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"Bien sûr que oui, même s'il y avait eu des moments difficiles, à commencer par les mois qui avaient suivi l'effondrement, l'absolue insécurité et le dénuement de leur exil vers les Maramures. C'est vrai : ils avaient réussi à rester loyaux, solidaires. Mais en y repensant ! L'image qu'ils se faisaient l'un de l'autre en avait pris un coup terrible. Leur couple s'était formé au temps des comportements paisibles, civilisés. Alors, quand ils s'étaient trouvés forcés de se tourner vers la fouille des poubelles, d'affronter le pillage, les transactions au marché noir ... !"

Entamer un roman sur la fin de notre monde en pleine épidémie mondiale n'était pas forcément l'idée du siècle, mais j'ai tenu bon ; j'ai du mal à résister aux dystopies, je suis toujours curieuse de voir comment l'auteur va faire travailler son imagination et retomber sur ses pieds .. ou pas.

Disons d'emblée qu'il n'y a rien d'original dans cette nouvelle parution. L'enchaînement est souvent le même, ici des évènements climatiques importants en 2022 qui entrainent la ruine des compagnies d'assurances, qui entraîne à son tour toute l'économie dans le gouffre. Assez rapidement les Etats sont dépassés, les approvisionnements en énergie diminuent, les communications sont de plus en plus souvent coupées etc ..

Un jour arrive où il faut apprendre à vivre sans plus rien de ce qui a fait notre confort et notre quotidien. C'est la débrouille, puis la survie pure et dure. Les Etats s'étant effondrés, se sont des bandes qui règnent, violentes évidemment, des gourous s'autoproclament. Les épidémies prolifèrent, faisant des ravages puisqu'il n'y a plus rien pour se soigner, à part retrouver des remèdes de bonne femme.

L'auteure a choisi de raconter cette catastrophe d'un point de vue féminin. De cours chapitres donnent la parole à une multitude de femmes au gré des rencontres et des déplacements, chacune semblant passer le relais à la suivante. On suit tout de même plus particulièrement Christelle et Barbara, deux femmes qui ont décidé d'écrire leur histoire depuis le début des troubles, afin qu'elle ne se perde pas. Elles adoptent la forme chantée, souhaitant retrouver une sorte de filiation avec les bardes d'antan.

Cette diversité de femmes est intéressante, mais fait que l'on ne s'attache à aucune, leur portrait est trop sommaire, leur évolution difficile à saisir. Toutes ne réagissent pas de la même manière ; il y a celles qui se battent et essaient de recréer des communautés où l'on invente de nouvelles façons de vivre ensemble, avec les moyens du bord. D'autres passent leur temps à regretter ce qu'elles avaient, qu'elles considéraient comme normal et qui ne reviendra jamais.

Si la fragilité de nos sociétés moderne est bien montrée, j'ai regretté un parti-pris de catastrophisme toujours plus noir. J'ai lu ça et là que ce livre s'inscrivait dans le mouvement de la collapsologie, dont je ne suis pas friande. J'ai lu mieux sur le même thème, j'attendais plus d'inventivité.

En résumé, une lecture en demi-teinte.

L'avis de Ptit Lapin

Antoinette Rychner - Après le monde - 288 pages
Editions Buchet-Chastel - 2020