Le goût des livres

Envie de partager mes lectures, mes sorties, mes balades ...

29 novembre 2009

Fragments de bleu

AB

"Je ne veux pas te parler de grandes choses, je veux te parler seulement de ce qui est presque invisible. Des respirations, des instants dont la lumière brille secrètement sans jamais se corrompre. Le soleil miroite à la surface des vagues. Les enfants courent sur la plage. Leurs rires, leurs voix, leurs appels traversent l'air. On entend l'eau, l'espace et le temps infini qui se déploient dans leurs cris".

Ce livre est un petit ovni littéraire, un vrai bijou. La quatrième de couverture mentionne "roman", j'ai eu beaucoup plus l'impression d'un journal intime qui ne se serait adressé qu'à moi. Une femme dans la cinquantaine écrit à son compagnon dont elle partage la vie depuis trente ans. Des fragments de vie sont évoqués, des émotions, des rencontres, le temps qui passe, la mémoire, la naissance, la mort ...

L'écriture est poétique, allusive, elle touche au plus profond de l'être. Des mots qui sont comme chuchotés, qui effleurent l'âme. De quoi est faite une vie ? J'annote rarement mes livres, là j'aurais voulu le faire constamment.

"J'écris parce que les mots posés sur une page ne sont plus à formuler, on peut aller vers autre chose. Ils ont laissé la trace de leur passage. Ce qui s'inscrit peut s'oublier. J'écris parce que les mots nouent le désir avec la peur, l'amour avec la haine, la mort avec la vie. Ils construisent des châteaux et les renversent. J'écris parce que les mots posés ne sont pas les mêmes que les mots parlés. Ce sont des mots gardés, des mots goûtés, des mots sauvés, des mots choisis un à un pour former une flèche touchant au coeur".

Tant de livres ne parlent que de malheurs et de destructions, celui-ci laisse une large place à ce qui se construit tout au long d'une vie, patiemment et avec amour. Un livre dans lequel je retournerai picorer régulièrement ..

Merci à Cathulu

Le site de l'auteure

Catherine Leblanc - Fragments de bleu - 143 pages
Editions Oslo - 2008

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25 novembre 2009

Vers l'aube

AB"Murdo Munro travaille dans les forêts de son île natale sur la côte ouest de l'Ecosse. Il s'est depuis longtemps résigné à sa solitude et à l'hostilité froide de sa femme, lorsque, le jour du mariage de sa fille, devant la perspective du face-à-face conjugal qui l'attend, il décide de brûler sa maison et de disparaître. Munro marche dans cette forêt qu'il aime, monte dans un bateau et va rejoindre la ferme de sa soeur". (4e de couverture).

A partir de là, Murdo va se lancer dans une errance incessante, sans parvenir à décider vraiment ce qu'il va faire maintenant de sa vie et s'il va ou non affronter les conséquences de son acte.

Au terme de ma lecture, je suis très partagée. Il y a des descriptions de nature somptueuses. Munro est garde-forestier, il est habitué à vivre rudement et à observer les animaux et la forêt. Il y a quelque chose d'envoûtant à suivre sa fuite éperdue dans des paysages que l'on devine d'une austère beauté.

"En passant le sommet d'une côte, Murdo déboucha au-dessus d'une petite vallée suspendue. Entourée de blocs de roche bas et tordus, sa surface était parfaitement plate, une prairie fermée d'herbes beiges et vertes brillant au soleil et à l'abri du monde extérieur. Tout au bout, ou un col étroit formait une entrée naturelle, deux jeunes cerfs cessèrent de paître pour lever la tête et, avec une force naturelle, firent demi-tour et disparurent bientôt. Au-dessus de cette ouverture, un faucon crécerelle, effrayé un court instant, changea de cap et prit une nouvelle posture vibrante dans les airs".

