève la tête et pose une question, qu'est-ce que Reouven pourra lui répondre ? Ses longues jambes sont repliées sous elle. Sa natte, tombant sur l'épaule gauche, va s'étaler sur sa poitrine. Ses jolis doigts s'affairent sur le tissu. Voilà une image paisible et tendre. Gardons-là précieusement dans notre coeur".

Le premier roman d'Amos Oz se déroule dans un kibboutz, non loin de la frontière jordanienne, dans les années 60. L'histoire est racontée par un mystérieux narrateur dont nous ne saurons rien. Il connaît bien la communauté et doit donc en faire partie. Il semble survoler les évènements et donne son avis sur les uns et les autres, avec compréhension et une légère ironie.

L'auteur prend son temps pour décrire la vie au quotidien et la philosophie du kibboutz. Une partie des habitants est venue d'Allemagne, une autre de Russie. Ils travaillent dur dans un climat difficile, avec la présence de l'ennemi tout près. Si la solidarité est la règle, elle n'empêche pas la médisance. Tout le monde est au courant de tout ce qui se passe chez les voisins, rien ne peut rester secret bien longtemps.

Nous nous attachons particulièrement à la famille Harich et et à la famille Berger. Reouven Harich est poète et élève seul sa fille Noga et son fil Gaï, depuis que sa femme l'a quitté pour aller vivre en Allemagne. Il a une liaison avec Bronka, femme d'Ezra Berger. Lequel Ezra Berger séduira la jeune Noga, sous le nez du jeune Rami, qui voudrait devenir son petit ami.

L'auteur ne nous décrit donc pas une communauté idéale, mais des humains semblables à tous les autres, en proie à leurs pulsions, leurs émotions, se débrouillant comme ils le peuvent. Un drame va se nouer, dont nous nous demandons comment il pourra se résoudre. Les personnages en cause sont nombreux, chacun a son avis sur la question et cherche à apaiser les tensions, ou à les envenimer, c'est selon ..

Au cours de ma lecture, j'ai surtout apprécié la description de la vie au kibboutz, les menaces qui pèsent sur lui, la dureté du travail, l'histoire des uns et des autres. Je suis restée par contre plus extérieure au drame et à la tension qui monte jour après jour, peut-être à cause de la distance du narrateur inconnu. J'avais préféré "Entre amis" qui se passe aussi dans un kibboutz. L'écriture est superbe et les personnages complexes.

L'avis de Miriam

Amos Oz - Ailleurs peut-être - 448 pages
Traduit de l'hébreu par Judith Kauffmann
Folio - 2006