21 mars 2019

Dans le faisceau des vivants

"C'est la ville de tous ses romans, même ceux dans lesquels elle n'apparaît pas, c'est la ville qu'il n'a pas besoin de nommer pour qu'elle existe, elle est là, enneigée, protectrice, peuplée de Juifs cultivés et inquiets, c'est la ville bordée par la Pruth, la rivière de son enfance, la rivière de la vie, des promenades avec ses parents, la rivière de la mort, Juifs noyés dans les eaux glacées, c'est la ville des écrivains et des poètes, Paul Celan, Ilana Shmueli, Gregor Von Rezzori, c'est la ville le plus à l'est de l'ex-empire... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:49 - - Commentaires [48] - Permalien [#]
Tags :

22 février 2019

Ce nom qu'à Dieu ils donnent

"Qui n'a pas connu de ces nuits d'effroi, où les tempêtes se font intimes et les désespoirs indicibles ? Qui n'a pas connu la peur de ne plus être, la peur de mourir, ou celle, plus terrible, d'être indigne, d'être défait, d'être découvert ? Nous sommes de craintes et de regrets, nous sommes de colère et d'envies, nous sommes humains et bêtes à la fois, dans la terreur de disparaître et de n'être pour finir qu'un patronyme sur une liste, sur une plaque, sur une pierre tombale. Qui se souviendra de nous ? Qui portera notre nom à sa... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:46 - - Commentaires [44] - Permalien [#]
Tags :
03 janvier 2019

Le pèlerin de Shikoku

"Lorsque, après une longue marche, j'arrive sans transition au coeur d'un site magnifique, au sommet d'une montagne qui abrite plusieurs temples majestueux, mes sens aiguisés sont à fleur de peau. Je suis un organisme extrêmement sensible quand je franchis la porte d'enceinte du temple, j'en perçois d'autant plus la beauté et toute la subtilité. Tout me semble judicieusement disposé. La pagode, les sculptures, les lanternes sont à leur juste place et, à chaque fois, cette acuité déclenche un choc esthétique. Il y a là une parfaite... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 07:11 - - Commentaires [36] - Permalien [#]
Tags :
26 septembre 2018

Le goût du large

"Chaque fois que j'entends le mot "migrant", je vois le visage de ce jeune homme. Il ferait un excellent capitaine de cargo. Je lui ai promis de raconter les Hazaras chez nous tant que je pouvais. Je m'exécute et le répète ici comme je vais le répéter à l'équipage philippin de mon cargo. Au coeur de l'Afghanistan subiste une zone fragile de paix, la région de Bamiyan, un merveilleux pays peuplé par des gens aux yeux bridés et aux pommettes hautes. On les appelle les Hazaras". Nicolas Delesalle est grand reporter. Il m'est arrivé de... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:44 - - Commentaires [50] - Permalien [#]
Tags : ,
03 septembre 2018

Paradis (avant liquidation)

"La lenteur règne. La décontraction en vigueur apaise le visiteur ou taquine sa capacité de résistance à l'irritation, selon l'humeur. Dans la rue, on salue l'I-Matang d'un mauri spontané, le sourire coule de source et le rire s'enclenche facilement. Il arrive qu'on me remercie quand je prends quelqu'un en photo. En usant de généralités, on pourra affirmer qu'on rencontre aux Kiribati les gens les plus serviables et les moins efficaces du monde. On acceptera toujours de vous aider et on y parviendra rarement Tout est facile, rien ne... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:34 - - Commentaires [34] - Permalien [#]
Tags :
13 août 2018

Comment je suis devenu moi-même

"Si j'ai eu une vie si riche, si privilégiée, si protégée, c'est en grande partie grâce au travail et à la générosité de ma mère. Assis dans le bistro, je pleurais, le regard plongé dans ses yeux et dans les yeux de tous les réfugiés. Toute ma vie, j'ai exploré, analysé et reconstruit mon passé, mais je comprends maintenant qu'il y a en moi une vallée de larmes et de peine que je ne finirai peut-être jamais de traverser". J'ai découvert Irvin D. Yalom avec "Mensonges sur le divan" qui m'avait fait beaucoup rire et je n'ai pas... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 10:10 - - Commentaires [40] - Permalien [#]
Tags :

31 juillet 2018

A contre-courant

"En tout cas, si à l'instant j'écris ces mots, assis à ma table de travail, c'est bien que j'ai choisi de me remettre, par le souvenir et par la pensée, avec l'outil de la langue, sur le fil de cette marche le long de l'Isère. J'aurais pu, au lieu de cela, partir pour un autre voyage, un vrai, me dédier à d'autres causes, à d'autres projets. Mais non. Dans le temps long de l'écriture, qui dépasse de loin celui du périple qu'elle rapporte, je suis heureux de revenir sur mes traces, j'éprouve le besoin d'en questionner le sens, de... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:42 - - Commentaires [36] - Permalien [#]
Tags :
17 juillet 2018

Ma vie dans les monts

"Ici, m'implantant en ces nouvelles terres, bien que je m'y réfère en pensée, je n'imiterai pas le Henry David Thoreau de Walden, ni non plus Thomas Rain Crowe, son disciple, presque un contemporain. Loin de moi ce rêve juvénile d'arriver à se suffire à soi-même, vivant des produits d'un jardin bio ; je connais ma dette envers l'humanité. Je resterai connecté aux réseaux par une antenne braquée sur un lointain satellite ; j'irai faire mes courses au supermarché avec mon vieux Renault Kangoo ; acheter mon pain ou poster mon courrier... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 06:23 - - Commentaires [34] - Permalien [#]
Tags :
30 mai 2018

Le temps gelé

"Ils se fréquentèrent tout l'été. Totia Tassia, la mère de Valia, soupirait, et il y avait dans ce soupir à la fois le désir de caser au plus vite sa fille, une certaine réticence à l'égard de Gochka, et la crainte que celle-ci ne l'effraie et ne gâche toute l'affaire. Gochka partit à la chasse et revint pour le nouvel an. Valia le reçut chez elle, presque comme s'ils étaient mariés. Tiotia Tassia soupirait sur le canapé, mais bon, Dieu merci, au moins il était revenu entier". Ce recueil est constitué de huit récits se déroulant en... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 13:49 - - Commentaires [32] - Permalien [#]
Tags :
30 avril 2018

Saisons de voyage

"Les visages hirsutes préservés de la poussière par des fichus étalaient du bitume fumant et remuaient des graviers. Je n'étais pas venu au Tibet pour ces travailleurs han, dépaysés sur le toit du monde. Il me semblait alors que j'aurais dû leur tenir rigueur d'oeuvrer ainsi à l'agonie du Tibet chéri de l'Occident. Mais on nous offrait un bol de nouilles dans une hospitalité sincère et des sourires par poignées. Je découvrais qu'on pouvait condamner une politique tout en ressentant une profonde empathie pour ceux qui la servent. La... [Lire la suite]
Posté par aifelle1 à 17:26 - - Commentaires [28] - Permalien [#]
Tags : ,