"Le premier souvenir que j'ai de ma mère c'est quand j'avais quatre ou cinq ans. Elle nous appelle, mes deux frères et moi, pour le dîner en disant "les garçons et Guillaume, à table !" et la dernière fois que je lui ai parlé au téléphone, elle raccroche en me disant : "je t'embrasse ma Chérie" ; eh bien disons qu'entre ses deux phrases, il y a quelques malentendus".

Je suis fan de Guillaume Gallienne lecteur sur France-Inter, mais je ne l'ai jamais vu au théâtre, dans la pièce à succès dont est tiré son film. Je crois que tout le monde est maintenant au courant que le narrateur a une relation très fusionnelle avec sa mère, et qu'il a tendance à se prendre pour une fille. Il évoque ici en vrac ses souvenirs d'enfant et d'adolescent aux prises avec un entourage persuadé qu'il est homosexuel.

Si j'ai souri plus souvent que ri à gorge déployée, j'ai été cueillie aussi par une certaine tristesse. Bien sûr, l'auteur manie l'auto-dérision avec maëstria, mais les situations qu'il a dû traverser sont poignantes. Il fait parfois preuve d'une candeur qui finit par se retourner contre lui et la tendresse n'est pas la qualité première de la famille.

Et pourtant, c'est un hommage formidable qu'il rend à sa mère et aux femmes en général, c'est d'ailleurs le rôle dans lequel il est le meilleur, ça en est troublant. Il y a matière à se questionner sur le genre et l'identité, ce qui est forgé par l'entourage et ce que l'on est vraiment. Guillaume Gallienne mélange la distinction et le trivial sans aucun complexe. A noter que dans la pièce de théâtre, il interprétait tous les rôles, ici il ne joue que sa mère et lui-même.

Ce n'est pas un chef d'oeuvre, mais j'ai passé un très bon moment, ce qui ne m'est pas arrivé souvent cette année au cinéma.

Avec André Marcon, Françoise Fabian, Nanou Garcia, Diane Kruger.

Réalisation et scénario : Guillaume Gallienne