17 décembre 2009
La première neige
La première neige
Après l'avoir regardée
Je me lave le visage
Etsujin.
Vu en tirant mes rideaux ce matin .. les enfants s'amusent à la récré.
12 décembre 2009
Rêverie
Oh ! Laissez-moi ! c'est l'heure où l'horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume,
L'heure où l'astre géant rougit et disparait.
Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu'en ces jours où l'automne décline,
Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt.
Oh ! qui fera surgir soudain, qui fera naître,
Là-bas, - tandis que seul je rêve à la fenêtre
Et que l'ombre s'amasse au fond du corridor, -
Quelque ville mauresque, éclatante, inouïe,
Qui, comme la fusée en gerbe épanouie,
Déchire ce brouillard avec ses flèches d'or !
Quelle vienne inspirer, ranimer, ô génies,
Mes chansons, comme un ciel d'automne, rembrunies,
Et jeter dans mes yeux son magique reflet,
Et longtemps, s'éteignant en rumeurs étouffées,
Avec les mille tours de ses palais de fées,
Brumeuse, denteler l'horizon violet !
Victor Hugo.
Photo Musée des Beaux-Arts de Rouen - Les nuits impressionnistes
01 décembre 2009
Haïku
Ah ! Si tous les jours
je pouvais me sentir aussi bien
qu'au sortir du bain
Ryokan
Peinture Henri Lebasque
24 novembre 2009
Il fait novembre en mon âme
Rayures d'eau, longues feuilles couleur de brique
Par mes plaines d'éternité, comme il en tombe !
Et de la pluie et de la pluie - et la réplique
D'un gros vent boursouflé, qui gonfle et qui se bombe
Et qui tombe, rayé de pluie en de la pluie.
- Il fait novembre en mon âme -
Feuilles couleur de ma douleur, comme il en tombe !
Emile Verhaeren.
11 novembre 2009
Souvenir
Si je mourais là-bas sur le front de l'armée
Tu pleurerais un jour ô Lou ma bien-aimée
Et puis mon souvenir s'éteindrait comme meurt
Un obus éclatant sur le front de l'armée
Un bel obus semblable aux mimosas en fleurs
Et puis ce souvenir éclaté dans l'espace
Couvrirait de mon sang le monde tout entier
La mer les monts les vals et l'étoile qui passe
Les soleils merveilleux mûrissant dans l'espace
Comme font les fruits d'or autour de Baratier
Souvenir oublié vivant dans toute chose
Je rougirais le bout de tes jolis seins roses
Je rougirais ta bouche et tes cheveux sanglants
Tu ne vieillirais point toutes ces belles choses
Rajeuniraient toujours pour leurs destins galants
Le fatal giclement de mon sang sur le monde
Donnerait au soleil plus de vive clarté
Aux fleurs plus de couleur plus de vitesse à l'onde
Un amour inouï descendrait sur le monde
L'amant serait plus fort dans ton corps écarté
Lou si je meurs là-bas souvenir qu'on oublie
- Souviens-t'en quelquefois aux instants de folie
De jeunesse et d'amour et d'éclatante ardeur -
Mon sang c'est la fontaine ardente du bonheur
Et sois la plus heureuse étant la plus jolie
Ô mon unique amour et ma grande folie
Guillaume Apollinaire
30 octobre 2009
Reflets
Et dans ce miroir incertain
J'ai vu de merveilleux matins ...
J'ai vu des choses
Pâles comme des souvenirs,
Dans l'eau que ne saurait ternir
Nul vent morose.
Poème : Renée de Mirmont, mis en mélodie par Gabriel Fauré
Photo : Giverny
24 octobre 2009
L'AUTOMNE EST BIEN LA
L'automne est bien là
Ce qui me le fit comprendre
C'est l'éternuement.
Buson
03 septembre 2009
BOUQUET DE FLEURS
Le poète s'en va dans les champs ; il admire,
Il adore ; il écoute en lui-même une lyre ;
Et le voyant venir, les fleurs, toutes les fleurs,
Celles qui des rubis font pâlir les couleurs,
Celles qui des paons même éclipseraient les queues,
Les petites fleurs d'or, les petites fleurs bleues,
Prennent, pour l'accueillir agitant leurs bouquets,
De petits airs penchés, ou de grands airs coquets,
Et, familièrement, car cela sied aux belles :
- Tiens ! c'est notre amoureux qui passe ! disent-elles !
Victor Hugo
Photos : Giverny
26 août 2009
LUMIERE
La lumière du jour
n'éclaire pas la nuit
Le miroir le plus pur
n'éclaire pas son envers
Comment mon coeur
peut-il être éclairé
Par la pleine lumière
l'immuable sérénité ?
Paegun XIVe siècle
Poème coréen extrait de "Les Mille Monts de Lune" présentés par Charles Juliet
Calligraphies de Bang Hai Ja - Les carnets de calligraphie - Albin Michel
09 août 2009
L'INNOCENCE
Ce poème d'Anna de Noailles m'a irrésistiblement fait penser à une blogueuse, perchée en ce moment même sur un petit nuage, en pleine concrétisation de son rêve ...
Si tu veux nous ferons notre maison si belle
Que nous y resterons les étés et l'hiver !
Nous verrons alentour fluer l'eau qui dégèle,
Et les arbres jaunis y redevenir verts.
Les jours harmonieux et les saisons heureuses
Passeront sur le bord lumineux du chemin,
Comme de beaux enfants dont les bandes rieuses
S'enlacent en jouant et se tiennent les mains.
Un rosier montera devant notre fenêtre
Pour baptiser le jour de rosée et d'odeur ;
Les dociles troupeaux, qu'un enfant mène paître,
Répandront sur les champs leur paisible candeur.
Le frivole soleil et la lune pensive
Qui s'enroulent au tronc lisse des peupliers
Reflèteront en nous leur âme lasse ou vive
Selon les clairs midis et les soirs familiers.
Nous ferons notre coeur si simple et si crédule
Que les esprits charmants des contes d'autrefois
Reviendront habiter dans les vieilles pendules
Avec des airs secrets, affairés et courtois.
Pendant les soirs d'hiver, pour mieux sentir la flamme,
Nous tâcherons d'avoir un peu froid tous les deux,
Et de grandes clartés nous danseront dans l'âme
A la lueur du bois qui semblera joyeux.
Emus de la douceur que le printemps apporte,
Nous ferons en avril des rêves plus troublants.
- Et l'Amour sagement jouera sur notre porte
Et comptera les jours avec des cailloux blancs...
Bon dimanche ...
Tableaux : Henri Le Sidaner - Paul Cézanne - Alfred Sisley