Seulement voilà, Murdo, le personnage principal, m'est apparu très vite antipathique. A l'aube de ses 60 ans le bilan qu'il fait de sa vie est terrible et sa solitude totale. C'est un homme qui a vécu passivement, n'a pas réagi quand sa femme s'est détachée de lui, ni quand elle s'est arrangée pour empêcher tout lien avec sa fille. Il s'est contenté de se refugier dans l'alcool, comme beaucoup d'autres sur l'île. Il est dépeint comme un être assez frustre, bourré de tics, sans grande personnalité.

Sa première étape, chez sa soeur Bessie à laquelle il est très attaché est le moment où j'ai ressenti le plus d'intérêt pour lui, il semble avide de contacts humains, il veut croire à une nouvelle vie, jusqu'au moment où un évènement le fait reprendre précipitamment sa fuite en avant.

J'ai éprouvé de plus en plus de malaise à le voir se dérober constamment devant tout ce qui le perturbe, continuer à dissimuler la vérité et à tergiverser sans cesse. Finalement, il aura passé sa vie à fuir et à se taire, malgré toute la rage accumulée. Quand il retrouve un peu de courage, il s'effondre vite dès que la réalité le rattrape. Comme nous ne voyons l'histoire qu'à travers lui et qu'il est souvent seul, j'ai eu l'impression de tourner en rond.   

Les descriptions de la nature, aussi magnifiques soient-elles m'ont paru prendre trop de place par rapport à l'histoire. Ces réserves sont très personnelles, je ne voudrais décourager personne de le lire, l'écriture est très belle et d'autres lectrices ont ressenti de l'empathie pour Murdo.

Merci à Keisha qui, très près d'un gros coup de coeur, en a fait un livre-voyageur.

Kathel n'a pas été convaincue non plus. Marie pense que c'est un roman magnifique. Pascale a été séduite.

Vers l'aube - Dominique Cooper - 186 pages
Editions Métailié - 2009

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20 novembre 2009

L'argent, l'urgence

L_argent_l_urgence

"Stop. Règle n° 1 : ne pas se laisser abattre. (vous vous l'êtes promis, non ?). Ce n'est pas le moment. Cà commence à peine. Une journée à tenir (la première). Si vous laissez le découragement vous atteindre dès le début, cela va vous paraître interminable. Cà le paraît déjà (je sais). Mais (gare) çà peut être pire. Respirez. Mieux. Respiration profonde. Encore. Oui. C'est mieux. Du mouvement. Ne restez pas inactive. Faites quelque chose. N'importe quoi (d'autre)."

Quel livre coup de poing ! J'ai été subjuguée par l'écriture qui rend à la perfection l'état dans lequel se retrouve la narratrice. Elle est contrainte d'accepter un travail qui ne lui convient pas du tout pour éponger les dettes qui s'accumulent. Son compagnon qui n'est nommé que sous le vocable "l'homme-à-élever" la pousse à accepter ce travail, lui-même ne pouvant pas en chercher un (trop fragile).

Elle y laisse peu à peu son âme, ses forces, ses désirs, ses envies. Avant, elle avait un atelier et créait des pièces uniques. Au début, elle résiste en allant se réfugier à l'atelier pour y retrouver ses pensées bien à elle, mais l'homme-à-élever l'en déloge peu à peu. Elle se laisse vampiriser par lui jusqu'à perdre de vue sa propre personnalité.

Elle glisse vers une non-vie où elle ne ressent plus rien, même plus la nécessité de se dégager de ce travail qui la dévitalise complètement, et de l'homme-à-élever qui ne pense qu'à lui. Au moment où l'on désespère de la voir se sortir de là, une étincelle survient qui lui permet de reprendre doucement sa vie en main.

"Comprendre. A ce point. Excuser. Qui vous a appris çà ? De nos jours ! Education réussie (c'est du joli). A l'ancienne (vous çà ne compte pas). Réussie dehors. Dehors seulement. Parce que dedans, çà hurle. Cà hurle dans votre tête (migraine). Cà hurle dans chacune de vos cellules : qu'il vous lâche. Qu'il vous lâche enfin. Que surtout (oui surtout) il arrête de s'occuper de vous. Que surtout (oui surtout) il s'occupe de lui (Et vous ? vous vous occupez de qui ?). Dedans çà hurle : et que surtout merde il laisse votre argent, votre putain d'argent que vous vous emmerdez tant à gagner, qu'il le laisse tranquille. Tranquille."

