Bon dimanche
L'autre
L'autre est un Je
Et il est Nous
Il est Elle
et Elle est aussi Il
Et nous sommes tous les autres ...
Tous uniques
et tous
si peu différents ...
Beaucoup de Je
et si peu de Nous ...
Francis Combes.
Edgar Degas
Le guerrier solitaire
"Eté 1994, la petite ville d'Ystad somnole sous la chaleur. Rivés devant leurs postes de télévision, tous les Suédois suivent la Coupe du monde de football. Mais, alors que l'inspecteur Wallander se prépare à partir en vacances, une jeune fille s'immole par le feu dans un champ de colza. Le lendemain, un ancien ministre est tué à coups de hache. Une série de meurtres d'une sauvagerie terrifiante se déclenche.
La police d'Ystad, menée par Kurt Wallander, entame une course contre la montre haletante pour arrêter le tueur avant qu'il ne frappe à nouveau. Mais quel lien y a-t'il entre un ancien ministre à la retraite, un riche marchand d'art et un minable truand ? Pourquoi les victimes sont-elles scalpées ? Et qui est cette jeune fille qui s'est suicidée ? A-t'elle un rapport avec les meurtres ?" (Présentation de l'éditeur).
Une nouvelle enquête de Wallander qui se lit facilement, en tournant les pages de plus en plus vite, même si j'ai trouvé pas mal d'invraisemblances dans le déroulement des évènements et dans les situations évoquées, tant du côté du meurtrier que de l'inspecteur. Toutes les questions trouveront leurs réponses, il suffit d'être patiente. Entre dirigeants corrompus, trafics de jeunes filles, services de police médiocres, familles dans la misère sociale, la Suède paraît en bien mauvais état.
Si je suis accro à la série, c'est surtout à cause de Kurt lui-même, sa personnalité, son désenchantement de plus en plus de grand, ses doutes, ses coups de tête, ses faiblesses. Il est attachant cet homme là ! Même si par moment je voudrais le bousculer un peu. S'il ne manque pas de courage dans ses enquêtes, on ne peut pas en dire autant dans sa vie privée. Son attitude vis-à-vis de la femme qu'il dit aimer, Baiba, est lamentable. Il se débrouille un peu mieux maintenant avec sa fille Linda, mais le vrai souci, c'est son père qui perd la tête. Kurt désirerait ardemment retisser un lien avec lui avant l'inéluctable.
Me voilà à mi-chemin, cinq romans lus, cinq devant moi. Je vais essayer de faire durer un peu le plaisir. Je ne suis pas pressée de savoir ce qui va advenir de Kurt, puisque j'ai compris que l'auteur l'a abandonné à un triste sort, honte à lui !
Henning Mankell - Le guerrier solitaire - 553 pages
Collection Points - 2000
Bon dimanche
B O N N E S F E T E S D E P A Q U E S
Giverny - Avril 2012
Deuxième génération
Deuxième génération est un récit autobiographique, celui de Michel Kichka, dont le père est le seul de sa famille à être revenu des camps.
Michel Kichka est un caricaturiste israëlien célèbre. Il est né et a grandi en Belgique, pays où ses grands-parents s'étaient installés pour fuir les pogroms polonais.
A son retour en Belgique, en 1945, le père de l'auteur a fondé une famille et a eu rapidement deux filles et deux garçons. Il n'a pas parlé de ce qu'il a vécu, mais l'ombre des camps plane en permanence sur le quotidien, rendant l'atmosphère pesante. Le jeune Mitchi, dont les cauchemars sont peuplés de fantômes squelettiques, n'ose pas poser de questions à son père, soucieux de ne pas aggraver sa douleur. Ce silence finira par devenir terriblement étouffant, à des degrés divers pour la fratrie. Le plus jeune fils, Charlie, se suicidera.
A travers un récit très personnel, Michel Kichka fait sentir tout le poids de l'histoire sur une famille. Comment la deuxième génération peut-elle trouver sa place auprès des survivants ? L'auteur essaie de comprendre son père, ce n'est pas toujours facile, il est quelquefois acariatre et a tendance à penser que personne n'a pu souffrir plus que lui. Après s'être tu longtemps, il ne s'arrête plus de parler, écrit un livre sur son adolescence perdue, accompagne des lycéens à Auschwitz.
Le récit se déroule en quatre parties et un épilogue, avec des allers-retours à différentes périodes, l'enfance et la jeunesse de Mitchi, sa vie en Israël avec sa femme Olivia, qui le poussera à dessiner son histoire. Il mettra du temps à le faire "pendant dix ans, j'ai été habité par mon livre. Je l'écrivais dans ma tête en arpentant les rues de Jérusalem et de Paris. Des pages se dessinaient dans mon sommeil pour s'effacer au réveil. Je me trouvais toutes les bonnes raisons du monde pour ne pas me consacrer à l'écriture".
