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"Le soleil s'est couché, les oiseaux se sont tus. Un avion passe haut dans le ciel, suivi par sa moustache de lait. Elle déteste ce moment, chaque jour, quand la nuit gagne, envahissant les pièces à l'électricité coupée, la repoussant devant les fenêtres, dans les lueurs du lampadaire, pour finir par l'envoyer au lit comme les poules, comme les bébés. Elle remonte le drap jusque sur son visage pour ne plus voir la pénombre vide qui l'entoure. Son lit, un radeau perdu au milieu d'un océan de plancher d'ombre".

Trois femmes, trois histoires captées à un moment significatif de leur vie. Elles ont en commun la solitude, une certaine incompréhension du monde qui les entoure, une manière personnelle de faire face.

Dans la première nouvelle, une femme en prise avec une perte insupportable va essayer de se recomposer une vie complètement différente et va presque y arriver avant d'être rattrapée par l'absurdité de la violence à l'état brut. 

La seconde nouvelle est de loin la plus poignante et la plus magistrale. Une femme seule vit dans un appartement avec son chien. Elle travaille, mais est complètement démunie. Plus d'eau, plus d'électricité, plus de meubles, tout ce qui était vendable a été vendu et par-dessus tout des ruses à n'en plus finir pour cacher à son entourage son état de dénuement. Seule échappée dans cette vie sinistrée, les visites à sa grand-mère dans une maison médicalisée.

La narratrice est amenée à des extrémités éprouvantes pour manger à peu près tous les jours. La chute de cette nouvelle réserve une surprise que je n'avais pas vu venir. Rien de spectaculaire, mais la démonstration que perdue dans son monde intérieur, on peut passer complètement à côté de ce que sont les autres.

Le dernier texte est plus léger en apparence, avec une femme qui part à l'étranger pour son travail et s'attache à des détails concrets pour être à la hauteur de ce que son employeur attend d'elle. Evidemment derrière cette apparence, se dissimule un dilemne qui trouvera peut-être sa solution devant des sortes de "poêles à frire" au bord de l'océan.

L'auteure le dit elle-même "Je partage ma vie entre deux sortes de mondes : celui dans lequel j'existe physiquement et celui que j'habite plus intérieurement, à travers mes fictions". Son monde intérieur est foisonnant, frôle parfois le fantastique et l'étrange et décrit admirablement les pensées qui nous assaillent, les états d'âme qui nous traversent.

Assez différent de "Monde sans oiseaux" ce recueil confirme le talent singulier de Karin Serres. A suivre ..

L'avis de Cathulu

Merci à Babelio et aux Editions Alma

Karin Serres - Les silences sauvages - 229 pages
Alma Editeur - 2019