J'ai rarement eu l'impression aussi forte d'être dans la tête de la narratrice. Les phrases très courtes, seulement un mot parfois, les parenthèses, rendent admirablement ce qu'elle pense, ce qu'elle devrait penser et faire (d'après elle) et ce qu'elle suppose que les autres voient. Elle est d'une implacable lucidité, ce qui ne lui donne pas pour autant la force de réagir, sauf à la fin.

Les premières pages m'ont déconcertée, mais très vite j'ai adhéré au style et n'ai eu aucun mal à me couler dans l'histoire. Je vais vite lire un autre roman de l'auteur.

Merci à Anne pour cette belle découverte.

L'avis d'Antigone

Le billet de Pierre Assouline

L'argent, l'urgence - Louise Desbrusses - 170 pages
Editions P.O.L. - 2006
   

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17 novembre 2009

Cabine commune

AAAA

- Dites, il est taille basse ce pantalon ?
- Oui, un peu
- C'est insensé ! on ne peut plus trouver un pantalon normal. Je suis consternée.
- Je sais Madame, c'est la mode qui veut çà. Il faut prendre l'habitude .. Je vous assure, on s'y fait.
- Ah non, je ne pourrai jamais m'y faire ! J'ai toujours l'impression que je vais le perdre, qu'il va tomber, et puis les collants dépassent. Et quand vous levez les bras hein ? Je suis bibliothécaire, moi. Dans un lycée. Vous imaginez, si j'attrape un livre devant une flopée de mômes et qu'on voit mon ventre à chaque fois ? Pire ... ma culotte ?
- Vous exagérez .. nos pantalons ne sont pas taille basse à ce point. Vous devriez essayer celui-ci. Et puis ne vous inquiétez pas : la taille haute revient, tous les bureaux de style le prédisent.
- Oui, ce serait une bonne chose. Parce que toutes ces gamines avec le string à l'air, moi je vous le dis, c'est un appel au viol. Après, il ne faut pas s'étonner.

Si vous avez besoin de rire, n'hésitez pas, foncez sur ce roman. Tout est de la même veine que l'extrait. Il est fait uniquement de dialogues extrêmement vivants et enlevés tenus dans la cabine commune d'un magasin que l'on devine parisien et branché, entre le personnel et les clientes. Il y a forcément tôt ou tard un passage où l'on se reconnaît peu ou prou dans la cliente ..

C'est un reflet, même pas exagéré, de la société de consommation dans toute son inutilité, son exagération, son inflation, et qu'est-ce que c'est drôle ... Je crois pouvoir affirmer que c'est un livre typiquement pour filles.

Je l'ai dévoré sur un trajet en train, un samedi de novembre, en allant à Paris. Autant vous dire que dans certains quartiers, devant certains magasins, j'avais l'oeil qui frisait .. j'étais en adéquation avec le livre dans mon sac (sauf que je n'ai pas joué les clientes !).

- Jeune homme ?
- Oui ?
- J'ai demandé un caban en cuir ... A une blonde ... J'attends toujours.
- Elle va revenir, ne vous inquiétez pas.
- Je n'ai pas que çà à faire ! Vous ne voulez pas aller me le chercher ?
- Madame, çà fait deux minutes qu'elle est partie ... Regardez, la voilà.
- Le caban, en 38.
- Vous avez mis le temps !
- Excusez-moi Madame, j'ai dû défaire toute la vitrine pour vous le décrocher... Tenez ... Alors ? Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Non, c'est moche. Et puis le cuir est trop lourd. Merci quand même.
- Mais de rien ...