Une belle découverte que ce récit sensible, émouvant, qui ne dissimule rien des moments de lassitude, de rejet, de doute de Mitchi et la difficulté à se situer par rapport à son père. Côté graphisme, le noir et blanc convient très bien à l'histoire, les dessins soignés et nets soulignent les nuances de l'histoire en un rien de temps. J'ai lu un certain nombre de témoignages sous forme de romans, je constate à nouveau qu'une BD peut frapper fort, en condensant les émotions en quelques traits.
A lire et à faire lire autour de soi.
Le site de l'auteur ici
Une interview là
Merci à Masse Critique et aux Editions Dargaud
Michel Kichka - Deuxième génération - 104 pages
Editions Dargaud - 2012
Paysage
Je croyais le voir devant moi mais
il était en moi, ce paysage, ermite
errant comme un rivage cherchant la mer en lui
Jacques Lacarrière.
Les Petites Dalles
Bon rétablissement
"C'est peut-être la perspective de l'échéance qui pointe son museau, qui me donne envie de refaire le chemin à l'envers. Je dis çà comme çà, je n'en sais rien, je n'ai pas l'expérience.
C'est la première fois que je suis vieux".
Jean-Pierre, dit Pierrot, se réveille sur un lit d'hôpital, le bassin cassé en deux, intubé, immobilisé, ne sachant pas comment il est arrivé là. On lui dit qu'il a été repêché dans la Seine où il était tombé, mais il ne se souvient de rien.
Cet homme de 67 ans, veuf, sans enfant, ne s'est jamais beaucoup interrogé sur sa vie présente et passée, là il va avoir tout son temps pour y réfléchir et le bilan n'est pas folichon folichon ..
Je ne pensais pas rire et sourire autant d'une histoire se déroulant entièrement à l'hôpital, lieu hautement anxiogène, mais le vieux grincheux a une façon de voir son entourage haute en couleurs. Il ne s'épargne pas non plus, les descriptions de sa décrépitude sont pittoresques et sans appel "mes abdos sont de vieux élastiques, ma jambe gauche n'est plus qu'un traversin rembourré de ciment. Mon bassin me fait mal, mon dos me persécute, mes bras sont ramollis, ma nuque en prend un coup et je ne parle même pas de mes raideurs matinales - pas du tout triomphantes - ni de ma maladresse générale".
La vie à l'hôpital, l'absence d'intimité, les horaires incompréhensibles, la distance des médecins, la bouffe infâme, tout y passe "j'expérimente la vie à l'hôpital. On m'en avait parlé, je constate par moi-même." Mais il y a de l'animation aussi dans ce lieu, et à sa grande surprise Pierrot ne va pas manquer de visites. Il y a d'abord son frère, avec qui il a peu de liens, bien embarrassé de le voir dans cet état-là. Et puis, son sauveur, Camille, un jeune étudiant sans qui il ne serait plus en vie, Camille dont l'existence n'est pas un tapis de roses. Le flic chargé de l'enquête sur l'accident passe aussi régulièrement parce que Pierrot lui rappelle son père. N'oublions pas Serge, vieux copain d'enfance, grâce au site "copains d'avant", Pierrot est moderne figurez-vous, il surfe sur internet.
Et enfin, une étrange mouflette de 14 ans, sortant de nulle part, obèse, sans gêne, envahissante, avec Pierrot ce sera le choc des cultures ! On sent une très grande tendresse de l'auteur pour les gens légèrement décalés, ce n'est jamais méchant, les évènements sont racontés avec une verve inépuisable.
J'ai adoré cette lecture, elle fait du bien, même si a priori tout était réuni pour que ce soit le contraire. J'ai failli mettre des post-it à toutes les pages ..
"Dix heures du matin, la chieuse est de retour.
C'est devenu une plaie récurrente : tous les jours, elle se pointe à la porte à heures variables et se dandine jusqu'à ma chaise, de son pas de caneton obèse.
Une fois effondrée - car elle ne s'assied pas, elle se laisse tomber - elle mâchouille son chewing-gum, la bouche grand ouverte, ce qui me laisse profiter de l'image et du son.
Je me montre aussi froid et distant que possible avec elle, et je pense pas me vanter en disant que mon possible, dans ce domaine, n'est pas très loin de l'infini.
Elle n'en a cure la plaie d'Egypte.
