20 janvier 2020

Les choses humaines

"Elle avait échoué. Sa mère lui avait appris à se protéger des assauts des hommes, mais elle n'avait pas pu faire comprendre à son propre fils qu'un désir ne s'imposait pas par la force". Jean Farel, 70 ans, est un célèbre journaliste politique à la télévision. Dans la place depuis longtemps, il sent les jeunes loups lui mordre les talons et se bat bec et ongles pour continuer à dominer. Il ne peut pas envisager la fin de sa carrière. Dans sa vie privée, il est mariée avec Claire, cinquantenaire, essayiste et féministe connue pour... [Lire la suite]
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14 janvier 2020

Cent millions d'années et un jour

"Devant mon feu, j'ai pris conscience de ce que c'était d'être seul. C'est une pression physique. L'air qui pousse pour m'écraser, l'univers tout entier qui me fait sentir à quel point je suis mesquin, inutile, une main sur mon visage qui m'impose le silence et m'empêche de respirer. On me répliquera qu'on peut être seul au milieu d'une foule. Foutaises. Je rêve de foule". Voilà un roman qui a enthousiasmé la blogosphère, qui avait tout pour me tenter et qui a bien failli me tomber des mains. Je suis passée complètement à côté. ... [Lire la suite]
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13 décembre 2019

La part du fils

"La vérité d'un homme peut être aussi sa souffrance. Mais même si elle était insoluble, insécable, jamais partagée, elle pesait sur moi par contrecoup. Ce poids de mémoire close était devenu le mien. J'en restais meurtri, dépossedé de ma propre histoire. Qu'aurais-je pu faire sinon la remonter, l'éclaircir et la remonter? Écrire comme un travail de deuil. Une effraction et une floraison. Une respiration entre deux apnées". Ce roman présente des similitudes avec "Le ghetto intérieur" lu récemment. Dans les deux cas, il est question... [Lire la suite]
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25 novembre 2019

Le ghetto intérieur

"Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne". Le narrateur de ce roman, ou récit, raconte dans ce texte l'histoire de son grand-père maternel, exilé en Argentine en 1928. Il venait de Pologne où il avait laissé sa mère, son frère et sa belle-soeur. Il avait l'intention de les faire venir plus tard, sans... [Lire la suite]
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13 novembre 2019

Reflets des jours mauves

"Lazare travaillait et souffrait dans la durée. Comme une litanie, lui virevoltait en tête ce passage du livre de Job, cité à foison par son oncle Gilbert : "Qu'il soit éprouvé jusqu'au bout". Dans le texte fondateur, le bout, autrement dit la limite humaine du supportable, possède un sens précis, il suffit de mener la lecture à son terme. Mais où se situait la limite dans sa situation ? Quelle était la nature de la condamnation, et jusqu'où était-il censé mener ce combat éperdu et muet". Au terme de sa carrière, une réception est... [Lire la suite]
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02 novembre 2019

Lundi mon amour

"Pensez-vous sincèrement que les fusées soient rouges et blanches à carreaux, comme de vulgaires nappes de pique-nique ? Que l'on perde son temps à dessiner des moutons quand le vaisseau est en panne ? Que l'on croise dans l'espace des êtres pourvus de deux têtes et trois bras ? Que l'on puisse un seul instant s'aventurer au coeur du soleil sans finir en grillade ? Qu'un jour vienne où les hommes ne savent plus retrouver le chemin de la terre ? Les aliens ... parlons-en ... Qui d'entre vous a déjà croisé un alien ? Vous ? Vous ?... [Lire la suite]
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27 septembre 2019

Alto Braco

"La neige était tombée pendant la nuit et le paysage prenait l'aspect d'une croûte soufflée, de l'omelette norvégienne que Douce servait au réveillon du nouvel an. Les champs givrés s'hérissaient de necks, les anciennes cheminées volcaniques, et de haies d'épicéas repiqués au sommet des collines pour protéger les troupeaux. Des haies étrangement courtes, en forme d'accents aigus ou circonflexes. Une page blanche parcourue de ponctuations noires, voilà ce que j'aurais pu voir si j'avais été un faucon pèlerin, un vautour dans le ciel... [Lire la suite]
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15 août 2019

La terre invisible

"Nous roulions vers Dinslaken où le régiment de Collins venait d'être affecté. Il tombait une pluie d'été, le soleil la traversait, elle lavait la route et les bâches des camions, elle me berçait aussi. McFee conduisait en sifflotant tout bas. A coté de lui Collins observait les champs. J'étais assis à l'arrière. Depuis un mois la guerre était finie. Les routes étaient bien dégagées, des ruches se dressaient au milieu des prairies en fleurs. Peut-être à cause de la pluie qui me berçait, des flots d'images me revenaient comme dans un... [Lire la suite]
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06 juin 2019

Laisser des traces

"Comme dans le poème d'Emma Nizan .. "Je voudrais tant laisser des traces", martèle-t'il, je crois que c'est ce qui m'anime depuis toujours. Le petit gars qui a grandi dans une maison de poupée, qui a été élevé par un peintre en bâtiment et une employée de laboratoire, et qui n'a aucune envie d'être un figurant. Mon nom accolé à une loi qui changerait - en mieux - la vie des gens, mon visage associé à une grande réforme, que sais-je encore ... J'ai trop peur de disparaître sans avoir ... Trop peur que de mon passage ici il ne reste... [Lire la suite]
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25 mars 2019

Une immense sensation de calme

"Un soir, Baba m'avait parlé de l'ancien monde. D'habitude ceux qui l'avaient connu se taisaient. La guerre avait laissé tellement de cicatrices qu'ils faisaient comme si rien n'était arrivé. Comme si personne n'avait jamais disparu. Pourtant, au détour des forêts, on tombait encore sur des carcasses de tanks que le Comité avait oublié de déblayer. Les cours d'histoire ne remontaient pas au-delà de cinquante ans. Avant, ce n'était que légende. Notre génération était la première née après le Grand-Oubli. Nous supposions que beaucoup... [Lire la suite]
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