L'avis de Cathulu Celsmoon

Objectif_PAL

Cabine commune - Delphine Bertholon - JC Lattès - 2007

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13 novembre 2009

Mon père n'est pas mort à Venise

Sophie_Poirier

"Marianne découvre parmi les archives de son père un étrange carnet. Il contient des pages entières d'avis de recherche découpés dans des journaux. Avec ces filles perdues qu'il faut bien retrouver, cela devient aussi l'histoire de Marc, le détective engagé par Marianne. Et puis il y a les pères, partout. Comme des ombres inquiétantes. Ces pères qui ont traversé 68 et qui n'ont transmis à leurs enfants, pour se défendre, qu'un certain goût de la liberté." (présentation de l'éditeur).

Voici le deuxième roman de Sophie Poirier, dont j'avais beaucoup apprécié   "la libraire a aimé". J'ai retrouvé le ton qui m'avait tant plu, une certaine mélancolie, des personnages aux vies pas très flambantes mais tellement attachants. Du moins pour Marianne et Marc, parce que le père apparaît nettement moins sympathique, amateur de chair fraîche, revendiquant une entière liberté, mais s'intéressant très peu à sa progéniture. Un vieil égoïste quoi ..

J'ai suivi avec inquiétude et intérêt l'enquête de Marc sur les filles disparues. C'est surtout le prétexte a dresser un portrait des pères soixante-huitards, qui n'ont pas transmis grand'chose à la génération suivante. Il y a de très belles pages sur ce thème là à la fin du roman.

"Il fallait taire le moment où ils avaient dit à leurs enfants : "deviens qui tu veux". Soit il ne supportaient pas de les voir pousser, sauvages, et alors ils avaient tenté de les ranger dans des cases. Soit ils les avaient encouragés à être, sauvages, et alors ils ne supportaient pas de s'être eux-même rangés dans les cases. Il y avait de la punition dans l'air. Avec les punis, des coupables.

Autrefois les hommes, et la solidité des métiers, organisaient la vie de tous. Puis ils sont devenus les premiers chômeurs, les premiers divorcés, et maintenant les premiers à mourir, nos pères se désagrégaient, incapables de montrer la route".

Le métier de Marianne est "super-contrôleuse" à la SNCF (elle contrôle les contrôleurs !). Existe-t'il en vrai ce métier ?  C'est l'occasion de têtes de chapitres originales : "ouverture de secours" "rappel alarme" etc ...

Un deuxième roman plus élaboré, qui confirme que Sophie Poirier est un auteur à surveiller ..

L'avis de Liliba

Le blog de Sophie Poirier, connue sous le pseudo de Ficelle

Mon père n'est pas mort à Venise - Sophie Poirier - Ana Editions

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09 novembre 2009

Terre des affranchis

terre_des_affranchis

Le jeune Victor Luca vit avec son père, sa mère et sa soeur, dans une maison à l'écart du village de Slobozia, en Roumanie. Le père de Victor est brutal, violent, sa mère pieuse et très pratiquante, en dépit du rejet de la religion par le régime communiste.

A l'arrivée au pouvoir de Ceaucescu, le village continue à vivre comme par le passé mélangeant religion orthodoxe et croyances païennes, accordant un respect  rempli de crainte aux esprits, fantômes, morts-vivants qui peuplent la forêt voisine et surtout le lac de la Fosse aux Lions au coeur de cette forêt.

Victor n'a pas peur de la Fosse et y trouve refuge, au point de s'apercevoir un jour que le lac le protège et va l'aider à se débarrasser de son père. Ce sera son premier meurtre. Il y en aura un second qui l'obligera à rester caché vingt ans durant dans sa propre maison, farouchement préservé du monde extérieur par sa mère et sa soeur, ne sortant que la nuit pour aller jusqu'à la Fosse.

Le prêtre à qui il a fini par confesser son crime lui confie des manuscrits interdits à recopier, espérant que la méditation sur les textes qui en découlera pourra aider Victor à donner du sens à l'acte qu'il a commis et aboutir à sa rédemption.