Pire, je crois qu'elle m'aime bien."
Merci Clara
L'avis de Fransoaz
Marie-Sabine Roger - Bon rétablissement - 205 pages
Editions du Rouergue - 2012
Bon dimanche
Pour rester encore un peu avec le peuple Touva, voici le groupe Huun Huur Tu, que j'ai eu le plaisir d'écouter deux fois en concert.
Chaman
"Après de nombreuses années passées à sillonner le monde, Galsan Tschinag revient vers son peuple, les Touvas, des nomades du Haut-Altaï au nord de la Mongolie, pour y passer le soir de sa vie. Mais la situation est délicate, ses deux disciples chamans, ainsi que son peuple, ne sont pas d'accord sur le chemin à prendre pour affronter l'avenir. La vie nomade traditionnelle et le XXIe siècle se dressent face à face comme deux géants irréconciliables. Pour apaiser les esprits, une caravane est envoyée au Lac Jaune où une colline sacrée doit être consacrée.
La narration tisse des rêves et des souvenirs du narrateur qui passe sa vie en revue pour en retenir les moments les plus importants : scolarité pendant les années 50 staliniennes, études supérieures à Leipzig dans les années 60, la première rencontre avec le Dalaï-Lama en 1981, et la réalisation de son souhait le plus cher : la caravane avec laquelle son peuple retourne en 1985 dans le Haut Altaï pour reprendre le mode de vie traditionnel nomade" (présentation de l'éditeur).
J'aime que la littérature me fasse découvrir des contrées lointaines et des cultures aux antipodes de l'Occident. J'ai été comblée avec ce récit qui m'a transportée dans la Mongolie des nomades. Galsan Tschinag fait partie du peuple des Touvas, minorité plus ou moins malmenée et ostracisée par les pouvoirs successifs en place. Galsan a eu la chance de bénéficier d'une bourse d'études en Allemagne, il écrit d'ailleurs en allemand, et il considère qu'il peut servir de pont entre l'Est et l'Ouest.
Sur la fin de sa vie il décide de revenir s'installer définitivement sur la terre du Haut Altaï, fort de toutes ses expériences passées, mais ne cachant rien non plus de ses doutes et de ses faiblesses. Son souci constant est d'unifier son peuple. Il est considéré tantôt comme un chef éminemment respecté, tantôt comme un gêneur dont il faut se débarrasser. Ses relations avec le pouvoir post-soviétique sont difficiles et susceptibles de lui valoir des ennuis, comme par le passé.
Mais le véritable intérêt de ce récit se situe pour moi dans la description de la vie normade, des rituels chamaniques, du rapport tout autre aux animaux, aux plantes, à la nature. Le visible et l'invisible se cotoient sans aucun antagonisme. L'organisation du clan familial ne manque pas de surprendre parfois, les enfants pouvant par exemple choisir de vivre chez leurs grands'parents plutôt qu'avec leurs parents. Galsan se remet sans cesse en question, cherchant à décrypter ses rêves, toujours soucieux de sincérité et d'honnêteté et voulant faire au mieux pour son peuple.
Au vu du titre, je m'attendais à une description assez poussée du chamanisme, or ce n'est qu'un aspect du récit, la place de chef de clan de Galsan est tout aussi importante. Et le moment venu il sait l'assumer sans se dérober. Galsan écrit avec la bonne distance, une pointe d'humour, une certaine emphase parfois, dont il n'est pas dupe. C'est très plaisant pour le lecteur. Il fait souvent référence à ses livres précédents, presque tous autobiographiques. Je me suis aperçue que j'avais "ciel bleu" dans ma PAL, le récit de son enfance, il ne va pas y rester longtemps.
Un récit pétri d'humanisme, intéressant à plus d'un titre. A découvrir.
"Les gens de mon peuple se considèrent comme un éclat, une fraction de l'univers et, de la même manière, je me sens comme un éclat de l'os de ce peuple, comme une parcelle de sa chair, une goutte de son sang. C'est donc le plus souvent avec un petit sourire, parfois avec un grincement de dents que je supporte leurs défauts, puisque, en fin de compte, il m'est permis de profiter de leur bonté et de leur patience, et de vivre, puis de mourir parmi eux, protégé des vents et baigné de lumière".
Merci à Valérie Guiter et aux Editions Métailié
Un article du Goethe Institut ici, pour en savoir plus sur l'auteur
Galsan Tschinag - Chaman - 250 pages
Editions Métailié - 2012
Toute la journée
Toute la journée
sans un mot
le bruit des vagues
Santoka.









