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23 janvier 2018

Vienne avant la nuit

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"Si je suis venu à Vienne, ce n'est pas seulement pour y retrouver la tombe de mon arrière-grand-père, mais aussi parce que le passé, ce passé-là surtout, a besoin de notre mémoire et les morts de notre fidélité."

Il y a quelque temps, je vous ai parlé du documentaire de Robert Bober, portant le même titre que le livre paru simultanément. Ce sont deux manières différentes d'aborder le voyage en Autriche de l'auteur, à la recherche de la tombe de son arrière-grand-père.

Certaines scènes m'ont plus émue dans le documentaire, d'autres gagnent à être complétées par les nombreuses photos, documents, illustrations, explications du livre. L'idéal est de faire les deux, voir et lire.

J'aurais aimé connaître la Vienne d'avant-guerre décrite dans le livre, le foisonnement intellectuel, les cafés pleins de vie où se retrouvaient les écrivains. Ce n'était pas l'univers de l'arrière-grand-père, qui habitait lui, un quartier essentiellement occupé par des juifs, où les antisémites sévissaient déjà.

Il y a de nombreux extraits des oeuvres de Stefan Zweig, Joseph Roth, Arthur Schnitzler, Franz Kafka,Thomas Bernhard etc ... La montée du nazisme va balayer cette Vienne-là. L'auteur rappelle à quel point les Autrichiens ont accueilli le führer avec enthousiasme. Certains chiffres font frémir : "Ces hommes et ces femmes, dont les mains levées, toutes semblables, vont voter oui à l'annexion de l'Autriche, oui à plus de 99 %, allaient rejoindre ceux qui allaient s'acharner à réduire un peuple en cendres. Ainsi, alors que l'Autriche ne représentait que 8 % de la population du Reich, elle a fourni 40 %  du personnel des camps d'extermination".

L'arrière-grand-père de Robert Bober est mort bien avant le désastre, mais une partie de ses descendants a disparu dans les camps. L'auteur retrouve un de ses cousins à Vienne, sans pouvoir le rencontrer. A sa stupéfaction, il apprend que celui-ci, traumatisé par la déportation de ses parents, a décidé d'effacer toutes les traces de son judaisme et ne veut plus en entendre parler.

La démarche de l'auteur, qui part à la rencontre de ses ancêtres sur ses vieux jours, est bouleversante et racontée avec pudeur et discrétion.

C'est un bel ouvrage, dont les deux dernières pages sont en hébreu, je ne sais pas pour quelle raison.

Merci à Dialogues Croisés

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Robert Bober - Vienne avant la nuit - 160 pages
P.O.L. - 2017

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Commentaires
E
Je le note car cette montée du populisme, à toutes les époques, me fait peur...<br /> <br /> Pourtant je rêvais de visiter cette ville qui a un certain charme mais...
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A
J'aime, beaucoup cette recherche que j'ai pratiquée moi-même avec passion. Découvrir la tombe d'un grand-père, qu'on n'a pas connu, celle d'un arrière-arrière-grand-père, "grand mystère" du roman familial. Je note donc ce livre, Aifelle. Merci à toi !
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A
Je cherche toujours à voir le documentaire, il n'est pas passé dans ma ville, ou alors c'était avant que je ne lise ta note, j'espère en un téléchargement, mais rien trouvé pour l'instant. Du coup, je vais laisser le livre de côté, j'ai vraiment envie d'avoir les deux en même temps, sinon, je vais être frustrée !
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M
Je ne suis pas étonnée pour tous ces extraits dans le livre, les auteurs étaient tellement présents dans le documentaire. Pour les pages en hébreu, cela me rappelle la fin du film, peut-être un hommage ou une prière.
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M
Noté ! J'ai passé une semaine à Vienne en décembre et j'ai assisté à une scène dans le métro qui m'a hantée toute la journée (une femme est descendue et est allée dire qq chose à 2 flics qui étaient sur le quai; ils se sont empressés de monter dans le wagon et sont allés direct vers un homme qui s'était mis en retrait des vitres en les voyant. Il était noir. ) C'est la première fois de ma vie que j'assistais à une scène de délation, ça m'a pris vraiment aux tripes, j'en revenais pas. Les résultats des élections ne fut pas une surprise...
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