"Victor recopia le texte avec grand soin. Il ne voulait commettre aucune erreur qui aurait pu déformer le sens de ce témoignage. Hors de question aussi de gaspiller le précieux papier en en recommençant un exemplaire. Aussi, Ana et Eugénia veillaient-elles discrètement en jetant des coups d'oeil furtifs au-dessus de son épaule. Le travail avançait lentement, mais le résultat était de qualité"

Ce roman envoûtant ne se limite pas à cette histoire là. Il y a avant tout la présence de la nature, toute puissante, la forêt profonde, le lac mystérieux doué d'une vie propre et intervenant toujours pour sauver la mise de Victor. Et aussi le quotidien d'un village, un univers qui paraît archaïque et intemporel, puis le chapitre suivant nous ramène à la réalité qui est le régime de Ceaucescu, sa sécuritate et la terreur qu'elle fait régner.

C'est ce va et vient et le choc entre deux mondes antagonistes qui font la force du récit. Entre les vieilles croyances et la peur du régime en place, les villageois oscillent et se cherchent des boucs émissaires au fil des disparitions qui surviennent.

Victor réussira à s'en sortir jusqu'au bout, trop facilement à mon gré, en profitant d'un sacrifice qui n'est pas le sien. Impossible de ne pas faire une comparaison avec la Roumanie, où tant de "camarades" se sont corrompus et voudraient obtenir un pardon d'office, sans passer par la case reconnaissance des faits et culpabilité.

J'ai plutôt lu cette histoire comme un conte fantastique, très empreint d'une terre et d'un imaginaire lié à cette terre, n'oublions pas que nous ne sommes pas très loin du fief de Dracula. C'est un premier roman qui a du souffle, malgré quelques maladresses. L'écriture est simple et fluide.

Liliane Lazar est née en Moldavie roumaine. Elle a passé son enfance dans la grande forêt qui borde le village de Slobozia, où son père était garde-forestier. Elle a écrit directement en français.

A suivre attentivement ..

L'avis de Cathulu Esmeraldae Kathel Lael Moby Livres Papillon

Lu dans le cadre de l'opération babelioque je remercie, ainsi que les Editions Gaïa.

Terre des Affranchis - Liliane Lazar - Editions Gaïa - 2009

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06 novembre 2009

L'amour est très surestimé

l_amour_est_tres_surestime"Nous allons dire aux enfants que leur vie va changer, avec des mots trompeurs et lâches, dire qu'ils ne doivent pas être inquiets. Leurs parents les aiment, c'est ce qui compte, allons-nous répéter. Leurs parents sont laminés, épuisés par les nuits sans sommeil, les tentatives de sauvetage, les longs tunnels comateux, l'espoir enfui, mais leurs parents vont se tenir devant eux, presque souriants, et vont prononcer deux phrases, tout au plus, deux ou trois phrases composées tout spécialement pour l'occasion, un enchaînement de mots qui dira l'amour, l'amour qu'on a pour eux et l'amour qu'on n'a plus pour nous".

Petit recueil de onze nouvelles qui parle de rupture, de désamour, de séparation, d'objets, de manque ... On peut penser que dans certaines nouvelles, c'est la même femme qui s'exprime à des moment différents. La réussite de ces nouvelles est dans le ton, qui pourrait paraître banal mais est tellement juste et subtil. L'impression d'avoir entendu ces mots-là cent fois, que c'est exactement comme cela que çà se passe.

L'ensemble dégage une certaine tristesse, comme toutes les situations qui se terminent mal, mais en même temps la vie va suivre son cours et continuer. Seule la dernière nouvelle échappe à l'échec et parle d'une quinqua qui redit son amour à son mari après le départ des enfants. Une bouffée d'oxygène ..

Je me suis lancée dans cette lecture après une rencontre avec Brigitte Giraud, sur le thème de son dernier livre "une année étrangère". J'ai apprécié ce moment d'échange avec une femme très intéressante et accessible.

