Monde_sans_oiseaux"Il paraît qu'autrefois certains animaux traversaient le ciel grâce à leurs ailes, de fins bras couverts de plumes qui battaient comme des éventails. Ils glissaient dans l'air, à plat ventre, sans tomber, et leurs cris étaient très variés. Ils étaient ovipares, comme les poissons ou les lézards, et les humains mangeaient leurs oeufs. On les appelait "les oiseaux". Petite, j'ai demandé à ma mère de me raconter, mais elle a changé de sujet. Cette histoire d'"oiseaux" est-elle vraie ?"

Où sommes-nous dans ce roman ? Bien malin qui pourra le dire, en tout cas dans un imaginaire poétique, fantaisiste, fantasque, mais pas que .. une sorte de fable qui nous parle de nous, espèce menacée sur une planète déjà bien abîmée. Mais qui parle avant tout de ce qu'est le déroulement d'une vie, de la naissance à la mort, avec ses joies, ses peines, ses chaos, ses attachements.

Rien n'est dit explicitement, il faut accepter de suivre la narratrice "petite boîte d'os" née d'un père pasteur et d'une mère qui aime se baigner la nuit et danser nue au bord du lac.

Ils font partie d'une communauté encore préservée, on devine la ville de l'autre côté, polluée et inhospitalière. Chez eux, la nature est encore présente même si elle est trafiquée. On y voit des cochons roses translucides et amphibies "à cette époque les éleveurs ravis ont fini par trouver la combinaison de gènes idéale qui rend leurs bêtes à la fois amphibies, fluorescentes, autorégénérantes à vie et résistantes aux maladies. Désormais, il leur suffit d'une famille de cochons transgéniques pour exploiter leur viande, par morceaux, à l'infini."

Je n'ai pas envie de trop en raconter, le roman est court et il vaut d'être découvert dans son intégralité, il a un charme fou. Les personnages sont originaux, à commencer par "petite boîte d'os" amoureuse du vieux Joseph, revenu au village après le grand déluge. Un amour magnifique et marginal. Gravitent autour d'eux Fabrice, le frère de "petite boîte d'os", le père pasteur et la mère, Knut leur enfant unique, la meilleure amie Blanche. Une menace plane autour de la petite communauté.

"Si tous les icebergs du monde fondent, l'eau du lac mordra la terre, l'herbe et les joncs, elle escaladera les collines et noiera notre jardin potager, les routes de planches, les poteaux, les traverses. Un jour, toutes nos maisons remontées au plus haut seront tout de même inondées, nous serons obligés de nous réfugier sur leurs toits d'herbe, encordés".

Il est difficile de rendre compte d'un (premier) roman aussi atypique, vous devrez me croire sur parole si je vous dis que c'est un bonheur de lecture, pleine de trouvailles réjouissantes ou inquiétantes, c'est selon ..

"J'écris mes premiers poèmes sous un saule, au bord du lac. Ses longues branches touchent l'eau tout autour de moi, sa tente vert lumière me protège. Crayon sorti de ma poche, cahier secret sur mes genoux, chuchotement de la mine. Quand j'écris, une vague d'émotions me traverse, je me sens intensément vivante, et le fantôme de Joséphine March s'assied à mes côtés, ou bien le petit cavalier malade, pour m'encourager."

Merci Maryline

L'avis de Jérôme et Stéphie, aussi séduits que moi.

Sandrine et Hélène sont restées à la porte.

Le blog de Karin Serres

Merci à Aloïs de m'avoir signalé une interview intéressante de l'auteure. Elle en dit un peu trop à mon goût, à écouter plutôt après lecture.

Karin Serres - Monde sans oiseaux - 106 pages
Editions Stock - Août 2013