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"Aux censeurs de droite qui m'accuseraient de fausser le jeu économique ou voudraient m'interdire de vivre comme je vis, aux gentilles personnes de gauche qui pour mon bien seraient tentées de me faire la morale ou de m'asséner des messages de prévention débiles, je répondrais que, lorsqu'il n'y a pas de victime à une infraction, si ce n'est ni le corps d'autrui, ni ses biens, ni ses droits qui sont en danger, alors c'est l'Ordre que l'on cherche à protéger, et l'Ordre, ça fait très longtemps que je l'emmerde ... Et à ce que je sache, ce n'est pas moi qui ai créé ce statut merdique d'autoentrepreneurs ... Et qu'on ne vienne surtout pas me parler à propos des stups, de santé publique, vu ce qu'on mange et ce qu'on respire tous les jours".

Après "La Daronne" j'attendais avec impatience le nouveau roman d'Hannelore Cayre et le moins qu'on puisse dire est que je ne suis pas déçue. J'y ai retrouvé sa verve, ses personnages bancals et hauts en couleurs, leur habileté à exploiter les failles d'un système qui les écrase.

L'histoire navigue entre deux périodes, celle de 1870, avec la Commune et la guerre qui s'annonce et l'époque actuelle qui ne manque pas de similitudes, avec les gilets jaunes et ses gouvernants arrogants.

Blanche de Rigny, la narratrice, se découvre un ancêtre inconnu et intriguée, se lance dans l'exploration de son arbre généalogique à la recherche de cet Auguste, jeune homme idéaliste, mais qui laisse sa famille acheter un pauvre pour le remplacer lorsque le sort le désigne pour le service militaire de sept ans.

Blanche, la jeune femme au corps brisé, va mettre au point une stratégie qui lui permet de mettre à jour les combines de la branche riche des de Rigny, accompagnée de sa fille, Juliette et de sa copine de toujours, Hildegarde.

On peut compter sur l'auteure pour brosser sans langue de bois le tableau d'une société dominée par l'argent et d'une classe sociale sûre de sa supériorité sur tout ce qui ne fait pas partie de son petit cercle, que ce soit au XIXe ou au XXIe siècle.

"Vous êtes un jeune crétin exalté, mon neveu, et vous me plaisez comme vous êtes parce que vous me faites rire. Mais là, il faut cesser car ça n'est plus du tout une plaisanterie. Je connais Thiers intimement ; vous pouvez me faire confiance : il vous tuera tous, vous les communards, ne serait-ce que pour avoir osé effrayer les bourgeois".

Un roman décapant et souvent jubilatoire, à ne pas manquer.

L'avis de Cathulu Cuné

Hannelore Cayre - Richesse oblige - 224 pages
Editions Métailié - 2020