30 novembre 2018

Jeu blanc

"Nous étions comme du bétail. C'est ainsi que nous étions traités. Nourris, abreuvés, contraints de porter notre fardeau quotidien et rentrés à l'abri pour la nuit. Quiconque s'esquivait ou se plaignait était battu devant tous les autres. C'était peut-être cela le plus grand crime : nous rendre complices en faisant de nous des témoins silencieux et impuissants. Parfois des garçons ou des filles parmi les plus âgés s'interposaient pour essayer d'interrompre une correction, mais ils étaient roués de coups jusqu'au sang et emmenés - on... [Lire la suite]
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10 octobre 2018

Une vie entière

"La plupart du temps Egger se taisait pendant les courses. "C'lui qui l'ouvre, l'a les yeux qui s'ferment", avait coutume de dire Thomas Mattl, Egger partageait cet avis. Au lieu de parler, il préférait écouter les gens, dont les bavardages essoufflés l'initiaient aux mystères de destinées et d'opinions étrangères. Manifestement, les gens venaient chercher dans les montagnes quelque chose qu'ils croyaient avoir perdu ils ne savaient quand, longtemps auparavant. Il ne comprit jamais de quoi il s'agissait exactement, mais, les années... [Lire la suite]
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26 septembre 2018

Le goût du large

"Chaque fois que j'entends le mot "migrant", je vois le visage de ce jeune homme. Il ferait un excellent capitaine de cargo. Je lui ai promis de raconter les Hazaras chez nous tant que je pouvais. Je m'exécute et le répète ici comme je vais le répéter à l'équipage philippin de mon cargo. Au coeur de l'Afghanistan subiste une zone fragile de paix, la région de Bamiyan, un merveilleux pays peuplé par des gens aux yeux bridés et aux pommettes hautes. On les appelle les Hazaras". Nicolas Delesalle est grand reporter. Il m'est arrivé de... [Lire la suite]
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04 août 2018

Snjór

"L'atmosphère dans le poste de police était presque visqueuse. Et pas moyen d'imaginer ouvrir une fenêtre, avec le vent qui faisait claquer les bardeaux, une neige de plus en plus épaisse et des températures bien en dessous de zéro. Ari Thór avait mal dormi ces dernières nuits. La visite de l'intrus le hantait encore, et plus encore, la peur panique à l'idée de se réveiller en pleine nuit, incapable de respirer". Rien de tel qu'une canicule pour se plonger dans une enquête tout au nord de l'Islande, là où la température descend... [Lire la suite]
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14 juin 2018

L'histoire très ordinaire de Rachel Dupree

"Un vent chaud arrivait du sud. L'air était tellement chargé de poussière que les pointes acérées de Grindstone Butte disparaissaient derrière un voile opaque. Dans un mois, quand le temps commencerait à changer, je regretterais ce vent. En général, l'hiver ne me dérangeait pas tant que ça. Le travail était différent. C'était l'époque où je confectionnais des patchworks, de nouvelles robes pour Mary et moi, et de nouvelles chemises pour Isaac et John. Mais en cette chaude journée de septembre, j'ai frissonné en songeant à l'hiver... [Lire la suite]
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06 juin 2018

American stranger

"Ce pays a changé en ton absence, Nancy. Ce pays a toujours été incontrôlable, et c'était une grande vertu, car ce qui est incontrôlable demeure libre. Mais il est devenu tellement incontrôlable, il s'est tellement affranchi de toute espèce d'entrave que j'ai peur pour ma famille. C'est une peur sérieuse. Il faut faire quelque chose pour unifier l'Amérique. On a cruellement besoin d'un principe unificateur. Ne te méprends pas, je suis à fond pour le multiculturalisme et tout ça, mais pour mes enfants, je veux savoir ce qui fait... [Lire la suite]
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09 mai 2018

Un ciel rouge, le matin

"Quand on y réfléchit un peu, le vieux,  on se demande bien ce qu'ils ont fabriqué pendant toutes ces années, les Irlandais. Imagine. Tu te figures un peu où vous en seriez, à l'heure qu'il est, si on vous avait laissé vous débrouiller tout seuls ? Penses-y, ça vaut la peine. Pense à quel point le confort s'est amélioré. Je vais te le dire, le vieux. Livrés à vous-mêmes, vous seriez encore plantés là sous la pluie, de la bouse de vache jusqu'à la poitrine, avec le ciel qui vous pisse sur la tête. Terrés au fond de vos forêts... [Lire la suite]
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20 avril 2018

Les filles sont au café

"Serge et mon père ont peu de choses en commun, mais ils partagent la conviction que les enfants, jusqu'à un âge non déterminé - trente ans probablement - ressemblent aux trois singes de la légende, les pattes sur les yeux, les oreilles et la bouche. Ils sont convaincus que les enfants ne voient rien, n'entendent rien et doivent se taire tant qu'on ne leur adresse pas la parole, ce qui n'a guère de raisons d'arriver. Ils pensent, en un mot, que les enfants sont un mal à peine nécessaire". J'aime l'écriture et les histoires de... [Lire la suite]
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16 avril 2018

Ouvre les yeux

"Pendant un moment tu la trouveras différente, comme si toutes ces années et tous ces conflits n'avaient pas eu lieu. Comme si au fond, un instant seulement, tu avais l'impression d'être toujours le même et qu'elle était, elle aussi, toujours la même". Luigi et Francesca se sont beaucoup aimés ; ils ont partagé de magnifiques années, ont eu un fils, Giulio, puis le désamour s'est installé peu à peu, jusqu'à la séparation. Luigi vit dorénavant avec Anna et plus tard Francesca avec Franco. Giulio ne s'est jamais vraiment exprimé sur... [Lire la suite]
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22 mars 2018

Nous étions l'avenir

"Notre système n'était pas favorable aux femmes. Les jeunes filles, les célibataires et même les fillettes de cinquième travaillaient dans les maisons d'enfants. On y manquait toujours de main-d'oeuvre. Destinées initialement à libérer les femmes des soins donnés à leurs enfants, en fait elles les y enfermaient, mais avec d'autres enfants. Il existait une égalité dans le travail féminin, mais uniquement entre femmes, entre mères et célibataires, cette égalité ne s'étendait pas aux hommes, sauf quand ils étaient de garde le samedi,... [Lire la suite]
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