L'avis de Clarabel Liliba Sylire

BG

L'amour est très surestimé - Brigitte Giraud - Stock - 2007

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04 novembre 2009

La chorale des maîtres bouchers

AAA

"1918. De retour du front, Fidelis Waldvogel, un jeune soldat allemand, tente sa chance en Amérique. Avec pour seul bagage une valise pleine de couteaux et de saucisses, il s'arrête à Argus, dans le Dakota du Nord où, bientôt rejoint par sa femme et son fils, il décide d'ouvrir une boucherie et de fonder une chorale, en souvenir de celle des maîtres bouchers où chantait son père."

J'ai été enthousiasmée par ce roman et ne sait comment rendre compte de la richesse que j'y ai trouvée. Bien sûr il y a une trame principale, l'histoire de Fidelis et sa femme Eva,  ainsi que celle de Delphine et Cyprian, mais il y a surtout une multitude "d'histoires dans l'histoire" qui en font tout le sel et l'intérêt.

Il s'agit d'une fresque qui s'étend des années 20 aux années 50 et retrace la vie d'une petite ville dans une région très imprégnée de la présence des Indiens. Ils ne sont jamais évoqués frontalement, mais les massacres qui se sont déroulés il n'y a pas si longtemps imprègnent l'atmosphère et les mémoires. Et puis, il y a la grande crise de 1929 qui rend la vie si précaire et si dure.

Louise Erdrich nous parle de gens ordinaires, menant une vie ordinaire (quoique !! pas toujours) et se débrouillant comme ils peuvent avec la rudesse du monde qui les entoure. Les personnalités sont fortes, il y a une nuance infinie de sentiments et d'émotions. J'ai particulièrement été touchée par Delphine qui, pour moi, est l'élément central du livre, Delphine, cette jeune femme lumineuse et sensible, affligée d'un père alcoolique et ingérable qui ne lui révèlera jamais qui était réellement sa mère.

"En entrant dans la cuisine d'Eva, quelque chose de profond arriva à Delphine. Elle ressentit une fabuleuse expansion de son être. Prise de vertige, elle eut l'impression d'une chute en vrille et puis d'un silence, à la façon d'un oiseau qui se pose. Elle s'assit sur le genre de chaise solide à dossier carré qu'appréciait Cyprian pour ses équilibres, pendant qu'Eva tirait d'un pot en terre des cuillérées de grains de café, les versait dans un moulin, puis se mettait à tourner une petite manivelle en fer sur une série d'engrenages qui broyaient les grains torréfiés".

Les années et les évènements se succèdent, les quatre enfants de Fidelis et Eva grandissent. La deuxième guerre mondiale s'annonce. Les deux plus jeunes fils de Fidelis sont repartis en Allemagne et combattront dans les rangs ennemis, tandis que le fils aîné s'engagera dans l'armée américaine.

Les personnages secondaires sont successivement mis en lumière et je n'oublierai pas de sitôt "Un pas et demi" la femme errante, Clarisse, la meilleure amie de Delphine qui manie le couteau avec dextérité, "Tante", la soeur de Fidélis, le shériff Hock et les habitants d'Argus.

"Tante bouillait. Delphine le sentait comme une bouffée de gaz méphitique échappée des égouts municipaux juste au bout de la rue. Sa réputation au bourg, et parmi son groupe de fidèles luthériens, s'était amoindrie quand son propre frère lui avait demandé de quitter sa maison et avait fait venir cette Delphine, une femme qui - Tante rassemblait sans mal les renseignements - était la fille de l'ivrogne du coin, soupçonné de meurtre, un catholique, et même pire, un Polonais, une femme mariée (si elle l'était, on murmurait qu'elle ne l'était pas) à un homme trop beau d'allure étrangère qui vivait sous son toit, une ancienne comédienne de théâtre et, avait-elle besoin de le souligner, presque une p.....".

J'ai trouvé que le récit avait moins de souffle dans le dernier quart ; cette impression a été complètement balayée par le dévoilement dans les dernières pages d'un mystère qui a plané sur tout le livre. Du grand art !

