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"Will passa en courant devant Sully et rejoignit son père qui le regardait de l'air de celui qui sait de quoi il retourne. Le gamimn ne pleurait plus, mais Peter avait selon toutes les apparences suffisamment l'oeil d'un père pour deviner qu'il avait pleuré. Sully avait toujours été pris de court par le chagrin, même lorsqu'il s'agissait du sien, et c'était pour lui un miracle que les autres puissent voir la peine arriver de loin ou deviner si elle venait de frapper. S'il y avait une chose que lui avait reprochée toutes les femmes qu'il avait connues, c'était bien son incapacité à voir quand elles avaient du chagrin. Même son propre fils semblait posséder ce don qui lui manquait tant".

Si je me suis remise à la lecture assez vite après le confinement, il n'en va pas de même pour écrire un billet. Il a fallu la proposition d'une lecture commune autour de Richard Russo chez Ingannmic et le lancement du challenge Pavévasion de Brize pour je m'y mette, non sans mal (et ce sera bref ..).

J'étais tentée par ce roman depuis longtemps et en même temps intimidée par les 780 pages de la version poche. Finalement, c'était le moment idéal, j'étais au moins sûre d'oublier le contexte actuel chaque fois que je le retrouvais. Le personnage central est Sully, un drôle de type d'une soixantaine d'années, handicapé par un genou bousillé après une chute et voulant retravailler comme si de rien n'était. On peut dire qu'il a un certain génie pour prendre toujours les pires décisions qui entraînent une chaîne de réactions plus négatives les unes que les autres.

Nous sommes dans un coin perdu de l'Etat de New-York, à Bath, petite bourgade tombée en décrépitude et ayant peu de chances de retrouver un jour sa gloire perdue. Autour de Sully gravite quantité de personnages dont certains l'ont connu enfant, à commencer par sa logeuse, Miss Beryl, son ancien professeur, attachée à lui malgré tous ses défauts.

Sully a été marié à Eva, dont il a un fils Peter, mariage qui s'est terminé par un naufrage, sans surprise. Il a laissé son ex-femme prendre entièrement en charge leur fils, persuadé que de son côté, il ne pourrait pas être à la hauteur. Il faut dire qu'il est hanté par le souvenir de son propre père, un homme violent, manipulateur, pervers ..

Sully vivote de petits boulots à droite à gauche, entretient des relations compliquées avec un de ses employeurs, court sans cesse après un peu d'argent, mais finit toujours par se tirer d'affaire. A sa grande surprise, il va voir son fils revenir vers lui, peut-être parce qu'il traverse lui-même une passe difficile.

C'est un roman dense, captivant, qui pourrait être assez noir mais dont l'humour sous-jacent réjouit constamment. C'est un vaste tableau de la vie d'une petite ville déclinante sur plusieurs décennies, avec ses hauts, ses bas, ses potins, ses rumeurs, ses chagrins, ses rares joies. Un régal du début à la fin.

Dès que les librairies ouvriront, je me précipiterai pour me procurer "A malin, malin et demi", où l'on retrouve Sully quelques années plus tard.

"Miss Beryl fit la grimace. Comme la plupart des jeunes "pros" qu'elle avait récemment eu l'occasion de rencontrer, ce docteur n'avait aucune fantaisie, aucun amour du langage, et probablement aucune imagination. Clive Junior avait été pareil quand il était petit. Chaque fois qu'elle avait tenté de jouer avec lui, il l'avait regardée en fronçant les sourcils, intrigué. Ce jeune médecin était manifestement trop brillant pour avoir fait partie des médiocres, mais elle se voyait bien lui mettre un 14 en haut de l'une de ses compositions d'adolescent, vingt ans auparavant, pour voir s'il allait se plaindre. Qu'est-ce qui ne va pas ? aurait-il demandé? Pourquoi lui avait-elle retiré des points ?"

Lecture commune avec The Autist Reading Krol Ingannmic Keisha

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Richard Russo - Un homme presque parfait - 780 pages
Traduit par Françoise Arnaud-Demir, Josette Chicheportiche, Jean-Luc Piningre
10/18 - 2002