aa1"Personne n'existe en ce bas monde. J'aurais vraiment dû travailler dans la finance avant d'étudier la philosophie. J'aurais fait de meilleurs essais. J'ai accédé au sens de l'existence en entrant dans la banque. Nous ne sommes rien. Peu importe que nous existions puisque nous n'existons que pour nous-mêmes et quelques proches."

L'histoire commence dans un restaurant. Sila, un serveur est violemment frappé par un client parce qu'il a voulu canaliser le comportement de son petit garçon. Aucun témoin de la scène ne bouge, par indifférence ou par lâcheté, mais personne ne va oublier l'incident, jusqu'au moment où ils vont se croiser une nouvelle fois, ayant fait chacun leur chemin.

Tous sont liés peu ou prou au monde de la finance et j'appréhendais légèrement au début, me sentant peu de goût pour ce monde là. Et bien j'ai adoré ! Essentiellement à cause des personnages et de la diversité des situations vécues.

Il y a Mark, l'homme qui a frappé, jeune américain médiocre, fils d'un entrepreneur qui a réussi et qui va faire fortune à son tour en vendant du rêve aux pauvres, sous forme de pavillons qu'ils ne pourront pas rembourser. Sa femme, Shoshana, ex-pom-pom girl aux gros seins, horriblement gênée par la réaction de son mari, mais incapable de réagir.

Et puis Simon, chercheur en mathématiques, solitaire, effacé, gaffeur, complexé, qui se retrouve propulsé dans le monde des traders, poussé par son cher ami, Matthieu, brillant et sûr de lui, jaloux de voir que c'est Simon qui accède aux privilèges et au pouvoir qu'il voulait lui-même. Il se vengera cruellement.

L'un des plus fascinants personnages est Lev, le russe idéaliste, qui envoie tous ses principes par dessus les moulins et devient un oligarque, prêt à toutes les compromissions, à tous les moyens pour acquérir et conserver sa fortune et sa position supérieure. Il y perdra en premier sa femme ..

Nous passons d'un univers à l'autre, la finance à Londres avec Simon, la chute de l'Union Soviétique avec Lev, la bulle immobilière américaine avec Mark et c'est passionnant, palpitant, instructif. J'ai même compris (enfin presque ..) comment on est arrivé à la crise financière de 2008. Un bel équilibre entre le romanesque et les grands problèmes actuels.

Certains vont se réveiller avec une bonne gueule de bois, voire bien pire, d'autres s'en sortiront mieux, mais au prix exhorbitant de leur humanité. Après tout le bien que j'ai pensé de "l'origine de la violence", un auteur qui confirme son talent.

Les derniers mots du livre m'ont réjouie : "Il était heureux : il était vaincu". Il va vous falloir le lire si vous voulez connaître le contexte ..

Un grand merci à Papillon.

Le billet d'Hélène. D'autres avis ?

Fabrice Humbert - La fortune de Sila - 317 pages
Editions Le passage - 2010