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"La maladie offre ses moments de répit. Si elle lâche prise, ne serait-ce que pendant quelques jours, vous permettant de faire à nouveau votre entrée dans le monde, les choses se mettent à resplendir, prenant toute leur valeur à l'intérieur de contours précis. Cette tasse, si légère, tient à présent du miracle. Et d'autant plus que ma soeur la regarde, et me regarde, et prélève de son pinceau, couleur après couleur sur sa palette, et s'attelle à une composition dont je suis le centre. Il y a là, pour moi, de quoi être profondément réconfortée."

L'auteure, s'appuyant sur une documentation solide, a choisi la forme du roman pour décrire le lien fort qui unissait Mary, la peintre, à sa soeur Lydia, qui lui a souvent servi de modèle. Il ne s'agit en aucun cas d'une biographie.

C'est Lydia la narratrice. Atteinte de la maladie de Bright, sentant ses forces la quitter inexorablement, elle accepte cependant de poser pour Mary et c'est autour des cinq derniers tableaux réalisés avec elle que le roman se déroule.

Mary est une peintre qui commence à faire parler d'elle. Elle a exposé avec les impressionnistes et est épaulée par Degas. Elle est vive, énergique et farouchement indépendante. Elle sait ce qu'elle veut, vivre de et pour sa peinture, ce qui est rare à l'époque où le destin des femmes était uniquement de se marier et d'avoir des enfants. Les sentiments qu'elle éprouve pour Degas sont ambigüs, Lydia les observe avec une certaine inquiétude. Degas la met mal à l'aise.

Lydia, souvent alitée, admire sa soeur et lui est profondément attachée. Son immobilité forcée favorise ses réflexions et elle revoit les lieux où elle a été heureuse. Discrète et effacée, elle n'en cache pas moins elle-même des désirs et des regrets sur ce qu'elle n'a pas pu réaliser.

La famille Cassatt est riche et fait partie de la bonne société américaine, ce qui a permis à Mary de prendre des cours de peinture aux Etats-Unis. Ils ont vécu en Amérique, en Allemagne, à Paris. Lydia évoque la vie familiale, mais dresse aussi le tableau d'une époque et d'un milieu.

Mary a besoin d'elle pour poser, c'est son modèle préféré et sans vouloir s'avouer que sa soeur va mourir, elle sent sans doute l'urgence de la fixer sur la toile. Lydia de son côté, lucide sur son état, se demande quelle trace elle va laisser dans la vie et dans le coeur de sa soeur. Comment fera-t'elle sans elle ?

C'est une lecture émouvante qui procède par petites touches et serre le coeur pour cette jeune femme sensible, délicate, confrontée à sa mort prochaine, seule avec sa douleur. Elle m'a donné envie d'en savoir plus sur Mary Cassatt et la suite de sa carrière d'artiste, sans la présence de Lydia.

J'ai appris qu'une exposition aurait lieu au printemps au musée Jacquemart-André. J'espère y voir, entre autres, les cinq toiles décrites dans le roman. Ce sera l'occasion de creuser l'histoire de cette famille.

L'avis de Cathulu

Objectif PAL 3

Harriet Scott Chessman - Lydia Cassatt lisant le journal du matin - 240 pages
Traduit par Mirèse Akar
Folio - 2009