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"C'est à cet instant que la destruction de ma famille m'apparut dans toute son horreur. En une illusion étrange et cauchemardesque, je me vis traverser sans effort les murs du 417 McDonald Drive comme s'ils n'étaient que des décors de scène, tantôt épais, tantôt d'une transparence de rêve, si bien que, d'un simple coup d'oeil, je pouvais voir au travers de toute la maison, voir la mort d'un jour à l'oeuvre sous mes yeux dans ses moindres détails, tous plus macabres et plus précis les uns que les autres, comme je n'avais jamais été capable de l'imaginer jusqu'alors".

Stevie a 9 ans quand son père tue sa mère, son frère Jamie et sa soeur Laura à coups de fusil. S'il échappe au massacre, c'est qu'il n'est pas rentré directement de l'école ce jour-là, mais s'est attardé à jouer chez un copain. Son père l'a attendu un certain temps en vain, puis s'est enfui. Il n'a jamais été retrouvé. D'abord recueilli par tante Edna, puis par son oncle Quentin, Stevie va refouler toute cette histoire, tourné seulement vers l'avenir. Il devient architecte sans trop de conviction, épouse Marie et a un fils Peter. Une vie tranquille, où l'irruption de Rebecca va faire ressurgir le passé et son énigme.

Rebecca écrit un livre sur les hommes qui ont massacré leur famille. Elle tente de décortiquer quels sont les ressorts qui les font soudain passer à l'acte. Stevie va accepter de collaborer avec elle, ce qui l'oblige à se poser les questions qu'il a toujours occultées sur ce qu'était véritablement sa famille avant le drame.

Comme si ce n'était pas une remise en cause suffisamment perturbante, Stevie rencontre Rebecca à l'insu de sa femme. Il n'avait pas l'intention de lui mentir, il ne lui en a pas parlé, c'est tout. Ce fait, au départ anodin, va entraîner des réactions en chaîne de plus en plus gênantes, jusqu'à pulvériser sa vie bien réglée de quadragénaire.

Il n'y a pas de grands évènements dans ce roman, hormis le massacre initial, mais une subtile analyse psychologique de chaque personnage de la famille, dont le portrait est affiné au fil des entretiens avec Rebecca et de la remontée des souvenirs. La mère "cette pauvre Dottie", fragile, léthargique, de plus en plus évanescente. Le père, énigmatique, sachant se faire obéir d'un seul regard, coincé dans une situation sclérosante et désireux d'en sortir. Jamie, le fils aîné, fermé, antipathique, désagréable. Et Laura, la soeur tant aimée de Stevie, pleine de vie et d'espoir, prête à réaliser les rêves avortés du père.

Je n'en dis pas plus, c'est une lecture addictive, je tournais les pages, pressée d'en savoir plus. Le retournement final est scotchant.  Il fait réfléchir sur tout ce que l'on peut élaborer sur ses parents, leur personnalité, ce que l'on croit en avoir hérité, les décisions qui en découlent, et une réalité radicalement différente. Juste un pas de côté et le regard change du tout au tout.

Un roman noir très réussi.

Un mot sur l'objet livre. C'est ma première lecture dans la collection Point2, qui se lit verticalement et a un vrai format poche. L'encombrement est minimal, idéal en voyage. La lecture est aisée, les caractères agréables, je n'ai eu aucun problème à m'habituer au mode de lecture vertical. Le point noir c'est le prix, 11 euros, pour un poche c'est cher.

L'avis d'Amanda

Thomas Cook - Mémoire assassine - 494 pages
Point2 - Août 2011