28 novembre 2017

Un goût de terre dans la bouche

"Lundi ! A cette heure, je devrais ... Tout s'affole en moi, ça défile à toute vitesse. Ma femme, ma famille, mon patron, mes collègues, mes clients ! Non ! je ne dois plus, je ne veux plus devoir. Je ne veux plus être l'autre que je ne connais pas. Reste à savoir qui je suis, après tant d'années d'absence. Je dois continuer d'avancer, aller au bout de ce qui ne fait que commencer, peu importe le prix à payer". Le narrateur est un cadre d'une trentaine d'années, dynamique, intégré, bien formaté pour vendre et augmenter toujours... [Lire la suite]
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22 novembre 2017

Les forêts de Ravel

"Au volant d'Adélaïde, devenue aussi familière que sa chambre à coucher, le conducteur Ravel acheminait vers les collines fumantes des obus et des vivres, descendait vers les hôpitaux et les points de rassemblement des blessés légers et des rescapés complètement rincés. Il faisait zigzaguer sa Panhard entre les trous creusés dans la chaussée par les éclatements. Parfois un obus éclatait à proximité. Il en sentait à peine le souffle tant sa camionnette tremblait du moteur et cahotait sur le chemin, mais il voyait le bris des branches... [Lire la suite]
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03 novembre 2017

La Grande Arche

"Spreckelsen est inquiet : ces Français se fichent bien de la belle ouvrage. Belmont et Andreu-Chevallier sont inquiets : les retards sont terribles, il faut cravacher. Le maître d'ouvrage est inquiet : les clients ne se bousculent pas ; le Carrefour ne ressemble toujours à rien. Dauge est inquiet : Miterrand le fait venir tous les trois mois pour lui dire : J'ai vu Monsieur Spreckelsen, il est malheureux. Les socialistes sont inquiets : le vent a tourné, la crise économique est rude, nous allons être obligés de compter ; ce n'est pas... [Lire la suite]
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20 octobre 2017

L'archipel d'une autre vie

"En marchant vers le nord, murmura Vassine, on atteindrait le littoral en trois jours, peut-être quatre ..." Il inspira profondément, les paupières fermées, et je crus voir ce qu'il était en train d'imaginer - la taïga s'éclaircit, s'emplit de lumière et, soudain, s'écarte devant un infini brumeux où disparaissent nos peines et nos peurs. Surtout cette peur-là : Ratinsky avait surpris notre conversation, la nuit passée, ce mot imprudent sur le prisonnier politique, et il nous avait dénoncés à Louskass. Nos paroles pouvaient être... [Lire la suite]
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17 octobre 2017

Le jour d'avant

"Je n'avais pas honte. Moi aussi, j'étais un ouvrier. Pour toujours. Paris ne changerait rien, je le savais. Mais il fallait que je quitte le bassin. Je ne voulais pas d'un horizon de terrils. De l'air âcre des cheminées. Je ne pouvais plus passer devant les grilles de la mine, croiser les gars sur leurs mobylettes. Baisser les yeux face aux survivants. Entendre le souffle des chevalements que seul mon Jojo avait le droit d'imiter. J'étais épuisé des hommes à gueules de charbon. Je ne supportais plus de voir leurs mains balafrées,... [Lire la suite]
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28 septembre 2017

Police

"On a confié la sale besogne à des employés sous-payés de quelque administration d'Etat qui devront dormir avec. La responsabilité est dispersée entre la Préfecture, les gardiens, les escorteurs, la Police aux Frontières, les pilotes, les hôtesses, les stewards, pour que chacun ait le confort de penser : ce n'est pas moi, c'est l'autre." Trois gardiens de la paix se retrouvent à devoir reconduire un réfugié Tadjik à l'aéroport. Ce n'est pas leur travail, mais ce jour-là il n'y a qu'eux pour le faire. Deux hommes, une femme.... [Lire la suite]
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05 septembre 2017

Le camp des autres

"Ils ont continué à parler à l'aplomb cru du soleil de mai. Ils ont continué à jongler leurs méfiances, leurs silences, leurs regards, sans jamais être certains de savoir s'ils jouaient finalement dans la même équipe ou l'un contre l'autre. Jean-le-Blanc a respecté les distances de sécurité le temps qu'il fallait pour que l'enfant se rende compte qu'ils étaient déjà ensemble à parler la même langue. Mais rien ne put et ne pourrait jamais faire disparaître les deux pas de recul au fond des yeux de Gaspard, cet arrière-goût dans la... [Lire la suite]
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30 août 2017

Marcher droit, tourner en rond

"Quand j'ai fait part à ma tante de ma surprise à la voir fréquenter autant de mythomanes et de malades mentaux, elle m'a répondu qu'elle me fréquentait bien, moi : preuve qu'elle me prend pour un psychotique au mépris des explications fournies par le professeur Urs Weiss soi-même, qui définit le syndrome d'Asperger comme un variant humain non pathologique voire avantageux, puisqu'il garantit, au prix d'une asociognosie parfois invalidante, une rectitude morale plutôt bienvenue dans notre époque de voyous." Ce roman n'a que 122... [Lire la suite]
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22 août 2017

Vernon Subutex 1

"Sylvie, s'il lui avait parlé sincèrement de sa situation, aurait pu sortir mille euros comme il payerait un café crème. Mille euros, dans son monde à elle, c'est une paire de chaussures. Un sac à main coûte plus que ça. Elle dit souvent "moi je m'en fous de l'argent", comme si c'était une qualité exceptionnelle. Mais elle n'en a jamais manqué - elle a gardé son appartement du divorce, touché une pension alimentaire équivalente à deux SMIC, tout en continuant de dépenser l'argent des propriétés gérées par ses parents. Qui ne se... [Lire la suite]
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02 août 2017

Trois saisons d'orage

"Les hommes, pourtant, estiment pouvoir dominer la nature, discipliner ses turbulences, ils pensent la connaître. Ils s'y engouffrent pour la combler de leur présence, en oubliant, dans un terrible accès d'orgueil, qu'elle était là avant eux, qu'elle ne leur appartient pas, mais qu'ils lui appartiennent. Elle peut les broyer à la seule force de sa respiration, elle n'a qu'à frémir pour qu'ils disparaissent". Après avoir vu passer de nombreux billets élogieux sur cette jeune auteure, je me suis enfin décidée à la lire en choisissant... [Lire la suite]
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