13 novembre 2019

Reflets des jours mauves

"Lazare travaillait et souffrait dans la durée. Comme une litanie, lui virevoltait en tête ce passage du livre de Job, cité à foison par son oncle Gilbert : "Qu'il soit éprouvé jusqu'au bout". Dans le texte fondateur, le bout, autrement dit la limite humaine du supportable, possède un sens précis, il suffit de mener la lecture à son terme. Mais où se situait la limite dans sa situation ? Quelle était la nature de la condamnation, et jusqu'où était-il censé mener ce combat éperdu et muet". Au terme de sa carrière, une réception est... [Lire la suite]
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02 novembre 2019

Lundi mon amour

"Pensez-vous sincèrement que les fusées soient rouges et blanches à carreaux, comme de vulgaires nappes de pique-nique ? Que l'on perde son temps à dessiner des moutons quand le vaisseau est en panne ? Que l'on croise dans l'espace des êtres pourvus de deux têtes et trois bras ? Que l'on puisse un seul instant s'aventurer au coeur du soleil sans finir en grillade ? Qu'un jour vienne où les hommes ne savent plus retrouver le chemin de la terre ? Les aliens ... parlons-en ... Qui d'entre vous a déjà croisé un alien ? Vous ? Vous ?... [Lire la suite]
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27 septembre 2019

Alto Braco

"La neige était tombée pendant la nuit et le paysage prenait l'aspect d'une croûte soufflée, de l'omelette norvégienne que Douce servait au réveillon du nouvel an. Les champs givrés s'hérissaient de necks, les anciennes cheminées volcaniques, et de haies d'épicéas repiqués au sommet des collines pour protéger les troupeaux. Des haies étrangement courtes, en forme d'accents aigus ou circonflexes. Une page blanche parcourue de ponctuations noires, voilà ce que j'aurais pu voir si j'avais été un faucon pèlerin, un vautour dans le ciel... [Lire la suite]
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15 août 2019

La terre invisible

"Nous roulions vers Dinslaken où le régiment de Collins venait d'être affecté. Il tombait une pluie d'été, le soleil la traversait, elle lavait la route et les bâches des camions, elle me berçait aussi. McFee conduisait en sifflotant tout bas. A coté de lui Collins observait les champs. J'étais assis à l'arrière. Depuis un mois la guerre était finie. Les routes étaient bien dégagées, des ruches se dressaient au milieu des prairies en fleurs. Peut-être à cause de la pluie qui me berçait, des flots d'images me revenaient comme dans un... [Lire la suite]
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06 juin 2019

Laisser des traces

"Comme dans le poème d'Emma Nizan .. "Je voudrais tant laisser des traces", martèle-t'il, je crois que c'est ce qui m'anime depuis toujours. Le petit gars qui a grandi dans une maison de poupée, qui a été élevé par un peintre en bâtiment et une employée de laboratoire, et qui n'a aucune envie d'être un figurant. Mon nom accolé à une loi qui changerait - en mieux - la vie des gens, mon visage associé à une grande réforme, que sais-je encore ... J'ai trop peur de disparaître sans avoir ... Trop peur que de mon passage ici il ne reste... [Lire la suite]
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25 mars 2019

Une immense sensation de calme

"Un soir, Baba m'avait parlé de l'ancien monde. D'habitude ceux qui l'avaient connu se taisaient. La guerre avait laissé tellement de cicatrices qu'ils faisaient comme si rien n'était arrivé. Comme si personne n'avait jamais disparu. Pourtant, au détour des forêts, on tombait encore sur des carcasses de tanks que le Comité avait oublié de déblayer. Les cours d'histoire ne remontaient pas au-delà de cinquante ans. Avant, ce n'était que légende. Notre génération était la première née après le Grand-Oubli. Nous supposions que beaucoup... [Lire la suite]
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16 mars 2019

Nuit sur la neige

"Au moment où nous fixions les peaux de phoque à nos skis, je me souviens d'avoir dit que j'avais le souffle un peu court et que je ne forcerais pas l'allure. C'était la vérité - l'effet de l'altitude - mais Clarie dut penser que je disais cela pour la ménager, et elle me sourit encore avec une expression dont je jurerais aujourd'hui encore, en dépit de tout ce qui a suivi, qu'elle était heureuse". Nous sommes à la rentrée scolaire 1935. Robin, jeune garçon de 15 ans, intègre une école de Jésuites. Orphelin de père, il fait partie... [Lire la suite]
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04 mars 2019

Où vivre

"Il écrit qu'il se sent chez lui, qu'il ne peut plus imaginer être entouré uniquement de juifs. Ça c'est le ghetto, dit-il, ça c'est les camps. Mais là n'est pas la question. Je me fiche comme d'un poisson crevé que mes voisins d'ici soient des juifs. Qui prie encore, d'ailleurs, autour de nous ? Qui n'a pas retiré sa confiance à celui qu'on ne nomme pas ? La question est d'être maître de son sort. Si je suis chez moi, si j'invente en cultivant, bâtissant, commerçant, le pays qui n'existait pas et ainsi devient mien, personne,... [Lire la suite]
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26 février 2019

Le chapeau de Mitterrand

"Sur le chemin du retour, Pierre passa devant le banc, il hésita. Peut-être devrait-il y reposer le chapeau ? Son propriétaire pouvait revenir dans l'espoir de retrouver son bien. Une jeune femme qui poussait un landau s'arrêta, vérifia que le nouveau-né dormait profondément, s'assit et ouvrit Télé-Poche dont la couverture s'ornait d'un portrait kitsch de Joan Collins. Il était désormais difficile de s'approcher du banc, y déposer le feutre et partir en silence sans passer pour un dérangé, voire un maniaque fétichiste." Voilà un... [Lire la suite]
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16 janvier 2019

Le vestibule des causes perdues

"A Espeyrac le temps avait passé, mais les trois filles étaient toujours là où on les avaient laissées, à la terrasse du Café de la place. Le frais du soir tombait sur les épaules. Mara aida Clotilde à porter son sac, une anse chacune, Clotilde dit : voilà, c'est ainsi qu'il faudrait marcher, partager les poids des sacs, les porter à deux. Elles frissonnaient et n'avancaient pas droit, mais ce n'était pas très grave. Ses victuailles à bout de bras dans des sacs plastique, Marie Thé traînait derrière, regardait ces deux-là, leur... [Lire la suite]
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