51i8CkhyY2L

"Laisser notre marque sur le monde. Au lieu de cela, c'est le monde qui nous a laissé des marques. Nous avons avancé en âge. La vie s'est chargée de nous assagir, en sorte qu'aujourd'hui nous gisons dans l'attente de mourir ou marchons avec des cannes ou séjournons sur des galeries où jadis les fluides de la jeunesse circulaient puissamment, et nous nous sentons vieux, mal fichus et désemparés".

Depuis le temps que Keisha et Dominique en font l'éloge, j'ai enfin lu Wallace Stegner et j'en ressors aussi enthousiaste qu'elles.

L'histoire est pourtant assez banale, sur fond d'amitié indéfectible de deux couples, dans les années trente, aux Etats-Unis, le Wisconsin exactement. Les deux hommes sont professeurs d'université et les deux femmes sont enceintes en même temps.

Le roman s'ouvre sur une scène de retrouvailles. Ils sont tous âgés et ne se sont pas vus depuis un certain temps. L'une d'entre eux est malade et au terme de sa vie. Elle veut retrouver tout le monde avant de mourir et organiser un dernier pique-nique.

C'est l'occasion pour Larry, le narrateur, de remonter à leurs jeunes années et de raconter leur histoire depuis le début. Les années sont habilement mélangées pour que nous comprenions que les promesses de départ n'ont pas forcément été tenues, la vie s'est chargée d'amener son lot d'épreuves et de contretemps, mais l'amitié des couples a tenu bon contre vents et marées et ce, malgré la différence importante de statut social entre les deux familles.

Ce qui fait la force du roman, c'est la finesse psychologique de l'auteur qui décrit avec précision les pensées et les émotions de chacun. C'est également un tableau de la vie dans les milieux universitaires américains et leur logique contraignante et souvent injuste. Le dernier chapitre qui aborde la fin de vie est particulièrement poignant et questionnant.

Au final un grand plaisir de lecture et une seule envie : continuer à lire l'auteur.

L'avis de Autist Reading Cathulu Dominique Hélène Kathel Keisha Luocine

Wallace Stegner - En lieu sûr - 415 pages
Traduit par Eric Chedaille
Editions Gallmeister (Totem) - 2017