Un excellent roman que je vous recommande chaudement.

J'avais été déçue par "dernier rapport sur les miracles à Little No Horse" lu à sa sortie. Je me demande maintenant si je ne suis pas passée complètement à côté et j'ai l'intention de le relire.

L'avis de GeishaNellie Kathel Keisha Papillon

chez_les_filles

Je remercie Suzanne de Chez les Filles et le Livre de Poche de m'avoir permis de revenir radicalement sur ma première impression de Louise Erdrich.

La chorale des maîtres bouchers - Louise Erdrich - Albin Michel - 2005

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31 octobre 2009

Mange, prie, aime

Mange_Prie_AimeL'auteur, Elizabeth Gilbert, après un divorce désastreux et une liaison non moins calamiteuse, décide de s'accorder une année sabbatique pour se consacrer à une recherche intérieure spirituelle qui la préoccupe depuis longtemps.

Une arrivée d'argent providentielle lui permet d'envisager un voyage dans l'un des pays suivants : l'Italie, l'Inde ou l'Indonésie (Bali). Ne voulant pas choisir entre ces différentes destinations, elle divise en trois l'année et passera quatre mois dans chacune d'elles.

L'atout majeur de ce récit est l'humour. Elizabeth Gilbert manie l'auto-dérision avec dextérité et bonheur. Elle réussit même à décrire les périodes les plus pénibles de sa vie de manière désopilante, ce qui rend la lecture extrêmement facile et agréable.

Elle arrive dans le premier pays choisi, l'Italie, en miettes, très mal remise de sa liaison, déboussolée. Elle sait seulement qu'elle veut apprendre l'italien, une langue qui l'enchante. Elle vit seule pour la première fois depuis longtemps.

"Je grimpe jusqu'à mon appartement, au quatrième étage, seule. J'entre dans mon minuscule studio, seule. Je ferme la porte derrière moi. Un autre coucher solitaire à Rome. Une autre longue nuit de sommeil devant moi, avec personne ni rien dans mon lit, sinon un tas de guides de conversation et de dictionnaires italiens. Je suis seule, toute seule, complètement seule. En interceptant cette réalité, je lâche mon sac, je tombe à genoux et j'appuie mon front contre le sol. Là, avec ferveur, j'adresse à l'univers une prière de remerciements".

Elle se fait des ami(e)s, apprend laborieusement la langue, et surtout découvre la cuisine italienne. Elle se coule avec facilité dans la vie à Rome et s'attarderait bien là, mais le temps arrive où elle doit partir pour l'Inde, dans un ashram où elle a l'intention d'approfondir sa pratique du yoga et de la méditation.

Le ton change, l'atmosphère aussi. Elle passe de la légèreté et les distractions, à l'ascèse de la prière et du strict minimum. Elle se débat avec son impatience, les douleurs, les ruminations constantes de ses anciennes amours et sa tentation d'y retourner.

"Cela dit, quelle est la bonne heure du jour, ou de la vie, pour rester assise sans bouger et détachée de tout ? Quelle est l'heure où il n'y a pas quelque chose qui bourdonne autour de vous, qui tente de vous distraire et de vous faire sortir de vos gonds ? Aussi ai-je pris une décision, inspirée une fois encore par mon guru, selon laquelle nous sommes tous appelés à devenir les savants de notre propre expérience intérieure. Je me suis dit que j'allais tenter une expérience. Et si pour une fois je m'y collais ?".

Au terme des quatre mois dans l'Ashram, Elizabeth a nettement gagné en calme et en sérénité et ce n'est pas sans une petite appréhension qu'elle part pour Bali, rejoindre un sorcier, sur la vague indication qu'il lui a donnée des années plus tôt, affirmant qu'elle viendrait un jour le rejoindre ..

