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"Nous roulions vers Dinslaken où le régiment de Collins venait d'être affecté. Il tombait une pluie d'été, le soleil la traversait, elle lavait la route et les bâches des camions, elle me berçait aussi. McFee conduisait en sifflotant tout bas. A coté de lui Collins observait les champs. J'étais assis à l'arrière. Depuis un mois la guerre était finie. Les routes étaient bien dégagées, des ruches se dressaient au milieu des prairies en fleurs. Peut-être à cause de la pluie qui me berçait, des flots d'images me revenaient comme dans un rêve. Soudain je me penchai vers Collins et lui dit dans un demi-sommeil et sans vraiment réfléchir : "Collins, qu'est-ce que nous avons vu là-bas ?".

C'est avec plaisir que j'ai retrouvé l'écriture d'Hubert Mingarelli dans ce nouveau roman. Il y fait preuve d'un style toujours aussi épuré, minimaliste, sensible, plus porté vers la suggestion que sur les explications.

Je n'ai pas été déçue du tout par le style en effet, fidèle à lui-même. Par contre, l'histoire m'a perdue en route. Nous suivons un photographe accompagnant l'armée anglaise à la fin de la guerre, en 1945, en Allemagne. Quelques jours auparavant, ils ont été les premiers à pénétrer dans un camp de concentration et le narrateur est hanté par ce qu'il y a vu.

Au lieu de rentrer en Angleterre comme prévu, il décide de rester quelques jours et de photographier les habitants de la région, dans une tentative un peu folle de comprendre comment ces gens ont pu laisser faire de telles horreurs.

Il prend la route avec un jeune soldat qui lui sert de chauffeur. Le jeune homme est arrivé après les combats, il n'a participé à rien et ne comprend pas la démarche du photographe, mais il est content d'être en mouvement. C'est un garçon tourmenté, au passé que nous devinons difficile.

Le curieux duo se met en route dans un paysage dévasté, où leur présence est problématique. Le photographe procède sans méthode, à l'inspiration et selon les circonstances. Ils dorment dans la voiture ou dans des granges, se nourrissent des rations qu'ils ont emportées.

Une relation fragile se noue entre les deux hommes, chacun ayant à coeur d'en livrer le moins possible à l'autre. Les mots sont rares.

Ce qui m'a gênée, c'est qu'à aucun moment je n'ai senti la raison ou la nécessité de cette errance, pas plus que les véritables motivations du photographe. Je ne suis pas contre laisser un certain mystère planer, mais là il est trop obscur pour que je me sois attachée aux personnages. Par ailleurs, la fin ne m'a pas paru crédible avec un geste tout-à-fait inattendu venant du soldat.

Une déception donc, mais j'aime cet auteur et j'attendrai le prochain roman avec intérêt.

Merci à Masse Critique et aux Editions Buchet-Chastel

Hubert Mingarelli - La terre invisible - 192 pages
Editions Buchet-Chastel - Août 2019