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"Un nombre incalculable de livres, romans ou récits, racontent un premier amour. Cette jeunesse, cette naïveté affective, cette fraîcheur de corps et de confidences - combien tout cela nous émeut ! Nous, les lecteurs, nous aimerions tant éviter à ces jeunes la souffrance de la première séparation. Et qu'en est-il de l'amour ultime : si insensé, si inesthétique ? Quelle image pathétique : un vieil homme bedonnant, l'air béat, vêtu d'un élégant costume, le sourire dévoilant un dentier flambant neuf (résultat de tortures physiques et d'un gros effort financier) ; à son bras, une jolie jeune femme aux ongles d'un rouge carnassier".

J'ai déjà eu l'occasion de vous dire tout le bien que je pense de cette auteure, ici et . Il s'agit comme d'habitude d'un texte court, plutôt une nouvelle qu'un roman. Il se déroule entre Prague, la Pologne et Montréal. Une certaine confusion est entretenue entre réalité et fiction, s'agit-il de l'auteure ou d'une narratrice ? mais ce n'est guère important pour apprécier l'écriture et le charme suranné qui se dégage d'une ambiance vieille Europe, surtout Prague qui exerce une véritable fascination sur la voyageuse.

Il est question ici de périples en train où se racontent des histoires qui ne se diraient pas ailleurs. Un Polonais fait grand effet à la narratrice en lui confiant les souvenirs de son premier amour et l'issue affreuse qui lui a été réservé. Impressionnée, elle comprend que l'homme s'est exilé lui aussi à Montréal et elle fait tout pour le retrouver, sans s'expliquer pourquoi.

Un texte en fin de livre précise le genre de littérature que l'auteure apprécie et qui correspond à ce qu'elle cherche à faire. Je suis toujours étonnée de tout ce qu'elle arrive à dire sans un mot de trop, en si peu de pages. Une auteure que je vais continuer à découvrir sans aucun doute.

"Je déteste m'ennuyer et encore moins ennuyer les autres avec une masse de détails insignifiants. J'aime combler, inventer, suggérer, imaginer des choses à partir d'une narration concise, éphémère. Les formes littéraires courtes, celles de Zweig, de Schnitzler, d'Iwaszkiewicz ou de Filipowicz m'ont enchantée dans ma jeunesse et j'y retourne toujours avec autant de plaisir et d'admiration."

Objectif PAL 2

Tecia Werbowski - Looking back - 80 pages
Traduit du polonais par Margot Carlier
Notabilia - 2018