Après sa relative mise à l'écart du monde en Inde, elle renoue avec une vie sociale à Bali et y découvre une culture qui la séduit et pas seulement la culture .. C'est là qu'elle rencontrera enfin à nouveau l'amour, même si ce n'est pas sous la forme qu'elle l'imaginait. La description de la vie quotidienne sur l'île est très vivante et intéressante, en dépit du fait que c'est dans cette partie que j'ai le plus senti le décalage entre une américaine "nantie" et une population résignée subissant une misère certaine.

Sous une apparence légère, Elizabeth Gilbert pose des questions essentielles et profondes. La sincérité de sa démarche est évidente et fait passer les côtés un peu trop américains à mon goût (prie ardemment et tu obtiendras ce que tu désires, ainsi que quelques relents new-âge ..).

J'ai ouï-dire que le livre va être adapté au cinéma, avec Julia Roberts dans le rôle principal. A suivre ..

L'avis de Abeille Belle de Nuit Géraldine

Objectif_PAL

Elizabeth Gilbert - Mange, Prie, Aime - Calmann-Lévy - 2008

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28 octobre 2009

LA PETITE TROTTEUSE

la_petite_trotteuse

"D'un geste machinal, j'avais mis la montre en marche. Le tic-tac avait surgi avec une violence inattendue. J'avais cru ne pas survivre à ce bruit presque imperceptible, cette course inexorable de la petite trotteuse qui me donnait le vertige. Trente ans après sa mort, mon père me quittait de nouveau. La douleur était entrée en moi d'une seul coup." (4e de couverture)

Dans la série "je lirai tout de cet auteur", voici ma deuxième lecture de Michèle Lesbre. J'ai moins aimé l'histoire que celle du "Canapé Rouge" mais ce qui importe le plus à mes yeux c'est l'écriture, toujours très délicate et élégante.

Dans ce roman, la narratrice a décidé de visite 30 maisons, pas une de plus, pas une de moins. Elle n'a pas l'intention d'en acheter une, le lecteur se rend compte au fil des pages qu'il s'agit surtout de retrouver son père, ce père tant aimé et qui a gardé tout son mystère.

Comme dans "le canapé rouge" j'ai retrouvé le thème de l'errance, du voyage, de la surprise des rencontres imprévues. Ici encore un homme intriguant, une mère et une fille aubergistes, en compagnie d'un chat orange. Rien de spectaculaire chez Michèle Lesbre, une atmosphère prenante et pleine de subtilités qui me fait tourner les pages avec délectation. Au fond, elle pourrait raconter n'importe quelle histoire, je la suivrais ..

"Mon couvert était mis sur une petite table ronde. Une fleur était posée à côté de mon assiette. J'ai eu une soudaine envie de pleurer, comme si je rentrais chez moi après un drame auquel j'aurais fait face toute la journée, et que j'étais désormais dans une solitude extrême dont je ne me sauverais pas. Je connaissais ce sentiment, mais je ne savais plus dans quelles circonstances il était survenu avec la même violence. Sans doute à plusieurs occasions que je préfèrais ignorer."

L'auteur rend très vivante la présence d'une maison, ce qui l'anime, la mémoire des murs et la dernière qu'elle visite lui réserve une histoire d'amour tragique, face à la mer.

Cette quête des origines est pleine de mélancolie, ce n'est pourtant pas le sentiment de tristesse qui l'emporte. Se remet-on jamais de son enfance ? Peut-être qu'au bout de ce périple la narratrice aura accompli un voyage intérieur lui permettant de se libérer du passé.

"Les choses arrivent, les évènements, les anecdotes, les soubresauts des jours. Parfois la vie semble n'être que cela, rien que cela. Elle se faufile entre une multitude d'accidents heureux ou malheureux, de rencontres et de séparations, de détails infimes dont le sens nous échappe le plus souvent. On se demande quand tout va s'organiser enfin, être tangible, évident".

Je compte bien poursuivre ma découverte de Michèle Lesbre bientôt, peut-être avec "sur le sable".

L'avis de Tania et sans doute bien d'autres, n'hésitez pas à me le signaler.

Michèle Lesbre - La petite trotteuse - Sabine Wespeiser - 2005

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